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Hugou-Lange

Bien que parvenus à leur plus haut étiage seulement après la Révolution dans la personne d’un magistrat particulièrement considéré (1), en réalité les Hugou-Lange avaient déjà commencé à émerger à la fin de l’ancien régime. De la boutique de regrattier d’où ils étaient issus, tandis que les uns s’étaient dirigés vers l’industrie, alors très prospère, de la tannerie, un cadet avait pris du service dans la maréchaussée sans parvenir à dépasser le grade de sous-brigadier. Mais ni l’origine plébéienne des ancêtres, ni la condition assez subalterne de l’oncle n’avaient été un obstacle à l’ascension du neveu. Enrichi dans la fabrication des cuirs, l’ambitieux César s’était hissé d’abord

(1) Cf. la Nécrologie publiée par la Gazette des Tribunaux le 15 février 1826.

dans l’honorariat de la bourgeoisie, puis, par l’acquisition d’un titre seigneurial, s’était rapproché de la caste nobiliaire au point que, moins d’un siècle après, sa postérité se fut confondue avec elle. Il n’est pas douteux, en effet que, si l’une de ses deux femmes lui eut donné un héritier, César n’eùt fait souche de pseudo-gentilshommes, en dépit ou à cause de la Révolution. Car celle-ci favorisa singulièrement et bien malgré elle la propagation, nous allions dire la perpétuité de la caste. Ayant aboli la féodalité sans pouvoir abolir les noms des fiefs et seigneuries, elle contribua à éterniser ceux ci comme noms patronymiques, tandis qu’elle avait la bien ferme volonté et l’espoir d’en supprimer jusqu’au souvenir. D’une qualification jadis temporaire et cessant avec la possession de la terre, elle fit, l’imprudente, la forme définitive et immuable à allure aristocratique. Combien de roturiers qui n’auraient pas cessé d’être considérés et traités comme tels sous un régime très au courant de leurs origines, lui ont du d’être sacrés nobles, grâce au clinquant d’une parti cule simplement représentative d’un ancien droit de propriété et, aux yeux d’un vulgaire ignorant, signe infaillible de nobilité !

Après cela, nous ne savons pourquoi notre ex- tanneur de Portaiguières (1) avait jeté de préférence son dévolu sur Tourtour et l’attrait particulier que ce village très haut perché exerçait sur l’honorable corporation des fabricants de peaux. Etait-ce simplement le bas-prix auquel on y détaillait des portions de juridiction ? Nos lecteurs se souviennent peut-être que, déjà en 1747, Tourtour s’honorait, parmi ses nombreux coseigneurs, d’un corroyeur parisien (2).

(1) Quartier des plus anciennes tanneries de la ville.

(2) Arc h dép'os, B, 332, P 3420.

César Hugou-Lange n’avait pas attendu de se décorer d’un titre (vers 1775), pour prendre des armoiries. Toute son argenterie était timbrée. Cela ne la préserva pas d’un cambriolage, comme nous dirions maintenant, et nous devons à cette circonstance la connaissance de son blason : un lion mangeant un raisin (1). Pourquoi pas un renard ? Les armes eussent été, sinon parlantes, du moins symboliques, exprimant le triomphe final du renard de la fable. On ne pouvait plus dire que le fruit, c’est-à-dire les avantages sociaux, fortune et honneurs, fut trop vert et bon pour des goujats, étant très aisément happé par les habiles du Tiers.

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