‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 59 sur 198 · Perrache · texte numérisé non relu

Perrache

Cette généalogie, qui commence au XVIe siècle par un cordonnier et finit avec la monarchie par trois officiers dont un officier supérieur et un autre officier général, n’est pas une des moins renversantes.

Le secret de son étonnant développement est, selon toutes les probabilités, dans les économies paternelles, où François, fils du cordonnier Barthélemy, trouva de quoi acheter l’office de maître des ports, ponts et passages au pays de Provence et ensuite une portion de la seigneurie de Villehaute près d’Ampus.

Ni l’un ni l’autre n’anoblissaient ; mais c’étaient comme autant de jalons plantés sur le chemin aboutissant au but fatidique et par lesquels on commençait d’ordinaire une sorte de prise de possession, sauf à lâcher pied lestement devant une contestation légale. Et de fait, ces tentatives servirent plus tard aux Perrache à étayer et faire admettre leurs prétentions nobiliaires (1).

(1) Abbé Robert, YEtat de la Provence, IL, 457.

Barcilon de Mauvans s’en indigne, estimant cette charge de maître des ports “ de petite considération en ce pays et subalterne ”, de son temps, à la Cour des Aides (1). Qu’aurait-il ajouté, grands dieux, s’il avait connu les parchemins fabriqués par Barthélemy en son atelier de cordonnier tanneur, pour les besoins de son commerce !

Mais qu’importe vraiment tout cela à nos yeux? Ce qui scandalisait si fort le méticuleux critique des faux-nobles provençaux est précisément ce qui excite au plus haut degré notre intérêt, notre curiosité moderne, le passage d’une condition à une autre, l’évolution graduelle des classes inférieures par les voies et moyens à leur disposition. Plus le contraste est grand entre l’obscurité des débuts et l’éclat éblouissant du résultat, plus le phénomène est attrayant et instructif. Ces petits, ces humbles, qui s’élèvent si haut et de si bas relativement, ne méritent pas seulement toute notre estime ; ce sont de bien éloquents professeurs d’histoire, et les plus brillantes généralisations des maîtres ne sauraient valoir la simple leçon de choses qu’ils nous donnent par leur exemple.

Les Perrache, comme tant d’autres, avaient débuté par l’usurpation. Toutefois on peut dire qu’ils s’étaient appliqués de leur mieux à la légitimer et qu’ils y avaient pleinement réussi par une succession ininterrompue de nobles et parfois vaillantes existences, consacrées au service du pays et parvenues finalement par leur mérite et leur valeur au sommet de la hiérarchie.

(1) La critique du nobiliaire de Provence, ms.

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