Gentil
C’est sans doute à l’aide des bénéfices réalisés dans la confection et le commerce des aiguillettes qu’Antoine, fils peut-être d’un simple paysan de la vieille ville, put faire du sien un apothicaire. Celui-ci monta d’un cran et fut admis au second consulat, tandis que son père n’avait jamais pu dépasser les limites du troisième, le consulat des artisans et des paysans.
Les fils de l’apothicaire continuèrent la marche ascendante, gravirent encore un échelon, devinrent, l’un, docteur en médecine et peut-être un praticien en renom (2), les deux autres, successivement seigneurs de place. La montée avait été gra-
(1) La puissante maison de Villeneuve (branche de Bargemon), au service de laquelle avait été Madeleine, sœur du commandant Jacques, n’aurait-elle pas donné à ce dernier un coup d’épaule? Ce serait un exemple de plus du bienfaisant patronage exercé par les grandes familles vis-à-vis des classes inférieures et auquel celles-ci durent souvent leur acheminement.
(2) Augustin Fabre cite le docteur Jean Gentilis, vivant à Marseille au milieu du XVI' siècle, comme “ un homme de mérite ” (Rues clc Marseille, II, 1 57).
duelle et normale, et chaque génération s’était hissée d’un degré dans la hiérarchie. L’effort le plus rude — le coup de collier — consistant à s’élever de l’officine d’apothicaire à la possession du château seigneurial, dernière étape avant d’arriver à la noblesse, fut l’affaire du capitaine Antoine et le prix de sa vaillance. Celui-ci s’était conduit si valeureusement pendant les premiers troubles religieux, sous la bannière de Rolland de Grasse, baron de Bormes, que le généreux gentilhomme l’en récompensa en lui concédant à bail emphytéotique la seigneurie de Benat (Var), démembrée de sa baronnie (1566). Il faut, disait-il très noblement dans ses lettres d’érection, aussi flatteuses pour le capitaine Gentil que grandement honorables pour leur auteur, “ que les homes ausquels apparoyssent les marques de générosité d’eulx mesmes au faict de la guerre, soyent advancés aulx honneurs et proffietz, pour. . . que, [par] iceulz et telz bienfaits, soyent incités à suivre les chemins de ceulx que jadis, en faisant service aulx Roys, ont acquéris (sic) lettres de noblesse et ont estés advancés par dessus le simple populaire. ..” (1). C’était parler en monarque bien plutôt qu’en simple baron.
Quatre ans après (1570), de concessionnaire emphytéotique, le capitaine Antoine devenait propriétaire définitif et incommutable de la seigneurie, moyennant 1000 écus (2), et, de là, à être désormais qualifié d’écuyer dans les actes et confondu dans l’opinion avec la véritable noblesse, il n’y avait qu’un pas, que les petits-fils de l’aiguillettier eurent vite fait de franchir.
(1) Arch déples, B. 401, f° 807.
(2) Philémon Giraud, Notes chronologiques sur Bormes, 116.