‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 84 sur 198 · Lezermes · texte numérisé non relu

Lezermes

A l’époque où le transport des denrées et tout le commerce de la ville avec la Montagne ne se faisaient qu’à dos de mulets, la profession de bâtier ne devait pas être une des moins occupées, ni des moins avantageuses. Nous voyons la cote des Lezermes s’arrondir progressivement au cadastre, de 1633 à 1664, et leur situation sociale tendre à s’élever. Jean entra par alliance dans la famille Guigou, embourgeoisée (voir ce nom), et devint ainsi l’oncle du greffier en chef de la sénéchaussée A la mort de ce

(I) Arch. cles, GG. 11, f" 5(1 v°.

dernier (1735), l’office fut demandé pour son fils aîné, Joseph, qui avait pu faire son éducation gratuite aux Doctrinaires. Celui-ci l’obtint et l’exerça pendant trois ans seulement, pour se faire nommer ensuite directeur des boucheries du Roi en Corse, à la suite des armées.

Avec lui la branche aînée avait franchi la barrière (?) qui séparait les gens de métier des rangs de la bourgeoisie.

La branche cadette, représentée par Jean, recourut à l’industrie de la tannerie, s’y enrichit et parvint au même niveau, à la génération suivante.

Mais cette dernière eut un épanouissement inespéré. Jean- François Lezermes, bourgeois, avait eu l’heur d’épouser une des nièces du célèbre abbé Nolin, un des naturalistes en renom de la 2me moitié du XVIIIe siècle, directeur de la pépinière royale du Roule à Paris (1). Cette heureuse circonstance décida de la carrière et de l’avenir de son fils, Charles-Louis. Après qu’on eût acquis pour lui une des nombreuses savonnettes à vilain que détaillaient les seigneurs de Seillans, il arriva, un peu décrassé eous ce nouveau titre, à l’épaulette, devint ensuite le collaborateur de son oncle, fut nommé directeur adjoint “ survivancier ” de la pépinière royale, finalement directeur de ce grand établissement d’arboriculture, où, après avoir remplacé l’illustre abbé Nolin, il fut remplacé lui-même, après sa mort, par un futur membre de l’Institut.

Sans doute la haute protection de l’oncle avait contribué au moins autant que son mérite personnel à son étonnante fortune. N’empêche que l’avènement du petit-fils d’un tanneur et arrière

(1) Né au Luc le 17 juillet 1717. (Arcli. dop1", E, famille Mossony Verraillon).

petit-fils de bâtiers à une si éminente situation serait un phénomène social peu ordinaire à toutes les époques. Dans les dernières années de l’ancien régime, il a la valeur d’un argument très suggestif.

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