Audibert-Caille
A prendre les textes rigoureusement à la lettre, sans les atténuations nécessaires, ce rameau de l’ancienne et très nombreuse famille bargemonnaise des Audibert, dits Caille, offrirait, à l’origine, un mélange dans la même personne de conditions généralement situées aux deux pôles de toute société : paysan et noble. Paysan, Honoré, le fondateur, l’est bien authentiquement, puisqu’il cultive lui-même son bien; noble, il paraît simplement l’être et en fait la fonction en tant qu’investi d’une portion de seigneurie et exerçant une juridiction. Au fond, nous savons ce que cela veut dire.
Egalement nobles, mais non plus ménagers, sont les enfants, l’un d’eux même capitaine.
(1) Cf. Papon, Hist. de Pro»., III, à la table, et Lecoy de la Marche, Le roi René, I, p. 389, 434 et passim.
Ils aliénèrent — ou leurs descendants — la seigneurie, mais gardèrent la qualité d’écuyers qui, dûment justifiée, aurait eu une autre valeur nobiliaire.
D’après des papiers de famille, dignes de foi si tous les notaires de jadis l’étaient également, Jean Audibert- Caille serait entré par alliance dans l’illustre maison des Pontevès, avant ou en 1624 (1).
Toutefois, on ne trouve trace du mariage ni dans la généalogie, incomplète, il est vrai, des Sabran-Pontevès (2), ni dans les insinuations du Sénécbal. La quittance visée du 18 décembre 1624 s’est même dérobée à toutes nos recherches dans les protocoles du nre Tripoul, de Comps, aujourd’hui aux archives départementales.
Ce qu’il y a de bien certain, c’est que le petit-fils de cette « damoiselle » de Pontevès aurait exercé d’abord la profession de marchand, avant d’être bourgeois.
Il fit souche de deux générations d’avocats dont la dernière reprit, s’il ne le dépassa, le rang des aïeux, grâce à la possession d’une portion plus ou moins infime de la seigneurie du Bourguet (3). Marie-Catherine de Baimondis la porta dans sa corbeille de noces à Jacques-Emmanuel d’Audibert-Caille, et leur fils releva encore le titre, simplement décoratif, par le grade de capitaine de cavalerie et la croix de S^Louis. Seulement le fisc intraitable ne voulut jamais admettre la noblesse
(1) Extrait notarié, délivré en 1790, d'une quittance de Jean Audibert-Caille, écuyer, à son beau-frère, Isnard de Pontevès, de Barjols, frère de Catherine, sa femme, du 18 décembre 1624.
(2) Généalogie historique.
(3) Cf. L'ancien lieu Bagarris-Lc Bourguet, ses seigneurs et coseigneurs, par Jules Chaperon.
IÆ TIERS ÉTAT
des descendants des coseigneurs de Bargemon, devenus coseigneurs du Bourguet, ajoutant peu galamment que leur roture avait même déteint sur Marie-Catherine de Raimondis, quoique “ fille de condition ” (1).
Il est certainement plaisant de voir en quelles mains étaient en voie de choir les anciens fiefs nobles ou leurs démembrements à partir du XVIe siècle. Mais l’intérêt de cette généalogie, au point de vue de la progression du tiers état par le seul effort de son industrie, est surtout dans cette expansion vraiment très remarquable de la famille à partir d’Antoine, le marchand.