Cartier-Fabron
Comme les Dominicy, les Ilugolin, les Aycard, les Abraham, etc., Melchior Cartier s’éleva aussi par la maîtrise» ès-arts. Il
(1) Cf. Chap. IV, Résumé.
appartenait à une ancienne et nombreuse tribu populaire, dont une branche, les Cartier-Fabron [maréchaux ?], était en voie d’émerger par le négoce, quoique encore très mélangée. On y trouve, en effet, en 1539 un cardeur à laine (1), de 1559 à 1633 des laboureurs, ménagers ou travailleurs de terre (2) ; vers 1592, un chapelier (3) ; un cordonnier en 1633 (4) ; un boulanger en 1638 (5). Cependant un rameau plus vigoureux était monté assez haut pour que Yolande de Cartier (sic), fille de Barthélemy, qualité d’écuyer, fut recherchée en mariage, grâce sans doute à ses 11.650 1. de dot, par Paul de Rafelis, sieur de Brenon (1648) (6).
Nous ignorons si les ancêtres de ce bourgeois, improvisé gentilhomme, étaient des cardeurs à laine ou des paysans. Ce que l’on peut affirmer, c’est que son père aunait le drap dans une boutique de notre rue des Marchands, où peut-être lui-même avait gagné ses éperons d’écuyer (7).
Le père de Melchior, son cousin, figure au cadastre pour très peu de biens et sans indication de profession, ce qui ferait pré-
(1) Arch. cles, GG. I, f° 8 v°.
(2) Ibid. id. id., f° 2 ; actes des 9 juillet 1578, nre Mottet, fos 513 v", 9 novembre 1600, n” Michaelis, f“ 660 v° ; arch. cle‘, CC. 15, f° 295 et 295 v* et 17, f° 360 v”.
(3) Arch. c'“, GG. 11, P 31.
(4) Actes des 27 janvier 1633, nre Pascal, f° 297, et 3 octobre 1647, nre Olive, f° 396.
(5) Actes des 2 octobre 1620, nrs Porcelly, f° 367, et 25 juin 1638, nr* Pascal, f° 373.
(6) Cf. contrat de mai’, du 22 février 1648, nre Maynard (arch. dépl6S, B. 417, P 536 v").
(7) Actes des 8 mai 1608, nrc Maynard, f° 317 v°, et 21 août 1618, nre Porcelly, f° 348, et arch. c'“, GG. 18, f° 36 v°.
sumer un simple ménager exploitant lui-même (1). Melchior le perdit, à peine âgé de 7 ans environ, pendant la terrible peste de l’Ermite (1587), ainsi que deux oncles paternels, entrés dans l’ordre des Fr. Prêcheurs et affiliés au couvent de Draguignan 12). Aurait-il reçu des leçons de quelque religieux de cette maison, à laquelle il devait laisser un souvenir de son affection, ou suivit il les cours du collège (3), sous le principalat de Jean- Simon Abraham, comme lui futur médecin, ou de Pierre Gerbet ?
Quoi qu’il en soit, très précaire était sa situation puisqu’en 1597 on lui saisit une terre pour défaut de paiement des tailles et qu’en 1606 il fut réduit à en aliéner une autre pour achever ses études. L’année suivante, grâce à ce sacrifice, il était en possession de son premier grade, celui de maître ès-arts (4). Notre studieux avait maintenant — qu’on nous passe l’image — le pied à l’étrier.
Où et comment s’ingénia-t-il à étudier en médecine et à obtenir son diplôme de docteur? Très probablement à Toulouse, en menant de front l’exercice de l’enseignement et la fréquentation des cours de la Faculté. Il s’établit en effet dans cette région comme médecin, d’abord à Moissac, où nous le trouvons en 1626, et ensuite à Toulouse même, où il mourut en ou après 1653 (5).
(1) Arch. cles, CC. 11, f 124, et 12, f» 122.
(2) Arch. dép'M, H. fonds des Fr. Prêcheurs de Draguignan : invent, du R. P. Gras, cahier, f° 35, etc., et procès dit de Blancon.
(3) Ed. Poupe, Hist. du collège de Draguignan.
(4) Ut supra et sentence du 23 novembre 1604 (arch. déplfS, B. Justice royale de Draguignan ; sentences 1604-1908).
(5) Cf., lettres de Melchior Cartier de 1648 à 1653 (arch. dcples, H. fonds des Fr. Prêcheurs de Draguignan, précité, et B. 294, f” 18 v*).
Ce fils et petit-fils de modestes et très modestes propriétaires, contraint de réaliser partie de son avoir familial pour parvenir et y réussissant fort honorablement, avait dû déployer quelque énergie. C’était apparemment un caractère et assez fortement trempé. Il n’importe. Son exemple, pour émaner d’un sujet de choix, ne perd rien de sa signification et de sa force démonstrative. Le résultat final, s’il fut la digne récompense du mérite personnel, témoigne aussi d’une manière générale que la oioa. du succès était ouverte, même sans le secours des protections ou de la fortune, aux intelligences doublées d’une volonté.