Geofroy
Comme exemple d’un coup de fortune inouï, d’un changement à vue éblouissant qui nous transporte, stupéfaits et presque sans transition, du fond d’un bois au milieu de docteurs en robe ou d’officiers presque tous gentilshommes, le cas des Geofroy n’a pas son pareil. En 1682, Pierre, fils d’un bûcheron, marchand “ bousquatier ” lui-même, fend encore les troncs d’arbres à l’aide de la hache paternelle dans les fourrés du Muy, rude métier auprès duquel celui de paysan est plutôt doux, mais moins lucratif, le premier comportant acessoirement le commerce des billots. En 1711, au moment où il teste, il a l’orgueil
(1) Nous avons annoncé dans notre Introduction 90 Esquisses généalogiques et nous sommes arrivé à 91, à cause de quelques familles homonymes, aux rameaux trop touffus, que nous avons dû dédoubler, quoique sûrement sorties du même tronc.
d’avoir son cadet, lieutenant de grenadiers au régiment royal des vaisseaux, et son aîné, avocat au barreau de la Sénéchaussée de Draguignan, où Claude-Joseph prendra une des premières places.
Avec celui-ci, homme de talent et d’entregent, les Geofroy, bientôt de Geofroy, franchissent d’un bond l’abîme qui semble séparer les classes laborieuses de l’aristocratie. Des deniers ramassés plus ou moins péniblement par le père et l’aïeul dans les forêts du Muy, l'avocat Claude-Joseph achète d’abord une portion quelconque de la seigneurie du Bourguet — dont il prend le titre (1732) — puis une charge de secrétaire du Roi, et, ajoutant l’utile à l’agréable, obtient la direction générale des fermes de Sa Majesté à Toulon. Par la richesse, il a eu les honneurs et, avec les honneurs, il acquiert non seulement la , considération, mais encore, grâce à l’habitude, aux relations et en quelque sorte à l’état d’esprit, l’ensemble des qualités constitutives de la noblesse, au premier rang desquelles le loyalisme, le patriotisme de l’époque. Elevés à cette école, ses enfants et petits-enfants suivront la carrière des armes et parviendront par leur mérite aux grades supérieurs dans le génie et aux distinctions réservées aux braves dans les ordres de S^Louis et de la Légion d’Honneur.
Cette brillante et précoce floraison de l’arbre familial sur un tronc. . . forestier est essentiellement une leçon de choses sociologique. Elle serait plutôt affaiblie par des commentaires.