ACTE PREMIER
FAUSTINA
Oui ! je suis lasse des discours Que les flatteurs me répètent toujours Et je hais le parfum banal dont on m'encense ; Car j'ai l'âme plus haute encor que la naissance. J'estime un grand artiste, un homme sans égal, Plus noble que le fils d'un ancêtre ducal...
Le talent seul nous fait illustre Et la femme ne peut rêver un plus beau lustre
Que d'inspirer un chef-d'œuvre parfait Ou de se voir aimer de celui qui l'a fait !
Yéronèse et le Tintoret sont doucement descendus de leur siège... mais ils demeurent toujours cachés.
VÉRONÈSE. à part
Quel superbe langage !
LE TINTORET, à part
Quelle âme ! Quels accents !
FAUSTINA, àMarietta
De me blâmer tu n'as pas le courage ?
MARIETTA, à part
Elle a raison, malgré moi je le sens...
LE TINTORET, à Véronèse
De me blâmer, tu n'as plus le courage..
VÉRONÈSE
Il a raison, malgré moi je le sens...
FAUSTINA, ir.onlrant une toile
Vois donc, ici, quel chef-d'œuvre splendide !..
Vers mon esquisse elle porte ses pas...
VÉRONÈSE, à part
Vers son esquisse elle porte ses pas...
FAUSTINA, devant une vierge du Tintoret
La vierge, là, semble prier tout bas...
Son air est pur et candide...
Un ange dort dans ses bras. .
Sur son front la paix réside...
La douleur fuit sous ses pas !
Ah ! que je voudrais connaître Le secret de son auteur !
Où va s'inspirer le maître Quand l'œuvre éclot dans son cœur?
Si c'est au ciel qu'il s'enflamme, Que ne suis-je un astre aux cieux :
Si c'est ici-bas, la femme Dont il reflète les yeux...
LE TINTORET, se montrant
Ah ! je le jure, sur mon âme, Vous êtes le foyer béni qui m'inspira...
FAUSTINA