Au sujet du lavage des épreuves avant le virage
je rappellerai (^uavec tous les bains de virage- fixage^ oq peut se dispenser de laver les épreuves avant. Toutefois ce manque de lavage introduit une quantité considérable de sels d’argent dans le bain, et si la présence de ces sels augmente Faction du virage, elle augmente aussi l’altérabilité des épreuves. Déplus, ces sels, lorsque l’on conserve le bain ayant servi, détériorent rapidement ce bain et brunissent assez sensiblement les ongles de l’opérateur. Il y a donc, en dehors de la stabilité, intérêt réel à laver avant de virer, excepté dans le cas spécial où la dose de virage employée ne doit servir que pendant une seule et même séance, et qu’on la rejette apres aux résidus.
162. — On peut, très principalement pour les papiers à la celloïdine, obtenir avec un virage-fixage des tons bleus, très caractéristiques. Ils sont dus à une dorure très accentuée de l’image. Dans ce cas, le bain doit être formé par un sel d'or très puissant et on y remplace Fhyposulfite de sodium par du sulfocyanate de potassium.
Voici la manière de préparer un tel bain :
Dans 500 centimètres cubes d’eau distillée portée à la température de 40"" G vous faites dissoudre 10 grammes de chlorure d’or brun, puis, après dissolution, 100 grammes de chlorure de strontium. La dissolution faite, vous portez au bain-marie, et vous chauffez à 98° G. Vous ajoutez alors, i goutte à goutte et en agitant une solution de 30 grammes de sulfocyanate de potassium dans 500 centimètres cubes d’eau distillée également portée à 98° G.
Ap rès refroidissement, vous filtrez sur papier, puis, le filtrage fini, vous versez dans le filtre 200 centimètres cubes d’eau distillée pour le laver et compléter la solution aurifère, qui est alors transvasée dans des flacons de verre jaune foncé, bien remplis et qu’on bouche hermétiquement.
Zq bain de virage-fixage donne de très beaux bleus chauds en employant seulement 10 centimètres cubes de la solution mère pour 100 centimètres cubes d’eau.
On remarquera qu’en préparant la solution à chaud, comme je l’ai indiqué, il se forme un sulfocyanate d’or : Au GNS au lieu de se former du sulfocyanite d’or Au (GNS)^. Or le sulfocyanate d’or réagit sur le papier comme suit :
Ag2Cl -f- AuCNS = AgCNS -f AgCl -H Au
VIRAGE A L’OR ET FIXAGE COMBINÉS
tandis que le sulfocyanite d’or aurait produit la réaction suivante :
3Ag2Cl 4- Au(CNS)3 = 3AgCNS + 3AgCl + Au
Donc, toutes choses étant égales d’ailleurs, les images virées par le sulfocyanate d’or sont beaucoup plus riches en or que celles données par le sulfocyanite. Environ, comme l’indique la formule, trois fois plus d’or pour une même quantité d’argent.
163. — Par un bain de virage et fixage combinés, on peut encore communiquer à l’épreuve, sur papier aristotypique, une tonalité en carmin vif d’une façon analogue à celle que je signale d’autre part pour les papiers albuminés et salés traités par virage et fixage séparés (Voir n“ 196). J’entends, par façon analogue qu’il est fait emploi d’une solution de bichlorure de mercure.
Lorsqu’il s’agit de vieilles épreuves foncées et jaunies par le temps, on peut le plus souvent leur faire récupérer des blancs purs et une coloration plus agréable en les trempan^ dans une solution de :
Eau 85 cm3.
Solution saturée de bichlorure de mercure lO —
Acide chlorhydrique 5 —
On peut, à la rigueur, faire varier les proportions d’acide chlorhydrique. Il présente sa plus grande utilité dans le cas d’épreuves fortement jaunies par suite surtout d’une formation de sulfite d’argent ou si l’on a affaire à du collodion au lieu de gélatine comme avec le papier au collodio-cblorure. L’action de ce bain se montre d’une durée très variable suivant les papiers. Avec ceux à la gélatine et au citrate d’argent, elle est à peu près instantanée. Avec ceux au collodion il faut quelquefois vingt-quatre heures et plus pour récupérer entièrement les blancs. Un fort lavage à l’eau courante doit succéder au bain de bichlorure. Mais surtout pas d’hyposulfîte. Tout contact avec lui produirait des taches indélébiles. Le ton récupéré varie du rouge-carmin au beau pourpre violet. Cette coloration n’est plus le fait de l’acide chlorhydrique, mais biendel’action dubichlorure de mercure sur l’or déposé. 11 est à remarquer, cependant, qu’elle n’a lieu franchement qu’autant que le bain de virage et fixage
employé était vieux. Des épreuves virées avec un tel bain, nouvellement préparé et n’ayant pas encore servi, donne difficilement, ou même pas du tout, les Ions rouges carminés. Au contraire, le bicliloriire dans ce cas tend plutôt à rendre brunâtre la coloration primitive. Un autre fait : la coloration finale dépend encore aussi de la durée du virage-fixage initial. Plus la durée a été courte plus le ton est rouge pur ; plus elle a été longue plus le ton est pourpre profond.
Personnellement quand je veux obtenir des tons carmin avec du papier au citrate, je traite l’image par un vieux bain de virage-fixage, le plus vieux possible pourvu qu’il vire encore, et je ne pousse le virage qu’aux tons chauds qui précèdent le violet. Lorsque ultérieurement je veux convertir l’épreuve en carmin, je me contente de la plonger dans la solution de bichlorure de mercure telle qu’elle est faite pour le renforcement des phototypes négatifs (1). Le ton obtenu je lave à grande eau. L’image semble présenter une très grande durabilité.
164. — Se fondant sur ces faits, on a préconisé une méthode de virage et fixage combinés pour permettre d’obtenir d’une façon régulière les superbes tons rouges pourpres, rappelant la si riche couleur connue sous le nom de pourpre de Cassius. L’épreuve doit alors être traitée dans le bain suivant :
Bain vieux de virage-fixage combinés 750 cm^.
Solution servant à la composition d’un bain de
virage-fixage combinés frais 250 ~
Solution de chlorure d’or brun au 1/100° 8 —
On laisse ce mélange reposer quarante-huit heures au moins avant de s’en servir.
Quant à la solution servant à la composition d’un bain de virage-fixage combinés frais, on la compose ainsi:
Eau chaude ayant bouilli 1 000 cm3.
Hyposulfite de sodium 300 gr.
Alun de potassium pulvérisé 30 gr.
Acétate de plomb 1 gr.
Il faut virer longuement, vingt à trente minutes, afin de pousser le plus loin possible la réduction de l’argent, de
(1) Voir mon ouvrage : Le Développement en Photographie : chapitre Comment on i-en force.
VIRAGE A L’OR ET FIXAGE COMRLXÉS.
manière que ce qu’il en restera puisse être facilement changé, par le bichtorure de mercure, en chlorure d’argent soluble dans l’eau.
Après virage, les épreuves seront totalement débarrassées de toute trace d’hyposulfite. Il suffira d’employer pour le lavage la méthode si facile et si sûre de MM. A. et L. Lumière décrite ici même au chapitre: Comment on vire, on fixe et on lave. On pourra alors immédiatement, avant de les mettre à sécher, les plonger dans une solution composée de :
Eau distillée 100 cm^
Solution saturée au biclilorure de mercure 5 —
La durée de l’immersion sera vraisemblablement très courte mais néanmoins reste dépendante du ton que l’opérateur désire obtenir. On lavera ensuite h grande eau.
Je ne saurais trop recommander de ne faire cette dernière 0[)ération que dans un jour très diminué: une demi-obscurité.
165. — D’ une manière générale, on ne se préoccupe pas assez de l’action de la lumière quand on vire. On travaille le plus souvent en plein grand jour. Ce qui est une erreur. L’action de la lumière peut ainsi produire, au cours des manipulations, la formation de sous-produits difficilement éliminables par les lavages et qui gênent par conséquent la pureté de l’image. Ainsi, dans le cas qui nous préoccupe, une partie du chlorure d'argent formépar Taction du bichtorure de mercure est susceptible, à une lumière trop vive, de se transformer en un sous-chlorure d’argent, non éli minable par les lavages, et produire ainsi un léger voile se déposant partiellement ou en totalité sur l’image, nuisant à sa pureté et à sa transparence. Un tel voile est très nettement appréciable dans le renforcement d’un négatif ou d’une diapositive, attendu que ce sous-chlorure d’argent, que les lavages n’éliminent pas, se montre réfractaire aussi à l’action de l’ammoniaque employée pour le noircissement du chlorure d’argent.
166. — Pour terminer, jetons un coup d’œil sur l’étude de MM. Lumière frères et Seyewetz au sujet des réactions qui se produisent dans les solutions utilisées pour le virage et le fixage combinés des épreuves sur papier au chloro-
i22 LE TIRAGE DES ÉPREUVES EN PHOTOGRAPHIE.
citrate d’argent et sur la théorie de cette opération. Elle a été faite en prenant pour type le virage-hxage Lumière composé d’hyposulfite de sodium, d’alun, d’acétate de plomb et de chlorure d’or, et dont j’ai donné ci-dessus la formule exacte.
167. — Notons tout d’abord que l’alun agît comme le sulfate d’alumine. A l’ébullilion, l’hyposulfite précipite complètement l’alumine du sulfate d’alumine:
3Na2S2Q3 + A12j SOM» = AE03 -f SNa^SO^ + 3S02 +
Donc, en préparant le bain, si on laisse bouillir un certain temps la solution, l’action de l’alun devient illusoire par décomposition complète de ce sel. Aussi recommande-t-on de dissoudre simplement à l’eau bouillante et de laisser refroidir après. La réaction étant incomplète, il reste une certaine quantité d’alun non décomposé.
Avec une dissolution à froid, la réaction serait toute différente.
1“ Le sulfate d’alumine donne, avec l’hyposulfite de sodium, du sulfate de sodium et de l’hyposulfite d’alumine:
3SQ2 <5^^ + A12 NaO
3 = 3SO-Na2 + AP
2° L’byposulfite d’alumine, très instable, se décompose au contact de l’eau en donnant du sulfate d’alumine et de l’hydrogène sulfuré.
AP
3 + 3H2Q = 3IPS H- Al 2 SOM3
3° Cet hydrogène sulfuré décompose l’hyposulfite en excès en donnant naissance à du bisulfite de sodium, du sulfure acide de sodium, et du soufre :
S02 < + H2S = SO < + NalIS + S
4° L’acide sulfureux et l’hydrogène sulfuré, mis en présence, réagissent l’un sur l’autre pour donner naissance à de Facide pentathionique :