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La délicatesse de ce mode opératoire gît dans

l’emploi de l’acide sulfureux, et du jugement du moment précis où l’on doit arrêter son action. Cette délicatesse n’est pas minime. Aussi, à défaut de chloroplatinite de potassium, est-il plus simple pour l’amateur, peu enclin ou inhabile aux manipulations chimiques, de réaliser un bon bain de virage avec le perchlorure de platine plutôt que de chercher à le transformer en chloroplatinite. Il suffit de le traiter par un réducteur, minéral ou organique, judicieusement approprié. Cette réalisation est possible sous la condition expresse de n’employer ce réducteur qu’en quantité strictement nécesmire et suffisante pour amener le persel de platine à l’état de protosel. Déplus, on devra, autant que possible, n’opérer qu’avec des solutions légèrement alcalines ou neutres. L’action des réducteurs sur le perchlorure est retardée par l’acidité, si propice à la réduction du chloroplatinite par l’argent.

189. — * Pour cette transformation du sel platinique en sel platineux, la plupart des réducteurs sont utilisables. Toutefois, il semble préférable, parmi les sels minéraux, de choisir les hypophosphites, et parmi les sels organiques les tartrates.

Delà ces deux formules, en exemple:

Eau distillée : 200 cm^.

Perchlorure de platine 2 gr.

Hypophosphite de sodium. l§i’,23

et cette autre :

Eau distillée 200 cm^.

Perchlorure de platine . 2 gr.

Tartrate de sodium 1 gr.

190. — Comme les sels réducteurs réduisent beaucoup plus facilement le chlorure de platine sous l’influence de la chaleur, l’une ou l’autre des deux solutions ci-dessus est portée à l’ébullition dans un ballon de verre ou dans une capsule de porcelaine. Laissez bouillir quelques instants. Le changement de couleur de la solution vous indiquera la: durée de l’ébullition. D’un beau jaune doré au début elle i prendra peu à peu une teinte légèrement grise. C’est ain moment où elle a acquis cette teinte grise que vous hij' retirez du feu. ’

VIRAGES A DIVERS MÉTAUX

Ajoutez-lui alors la quantité suffisante d’eau distillée pour former un litre et complétez par Taddilion convenable d’un acide : phosphorique, lactique ou autre. Par addition convenable j’entends approximativement la quantité de ces acides indiquées dans les formules constituées avec le chloroplatinite de potassium.

191. — Sous l’action de la lumière, substituée à Faction de la chaleur, on obtient de meilleurs bains de virage que les deux précédents. L’action de la lumière, si elle est beaucoup plus lente que celle de la chaleur, demeure beaucoup plus sûre et plus régulière. Mieux vaut, dans ce cas, employer un sel neutre.

Soit par exemple la formule :

Eau distillée 100 cm^.

Perchlorure de platine 2 gr.

Oxalate neutre de sodium Ogi‘,60

Yous exposez le flacon à la pleine lumière jusqu’à ce que la couleur de la solution ne se modifie plus. Vous aurez cette certitude si une goutte de cette solution ne donne aucun précipité lorsqu’on la met en contact avec une goutte d’une solution saturée de chlorure d’ammonium.

Ce flacon, pendant l’exposition au jour, ne devra pas être bouché. Il se dégage, en effet, de l’acide carbonique au cours delà réaction qui ferait sauter le bouchon. Par exposition à la grande lumière on peut comprendre l’exposition au soleil. Une température de 30° à 40° G ne peut qu’activer le dégagement du gaz acide et faciliter la réduction du sel platinique.

En quelques heures, au soleil, en été, la réduction est effectuée. A la lumière diffuse, elle exigera plusieurs jours. En hiver, la réduction sera excessivement longue. Au fond, ce n’en est que meilleur. Plus longue est la réaction, plus les virages sont excellents et mieux ils se conservent bien.

Lorsque la réduction est dûment achevée, on ajoute à la solution une quantité suffisante d’eau distillée pour faire un litre et l’on complète par une quantité convenable d’acide.

192. — Sans offrir de difficultés sérieuses, le virage au platine demande bien plus de soin encore que le virage à l’or. Les épreuves doivent cire rigoureusement lavées avant

m LE TIRAGE DES ÉPREUVES EN PHOTOGRAPHIE.

virage. Ce lavage doit être fait également sous une lumière diurne très affaiblie.

Il est de toute nécessité aussi que le virage soit effectué dans des conditions de lumière semblables. Tous les insuccès sur lesquels mes correspondants m’ont consulté, au sujet du virage au platine, provenaient justement d’un virage fait sous une lumière trop vive. Les blancs de l’épreuve se trouvaient teintés en jaune par ce fait que le chloroplatinate d’argent, formé en présence des sels d’argent qui ont résisté à l’action du lavage, est un sel insoluble et facilement réduit par la lumière.

11 est d’une bonne pratique, en outre, de plonger immédiatement dans de l’eau salée les épreuves virées, afin de les débarrasser complètement de toute solution virante. Ce lavage doit donc être très complet. S’il en était autrement, il se formerait dans le fixage un hyposulfite platineux qui viendrait encore teinter en jaune les blancs de l’épreuve.

Il est de toute nécessité aussi que le papier de l’épreuve ne contienne plus aucune trace d’acidité, avant son passage dans le bain de fixage. Or, rien n’est plus facile que de neutraliser l’acidité de l’épreuve en remplaçant, dans le lavage qui suit le virage, le sel marin par le bicarbonate, le carbonate ou le sulfite de sodium.

Plus simplement on se contente d’ajouter l’alcalin au bain de fixage. Nous verrons cela à propos du fixage.

Le virage au platine a l’avantage de s’employer aussitôt après sa préparation. Il réussit également bien avec tous les papiers : salés, albuminés ou émulsionnés. Les nuances obtenues varient du pourpre au noir absolu. A la condition cependant de virer convenablement. Autrement les images pourraient prendre une tonalité grise très désagréable. Pour des tons pourpres et violets, il faut virer modérément. Pour des tons noirs purs on doit arrêter le virage au ton bleu-ardoise. Au fixage et au séchage le ton noir s’accentue et prend un aspect chaud et brillant.

193. — On peut également obtenir de très beaux tons d'une grande richesse de coloration, en traitant d’abord par un virage à l’or poussé à la moitié ou au quart de ce qu’il serait nécessaire pour l’avoir complet. On lave, mais on ne fixe pas. Puis on vire au platine.

VIRAGES A DIVERS MÉTAUX

Le dessous d’or recouvert de platine est d’un joli effet. 194. — On peut obtenir des virag'es avec certains métaux du groupe platine tels surtout le palladium et Tosmium. C’est plutôt là un intérêt de curiosité.

Avec le palladium le ton varie du brun chaud au sépia. Pour le brun chaud on fait la solution suivante :

Eau distillée - 300 cm^.

Solution de chlorure de palladium du commerce. 2 gr.

Acide citrique ls^,25

Chlorure de sodium 2 gr.

La solution de chlorure de palladium du commerce est généralement à 1 p. 100.

Les épreuves doivent être d’abord lavées dans de l’eau salée pour convertir, en chlorure d’argent, tout l’excès d’azotate d’argent du papier, et l’on vire dans le bain ci-dessus jusqu’à l’obtention du ton pourpre chaud. Après virage, vous lavez dans un'e solution à 2 p. 100 de carbonate de sodium, afin de neutraliser tout acide et vous fixez dans une solution d’hyposulfite de sodium à 10 p. 100.

Le fixage modifie considérablementla tonalité de l’épreuve. Une fois sèche elle prend une belle coloration brun chaud. En supprimant le chlorure de sodium et en faisant un bain de virage composé de :

Eau distillée 300 cm^.

Solution du chlorure de palladium 1 gr.

Acide citi-ique Oe^To

on obtient des tons plus chauds encore, mais alors les épreuves baissent considérablement au fixage.

Le grand défaut de ce virage est d’amener, avec la plus grande facilité, le jaunissement des blancs par la formation d’un chloropalladite d’argent jaune. Un traitement à l’eau ammoniacale n’arrive pas à détruire cette teinte complètement.

195. — Il y a quelques années, M. P. Mercier avait mis dans le commerce un virage à double teinte, vraisembablement composé d’un sel d’osmium.

Dans le virage, avec ces sels, Limage vire, en effeU à la teinte brune de terre de Sienne brûlée, puis peu à peu les demi-teintes s’azurent. Si l’on arrête le virage au moment

OÙ le bleu commence à poindre sous le ton sienneux des grandes ombres, elles continuent à virer un peu dans le fixage et on obtient finalement une image qui, outre le blanc du papier, présente un ton brun léger dans les parties foncées et bleu dans les demi-teintes. Toutefois pour que le bleu se conserve bien dans le fixage et ne tourne pas au violacé, ce qui produit un effet moins agréable, il faut faire usage d’un fixage alcalin. Pour cela le bain d’hyposulfite devra contenir du sulfite de sodium. La quantité de sulfite de sodium sera le quart ou la moitié du poids de fhyposulfite employé suivant que l’on fera usage dé sulfite anhydre ou de sulfite cristallisé.

Yoici une formule de virage à l’osmium.

Eau distillée. 1 000 cm^

Chlorure d’osmium ammoniacal jaune I gi"-

Chlorate de sodium O&i’.Ol

Succinate de sodium 4 gr.

Acide succinique 12 gr.

L’eau distillée doit être chaude mais ne pas dépasser 50 à 60°C.

196. — En 1(S61, M. le vicomte de Yigier indiquait le moyen d’obtenir des images d’un beau rouge carminé en immergeant des épreuves, virées à l’or, dans un bain de bichlorure de mercure. Quand les images sont fortement tirées et virées, ces tons sont très beaux et les blancs acquièrent une pureté incomparable.

Toute solution de bichlorure de mercure propre au renforcement d’un négatif est utilisable en la diluant beaucoup. 11 importe, en effet que sa teneur en bichlorure soit faible, pour que les légères teintes des hautes lumières ne se trouvent pas attaquées.

Dans le cas où l’on n’a pas sous la main ladite solution de bichlorure de mercure, on peut en composer une particulière à ce mode de procéder, dans les proportions suivantes :

Eau distillée 1 000 cm^.

Bichlorure de mercure 0gi’.25

Chlorure de sodium 5 gr.

Le virage en ton carmin se fait vite ou très lentement. Cela dépend beaucoup du virage primitif. On devra donc

VIRAGES A DIVERS MÉTAUX

laisser l’épreuve dans la solution de bichlorure jusqu’à l’obtention complète du ton désiré. On rince, de préférence, à l’eau salée, et l'on met à sécher.

197. — Les épreuves sur papiers à image directement visible, surtout sur papiers émulsionnés, peuvent être virées au rouge sanguine et au bleu par le ferrocyanure d’uranium et le ferrocyanure de fer.

Pour cela, l’épreuve est simplement fixée à l’hyposulfiLc, puis bien lavée et passée dans un bain d’alun. Il est important que toute trace d’hyposulfite soit éliminée. On atteindra ce but en opérant comme il sera dit dans le chapitre : Comment on vire^ on fixe et on lave.

Faites alors une solution à 2 p. 100 de ferricyanure de potassium (prussiate rouge) et immergez votre image dans cette solution. Elle blanchit peu à peu et disparaît presque entièrement. Lavez soigneusement et plongez dans une solution d’azotate d’uranium à 5 ou 10 p. 100. L’image réapparaît en rouge d’autant plus vif que la solution sera plus concentrée.

Au lieu d’azotate d’uranium, si vous employez une solution étendue de perchlorure de fer, l’image réapparaîtra en bleu opaque. Vous l’éclaircissez en l’immergeant dans un bain d’hyposulfite de sodium léger destiné à dissoudre le chlorure d’argent formé qui jaunirait les blancs.

Je n’insiste pas d’ailleurs sur ces procédés qui sont les mêmes, en somme, que ceux que nous retrouverons très détaillés, quand nous parlerons des épreuves obtenues sur papiers au gélatino-bromure d’argent.

198. — On a essayé maintes fois d’introduire dans le commerce des papiers évitant l’emploi du virage. Ces papiers appartiennent à deux groupes distincts :

1° Les se virant soi-même., c'est-à-dire les papiers virant réellement par un simple fixage à l’hyposulfite de sodium.

2° Les iso-vireurs., c’est-à-dire les papiers qui semblent virer en prenant dans le fixage la teinte photographique.

Les papiers de la première catégorie contiennent réellement des sels d’or ou d’autres métaux employés dans les virages.

Ceux de la seconde ne contiennent aucun de ces sels et semblent virer par le fait d’un artifice consistant à introduire divers sels dans le bain de salage.

m LE TIRAGE DES ÉPREUVES EM PHOTOGRAPHIE.

199. — M. P. Mercier, qui a étudié ces papiers, aindiqué un certain nombre de formules. Je ne retiendrai que celles m'ayant paru les meilleures.

En principe, pour obtenir un papier virant réellement, il suffit d’ajouter à la solution de salage ou d’albuminage une certaine quantité de chlorure d'or. Alors, lorsqu’on sensibilise, il se forme simultanément avec le chlorure d’argent un oxychlorure d’or, qui s’unit à lui intimement. Le virage se produit de la sorte tout naturellement pendant le fixage. Le grand défaut de ces papiers, au point de vue commercial, est, quoi qu’on fasse, de se garder difficilement. Pour l’amateur cela n’a pas grande importance puisqu’il peut le préparer suivant ses besoins.

Composez le bain de salage avec :

Eau distillée 1 000 cm^.

Chlorure d’or brun

Chlorure de sodium 25 gr

Solution d'hydrate de potassium au 1/20® 50 cm^.

Ou le double d’une solution de bicarbonate de sodium au l/20e.

On porte à l’ébullition jusqu’à ce que la solution soit nettement décolorée et l’on filtre. Si cela est nécessaire on ajoute de l’eau distillée pour parfaire le litre de solution. Un tel bain, comme tous ceux similaires que l’on pourrait faire, ne doit pas précipiter par l’ammoniaque ou les sels ammoniacaux, ne pas se colorer par l’addition d’un bromure alcalin et donner, avec l’azotate d’argent, un précipité très blanc au moment de sa formation. Ces réactions caractérisent les sels d’or au minimum.

Une feuille de bon papier est plongée dans ce bain pendant une ou deux minutes, séchée rapidement, puis sensibilisée aussitôt pendant deux ou trois minutes sur le bain d’argent suivant :

Eau distillée 1 000 cm3.

Azotate d’argent 120 gr.

Azotate d’ammoniaque 20 gr.

Ammoniaque 5 cm 3.

Par simple fixage, l’épreuve obtenue sur un tel papier virera. Il sera bon que le bain de fixage soit alcalin. On aura même des tons plus beaux et des épreuves offrant plus de

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stabilité en fixant simplement dans une solution à 30 p. 100 de sulfocyanate d’ammonium.

200. — Quant aux papiers iso-vireurs, on les obtient, en général, en ajoutant au bain de salage des sels qui sont des réducteurs. En salant du papier avec :

Eau distillée 1 000 cm^.

Chlorure de sodium 10 gr.

Benzoate de sodium 20 gr.

Oxalate neutre de potassium 20 gr.

et en le sensibilisant sur une solution d^azotate d’argent à 12 p. 100 vous obtenez des images d’un beau ton sépia pourpré.

L’émétique, employé dans le bain de salage, permet d^obtenir des tons rouge sanguine.

En employant le phosphate, le cliromate, l’arséniate et le molybdate d’argent, on fait un papier iso-vireur à ton noir.

Dans ce cas le bain de salage se compose de :

Eau distillée

Gomme laque blanche

Phosphate de sodium..

Celui de sensibilisation sera :

Eau distillée

Azotate d’argent

Acide borique .

Chlorate de sodium

et après séchage on fera flotter, pour la conservation

^Eau distillée

Émétique

Chlorate de sodium

Les sels d'^uranium et de fer peuvent être également employés.

201. — Si l’on voulait n’employer un sel d’uranium qu’au salage, il faudrait faire choix du chlorure. Au contraire, voudrait-on ne l’employer que dans le bain de conservation il faudrait faire choix de l’azotate. Une très bonne méthode consiste à utiliser les deux combinaisons. Les images obtenues présentent de belles teintes pourprées.

Le bain de salage se compose de :

Eau distillée 1 000 cm^.

Chlorure d’ammonium 30 gr.

Chlorure d’uranium 10 gr.

celui de sensibililisation sera :

Eau distillée 1 000 cm^.

Azotate d’argent 15 gr.

Ammoniaque XX gouttes.

celui de conservation sera :

Eau distillée.. 1 000 cm3.

Citrate de sodium 30 gr.

Acide citrique 10 gr.

Azotate d’uranium 10 gr.

Chlorate de potassium 10 gr.

202. — Pour les papiers iso-vireurs aux sels de fer, on choisira de préférence le pyrophosphate de fer et de sodium. La formule de salage sera :

Eau distillée 1 000 cm^.

Chlorure d’ammonium 30 gr.

Pyrophosphate de fer et de sodium (frais) 10 gr.

La sensibilisation se fera avec une solution d’azotate d’argent à 15 p. 100 additionnée ou nou d’ammoniaque. Si l’on veut faire usage d’un bain conservateur, il faudrait alors employer :

Eau distillée 1 000 cm^.

Citrate de sodium 50 gr.

Perchlorate de sodium 30 gr.

Acide citrique 5 gr.

203. Il est d’une bonne pratique, en préparant ces papiers, de les encoller préalablement à l’arrow-root ou dans un bain de résine quelconque à 5 p. 100.

Pour le fixage on devra toujours l’employer alcalinisé par une petite quantité de sulfite de sodium.

L’on remarquera, en outre, que l’on peut obtenir un ton plus foncé de l’image en appliquant sur celle-ci un fer chaud à repasser, quand elle est sèche, ou mieux pour la finir de sécher.

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