La source commune (IJ et première, le
germe unique de tous les procédés parmi lesquels nous avons désigné ceux qui nous ont paru dignes de récompenses, c’est-à-dire de tous les procédés au carbone, c’est incontestablement celui de M. Poitevin et par conséquent le père commun de tous ces inventeurs, c’est M. Poitevin.
« Quelques mots suffisent pour vous en convaincre.
(( Dès le mois d’aoùt 1855, M. Poitevin déposait à la préfecture de la Seine la description d’un procédé d’impression photographique. Le 15 février 1856, il vous l’apportait en le modifiant sur quelques points.
« Quelle était, en ce qui concerne le papier, cette méthode réduite à sa plus simple expression? En août 1855, application sur le papier d’un mélange de bichromate de potasse, corps organique et matière colorante, le tout en une seule fois avant l’insolation. En 1856, application des mêmes substances, mais en deux opérations, savoir : le bichromate et le corps organique avant et la matière colorante ou carbone après l’insolation :
« Dans les deux cas, lavage à l’eau pure pour terminer et fixer l’épreuve.
« Si maintenant nous suivons l’ordre chronologique des présentations, que verrons-nous?
(( M. Testudde Beauregard, en décembre 1857, vous communique un procédé dont voici le résumé :
« Emploi du bichromate de potasse, d’un corps organique et de la matière colorante (carbone). Seulement ici la préparation complète, qui toujours précède l’insolation, se sépare en deux : d’abord immersion du papier dans le mélange du bichromate et du corps organique; séchage, puis extension du carbone. Après l’insolation, lavage à l’eau simple. La manipulation seule varie, le principe est identique.
«En janvier 1858, M. Sutton indique dans les Photographie Notes \}\i moyen d’obtenir des positifs durables. C’est encore exactement, et sans doute à son insu, la méthode Poitevin, car on n’y trouve autre chose que ceci :
« Application sur le papier d’un mélange de bichromate
(1) Voir ; Bulletin de la Société française de Photographie, mai 18o9.
dépotasse, corps organique et charbon pulvérisé; séchage, insolation et lavage. Dé son chef, M. Siitton ajoute une solution alcaline pour éclaircir l’image, si besoin est.
«Le 10 août 1858, M. Pouncy prend, en Angleterre, un brevet qui n’est publié qu’en novembre dans les Photographie Notes et dans notre Bulletin en décembre. Si nous en isolons les éléments constitutifs, nous trouvons, tous comptes faits : application sur le papier d’un mélange de bichromate de potasse, de gomme arabique et de charbon végétal, en une seule manœuvre, avant l’insolation. Puis lavage à l’eau pure.
« .... En sorte qu’on peut dire, en toute vérité, que, si M. Poitevin n’existait pas, chacun de ces messieurs l’eût inventé. »
449. — Ces premiers papiers au bichromate reproduisaient péniblement et mal les demi-teintes. En 1860, Fargier en découvrit la raison.
« Le noir (1) que l’on mêle à la gomme ou à la gélatine n’est point une dissolution, c’est une poudre en suspension qui n’a jamais assez de ténuité pour pénétrer dans les pores ou même dans la pâte du papier, et qui par conséquent reste toujours sur la surface de ce papier, et forme, avec la gomme, une couche d’une certaine épaisseur. Or, quelque mince que soit cette couche, la lumière n'agit pas en même temps dans toute l’épaisseur. La lumière agit selon son intensité, cette intensité est plus grande à la surface de la couche et diminue graduellement dans l’épaisseur; donc la coagulation doit commencer à la surface et se continuer de proche en proche à l’intérieur, au fur et à mesure que l’exposition à la lumière se prolonge. Il résulte de ces faits que l’image qui se forme sur la gomme étendue sur le papier, comme cidessus, n’est point soutenue immédiatement par le papier, mais bien parla gomme que la lumière n’a pas été atteindre et qui par conséquent est restée soluble. On conçoit que cette image doit disparaître par un lavage à l’eau, du moins dans les demi-teintes qui en sont Télément essentiel; car les grands noirs que la lumière a traversés d’outre en outre, reposent immédiatement sur le papier et y restent
(1) Voir; Bdlletin de la Société française de Photographie, décembre 18C0
LES PAPIERS AU CHARBON
« Mais si, après avoir préparé la feuille de papier comme ci-dessus, on la pose sur le cliché, non point du côté de la gomme mais bien du côté opposé, de manière que la lumière au sortir du cliché traverse le papier avant d’arriver à la gomme, la coagulation commencera à la surface qui est m contact avec le papier et l’image en totalité restera fixée au papier après le lavage. C’est ainsi que j’ai obtenu mes premières épreuves. Mais ce dernier moyen a quelques inconvénients : le temps de l’exposition est plus long, les épreuves sont renversées et surtout elles sont grenues parce que le papier h’est pas d’une translucidité égale. »
450. — De celte remarque, Fargier en vint à formuler un procédé complet, très nettement détaillé par M. Davanne dans un rapport au nom de la Commission chargée d’en faire l’examen (1). C’est le procédé dit du double transfert en usage depuis et encore aujourd’hui. Prenier transfert de l’image insolée sur un support provisoire, pour permettre le dépouillement par le dos de la couche; deuxième transfert sur le support définitif pour remettre l’image dans un vrai sens. Depuis Fargier, le procédé au charbon a été certes amélioré dans bien des détails. Les limites restreintes de cet ouvrage m’empêchent de m’étendre sur les travaux de Pouncy, Placet, Swan, Davies, Blair, Dupaquis, Jeanrenaud, Johnson, etc., etc. Leurs améliorations, ou leurs travaux généraux, valent certainement qu’on les compte, mais ne changent par les principes mêmes du procédé au charbon que. nous venons de voir.
451. — Aujourd’hui, dans le procédé au charbon tel que nous allons l’envisager la gélatine est la seule matière colloïde employée. Le pigment est toute matière colorante ne contenant pas d’albumine. Le mélange de la matière colorante et de la gélatine est préalablement étendu sur un papier, puis séché. Au moment de l’emploi seulement on y incorpore le bichromate en immergeant, le papier ainsi préparé, dans une dissolution de ce sel.
452. — Ce mode opératoire permet à Findustrie de mettre dans le commerce des papiers préparés, à teintes extrêmement variées, et qu’on n’a plus qu’à sensibiliser au fur et à
(1) Voir: Bulletin de la Société française de Photographie, avril 1861.
304 LE TIRAGE DES ÉPREUVES EN PH jTOGRAPHIE.
mesure des besoins. Préparés mécaniquement, ils sont excellents. Je vous engage. fort à les utiliser. Oh! je sais bien que vous vous plaindrez de ne pas trouver couramment clans le commerce des papiers au charbon, bien qu’en somme l’industrie nous en fournisse dans une gamme de couleurs assez étendue. C’est qu’en effet, l’industrie ne s’est pas mise suffisamment à livrer les papiers mixtionnés, en pochettes contenant des morceaux calibrés suivant les dimensions des plaques. Ce qu’on trouve surtout, ce sont des rouleaux de plusieurs mètres. Or, sans qu’il soit besoin de la plus petite explication, je comprends que l’amateur prise mal ce mode de livraison qui l’oblige, en dépensant beaucoup, à emmagasiner des rouleaux de papier dans une armoire. S’il rencontre des pochettes, ce sont surtout des échantillonnages de teintes, ne lui permettant guère qu’une ou deux épreuves en une même teinte.
Un des charmes du procédé au charbon est, en effet, de fournir des épreuves aux teintes variées, et chaque rouleau possède sa teinte propre, une et invariable. C’est parfait, mais alors nous avons le contraire des rares pochettes mises dans le commerce, c’est-à-dire trop de la même teinte.
453. — En réalité, quand il s’agit surtout de petits formats, la fabrication du papier au charbon demeure assez simple. L’amateur qui ne redoute pas quelques manipulations aura beaucoup plus d’intérêt à confectionner lui-même les morceaux du papier mixtionné dont il peut avoir besoin.
Je répondrai donc à de nombreuses questions, et je resterai dans l’intérêt de tous, en indiquant ici la manière de procéder pour atteindre à ce but.
D’une façon générale, la mixtion, composée de gélatine colorée, doit être déposée sur un fort papier, qui lui servira de support provisoire. Voyons ce qu’il y a à faire pour cela.
454. — Nous avons d’abord à nous procurer de la gélatine. Mais il existe diverses espèces de gélatine, car la gélatine n’est pas un corps de composition constante. Suivant la façon dont elles se comportent vis-à-vis de l’eau, on peut classer les gélatines en dures, semi-dures, et tendres.
Les dures peu perméables aux liquides, se gonflent len-
Dans la baie de la Rance (Phototype de l’auteur)»
LES PAPIERS AU CHARBON
tement dans l’eau froide, et absorbent peu d’eau. Il faut les dissoudre à chaud. Au refroidissement, elles se prennent facilement en gelée ferme.
Les tendres se gonflent vite à l’eau froide, et se prennent en gelée à une température plus basse que l’eau froide.
Les semi-dures participent des propriétés des deux premières espèces.
Commercialement, on les distingue par le nom de leur fabricant.
Parmi les gélatines dures, il faut citer celles de Siméon de Drescher, d’Hienreich.
Parmi les semi-dures, celles de Coignet particulièrement.
Parmd les tendres, celles de Nelson et de Grenet. Ces dernières portent plus particulièrement le nom de grenétines.
Toute gélatine, dite alimentaire^ doit être rejetée, ainsi que toute gélatine graisseuse. Les bonnes marques citées cidessus sont dépourvues de graisse. On reconnaît la présence de la graisse en étendant une solution de gélatine sur du verre, et au moment ou elle fait prise, on regarde la couche à jour frisant. S’il y a taches graisseuses, on aperçoit une légère dépression là où ces taches doivent se former.
Il existe plusieurs moyens de dégraisser une gélatine. Je retiendrai seulement celui, très simple, de M. Davanne qui consiste à faire fondre le gélatine dans l’eau et à y projeter un blanc d’œuf en neige. Vous battez alors le tout et amenez à l’ébullition. L’albumine en se coagulant enrobe et entraîne toutes les particules étrangères à la gélatine. Le liquide est décanté après repos.
Pour notre papier mixtionné, nous éviterons les gélatines dures, qui exigent pour leur dissolution des températures trop élevées, et nous prendrons de préférence des gélatines tendres, telles que les grenétines auxquelles on ajoutera un tiers ou un quart de gélatine, semi-dure Coignet. Pendant les grandes chaleurs, on pourra n’employer que la semi-dure. Dans les pays tropicaux, on devra même lui ajouter un peu de gélatine dure.
455. — Après le choix de la gélatine vient le choix de la matière colorante. Toute substance tinctoriale n’étant pas
propre à la fabrication de la couche mixtionnée, ce choix est assez délicat.
Les combinaisons de matières colorantes avec l’alumine, comme les laques, susceptibles, par conséquent, de produire par une sorte de tannage, l’insolubilisation de la gélatine, devront être rejetées.
Rejetées, aussi, les couleurs lourdes, comme le vermillon et le vert minéral . Leur forte densité donnant à la couleur une tendance à se précipiter dans la masse au lieu d’y rester répartie d’une manière égale.
Rejetées, également, les couleurs extra-solubles dans l’eau comme certaines anilines. Lors du dépouillement de l’image, elles seraient entraînées hors delà masse même.
Du reste voici une liste des couleurs dont Temploi reste sûr.
Noirs : noir d’ivoire, noir de pêche, noir de fumée calciné, encre de Chine. Cette dernière donne un noir verdâtre froid, qu’il est bon de récliauffer par un rouge.
Bruns : sépia naturelle ou brûlée, terre d’ombre, terre de Sienne naturelle ou brûlée, brun Van Dyck;
Biens : indigo, bleu de Prusse;
Rouges : purpurine, carmin, corraline, chrysoïdine, rouge vénitien, rouge indien;
Jaunes .-jaune de gaude, gomme-gutte, jaune d’or;
Verts : on ne les obtient bien qu’en mélangeant des bleus et des jaunes.
Du reste, par combinaison de ces couleurs entre elles, on arrive à une variété de tons infinie.
456. — Les couleurs doivent être très finement broyées, à la molette sur glace dépolie, accessoires de peintre que l’on trouve chez n’importe quel marchand de couleurs. Mêlée à un minimum d’eau, la couleur à broyer est mise sur la glace dépolie, écrasée à la molette, puis réduite en pâte d’un grain très fin, en faisant décrire à la molette des spirales très rapprochées. Avec un couteau à palette, on ramène toujours la pâte au centre de la glace et l’on continue jusqu’à ce que la matière prenne une ténuité extrême.
Les couleurs en pain pour l’aquarelle peuvent être employées, car elles sont déjà broyées en pâte très fine. Toutefois, comme elles sont broyées à ta gomme et au miel.
Les papiers au charbon.
mieux vaut préalablement les faire fondre dans l’eau chaude et, quand elles sont précipitées, on décante l’eau qu’on renouvelle une ou deux fois, et on les passe à la molette pour écraser les derniers grains.
457. — Dans la composition de la mixtion colorée, on emploie 1 partie de couleurpour 10 à40 parties de gélatine, suivant l’intensité à donner à la couche. Yoici d^ailleurs quelques indications de tons avec leurs proportions :
Noir pur : 1 partie d’encre de Chine, 1 partie de gélatine;
Noir chaud : Imparties d’encre de Chine, 2 parties de brun
Broyage des couleurs à la molette pour la préparation du papier au charbon.
Van Dyck, 2 parties de rouge vénitien. Prendre 1 partie du mélange pour 30 parties de gélatine;
Noir violet profond : encre de Chine 20 parties, indigo 2 parties, carmin de garance 1 partie. Prendre 1 partie du mélange pour 35 de gélatine :
Ton pourpre : encre de Chine 5 parties, rouge indien 5 parties, terre d’ombre brûlée 2 parties, indigo 1 partie. Prendre 1 partie du mélange pour 30 parties de gélatine.
458. — La gélatine n’est généralement pas employée seule. Le papier mixtionné de la sorte pourrait devenir, en séchant, trop dur et trop cassant. On y ajoute généralement de la glycérine, du sucre candi ou du miel, quelquefois aussi de la colle de poisson qui donne plus de ténacité à la couche et assure mieux son adhérence au papier.
3iÔ LE TÎRAGE des épreuves EN PHOTOGRAPHIE.
Voici d’ailleurs les formules de quelques compositions :
Solution type.
Colle de poisson 1 gr.
Gélatine semi-dure 3 à 4 gr.
Grenétine 8 à 10 gr.
Glycérine ou sucre candi. 2 à 4 gr.
Matière colorante Q. S.
Eau 100 cm3.
Autre formule.
Grenétine 15 gr.
Gélatine dure 5 gr.
Sucre candi blanc 2 gr.
Savon blanc 2 gr.
Matière colorante Q. S.
Eau 100 cm3.
459. — On met les gélatines à gonfler dans la moitié d’eau, et l’on fait dissoudre la matière colorante dans l’autre moitié. Après dissolution, on les mélange et l’on porte à 30 ou 40° G, de manière à faire une solution bien homogène. Le mélange s’obtient en versant la gélatine sur la matière colorante tout en remuant avec une spatule de verre.
460. — L’étendage de la mixtion sur le papier n’offre aucune difficulté. Il peut se faire de deux manières. Avant de les décrire, je dirai que le papier choisi doit être un peu fort et modérément encollé, de façon à pouvoir s’imbiber plus vite lors du dépouillement à ffeau chaude. Un beau papier écolier satiné est très suffisant.
Pour l’étendage, vous constituez, avec une feuille de verre placée sur des vis calantes, une tablette bien horizontale. Sur cette tablette, vous étendez votre feuille de papier préalablement trempée dans l’eau pendant dix minutes au moins et essorée entre deux feuilles de buvard. Ce papier doit avoir les mêmes dimensions que la feuille de verre. Sur son pourtour, vous disposez quatre réglettes de verre d’environ 2 centimètres de large et 2 millimètres d’épaisseur, et vous les maintenez en place à l’aide de pinces américaines. Vous formez ainsi une sorte de cuvette dont la hauteur du rebord fixera l’épaisseur de la couche de gélatine. L’on n’a pas à se préoccuper de la non-étanchéité de cette cuvette. Au contact du verre froid, la gélatine se figera assez vite pour
LES PAPIERS AU CHARBON
ne pas couler. Du reste, on peut frotter les bords du verre avec de la vaseline, pour éviter toute adhérence.
Maintenant, à l’aide d’un verre à bec tenu à une température voisine de la prise, la gélatine est versée en filets minces, par un mouvement de va-et-vient, sur le papier et on l’élale en passant dessus un agitateur de verre chauffé, et coudé pour plus de commodité. Sa longueur devra être telle que ses deux extrémités puissent appuyer franchement sur les réglettes de verre.
^Dès que la gélatine fait prise, on enlève le papier que l’on pose aplat sur une planche; et quand la prise est bien
accentuée on le suspend à l’air libre. L’autre façon de faire l’étendage est pour ainsi dire une opération inverse de la précédente.
La feuille de verre préalablement talquée et tiédie sur une tôle placée sur une cuve d’eau bouillante, reçoit la mixtion colorée, que l’on étale à l’aide d’une baguette de verre, très effilée à l’une de ses extrémités pour qu’on puisse, avec elle, crever les bulles d’air qui pourraient se former.
Dès que la gélatine commence à prendre, on dépose sur sa surface la feuille de papier humide et on laisse la mixtion se bien figer, ce qui demande une demi-heure environ. Yous soulevez alors l’un des coins avec un canif. Le papier recouvert de gélatine se détache aussitôt. Vous suspendez alors à l’air libre.
Toutes ces manipulations, bien entendu, se font au grand
jour. Vous obtenez ainsi du papier, comme on en vend en rouleaux dans le commerce, mais exactement à la teinte qu’il vous a plu de choisir. Pourvu qu’il soit à l’abri de l’humidité et de la chaleur, il se conserve ainsi indéfiniment.
Quand vous voudrez en faire usage, vous n’aurez plus qu’à le sensibiliser et à effectuer toutes les manipulations relatives à l’obtention de l’épreuve au charbon et que je vais décrire dans le chapitre suivant.
L’ÉPREUVE AU CHARBON
461. Aperçu sur le matériel du charbonnier. — 462. Bain sensibilisateur.
— 463. Sensibilisation. — 464. Séchage du papier sensibilisé. — 465. Sa conservation. — 466. Les transferts. — 467. Valeur des phototypes négatifs à employer. — 468. Bordage des négatifs. — 469. Insolation. — 470. Dépouillement de l’image et simple transfert. — 47 1. Double transfert. — 472. Tours de main et insuccès. — 473. Repiquage. — 474. Préjugé qu’il faut détruire. — 475. Considérations sur la sensibilisation et nature du bain sensibilisateur. — 476. Considérations sur la conservation du papier sensibilisé. — 477. Considérations sur la nature de l’eau à employer dans le dépouillement. — 478. Cirage de la glace pour transfert provisoire. —> 479. Traitement d’une épreuve surexposée.
— 480. Traitement d’une épreuve sous-exposée. — 481. Difficultés du traitement artistique. — 482. Traitement artistique de l’épreuve. — 483. Fixage. — 484. Encaustiquage. — 485. Possibilité des virages. — 486. Virage par le permanganate de potassium. — 487. Virage par les sels de fer. — 488. Virage par les sels de plomb. — 489. Virage par les sels d’argent. — 490. Virage par des sels divers. — 491. Virage par teinture.
461. — Le matériel du charbonnier peut être des plus simples : une cuvette de faïence pour la sensibilisation; une cuvette de tôle émaillée pour le dépouillement; une raclette de caoutchouc; un photomètre; un bichromate alcalin, de Talun et une solution de cire dans la benzine; une bouillote pour l’eau chaude. On peut ajouter, si l’on veut, un petit réchaud à gaz ou au pétrole. Quant aux plaques de verre pouvant être employées, de vieux phototypes négatifs, débarrassés de leur gélatine et bien nettoyés à l’eau de lessive, suffiront.
Pour l’atelier, c’est une pièce quelconque bien éclairée.
462. — Le papier au charbon vendu dans le commerce ou fabriqué par l’opérateur, ainsi que je l’ai indiqué au chapitre précédent, se conserve indéfiniment, du moment que l’on a soin de le tenir dans un endroit sec, mais il n’est pas sensible de la lumière. Pour lui donner la sensibilité voulue, il faut l’immerger dans une solution de bichromate de po-
tasse à 2ou 3 p. 100 suivant la saison (2 en été, 3 en hiver), préalablement filtrée sur ouate hydrophile. Au moment de l’immersion, il est absolument nécessaire que la température de la solution ne dépasse pas 15® centigrades.
463. — Pour opérer, le papier bien blaireauté est immergé, au jour, d’un coup, gélatine en dessus. Il a des tendances à se rouler. On le force à plonger complètement, et l’on chasse les bulles d’air qhi pourraient se former sur la couche et qui détermineraient des points blancs sur l’image. Au bout de deux minutes., il est devenu complètement plan et on le retourne, gélatine en dessous., pour chasser les bulles d’air adhérant au dos. Au bout àéune minute (donc trois minutes en tout), le papier est retiré du bain sensibilisateur et appliqué sur une glace bien propre, gélatine contre verre. On passe légèrement sur le dos du papier, recouvert de papier buvard, la raclette de caoutchouc pour enlever l’excès de liquide. Puis, au moyen de pinces de bois, nous suspendons la feuille, ainsi essorée, à une corde, pour la faire sécher.
Nous avons réalisé la sensibilisation classique.
464. — Si la sensibilisation peut se faire à la lumière, il n’en est pas de même du séchage :1a gélatine bichromatée devenant sensible une fois sèche. La suspension de la feuille devra donc être faite dans une pièce complètement obscure, ou éclairée par une lumière rouge ou jaune très foncé.
Le séchage est l’opération la plus délicate du procédé. Il doit s’effectuer ni trop vite ni trop lentement. L’espace moyen &'une nuit est généralement suffisant. Un séchage trop lent amènerait le coulage de la gélatine, un séchage trop rapide sa réticulation.
Dans des cas difficiles, le séchage peut être activé par une adjonction au bain sensibilisateur d’alcool à 90® dans les proportions d’un quart à un tiers de volume du bain, mais si l’on active ainsi le séchage il y a à redouter la réticulation.
465. — En principe, le papier ainsi sensibilisé ne se conserve pas. La gélatine s’insolubilise d^elle-même dans l’obscurité peu à peu et assez rapidement. Au bout de six ou huit jours, il est à peu près hors de service. Mieux vaut
L’ÉPREUVE AU CHARBON
donc sensibiliser la veille le papier dont on a besoin le lendemain.
On peut cependant user de ce phénomène de transformation dans la sensibilité pour tirer parti de certains négatifs. Ceux qui sont très faibles donneront bien avec un papier sensibilisé la veille ; ceux qui sont très durs donneront mieux avec un papier sensibilisé de,puis deux ou trois jours.
466. — Le papier au charbon, c’est-à-dire le papier supportant la couche de gélatine colorée par une poudre indélébile, n’est pas celui qui portera finalement l’image. 11 ne constitue, en réalité, qu’un véhicule provisoire. Cela provient de ce que, pendant l’insolation, l’image ne se trouve imprimée qu’à la surface, que cette surface devient insoluble et que pour développer^ ou mieux pour dépouiller l’image, il faut l’attaquer par le dos. C’est la fameuse remarque de Fargier que nous avons vue au chapitre précédent.
La couche de gélatine colorée doit donc être reportée, après insolation, sur un papier ciré, dit simple transfert^ auquel elle adhère fortement. Dans ce cas, l’image se trouve forcément retournée^ comme est retournée l’image d’un objet renvoyée par une glace.
Pour l’obtenir dans son vrai sens, il ne faut employer, comme phototype négatif, que des pellicules ou pelliculer les phototypes sur verre. On procède alors à l’insolation, en mettant le dos de la pellicule en contact avec la gélatine colorée.
Si l’on veut, sans pellicule ou sans pelliculage, obtenir une image finale dans son vrai sens, on doit se soumettre à deux opérations : I® transporter provisoirement l’image pour le dépouillement sur un verre ciré ou sur le papier à simple transfert; 2° la transporter à nouveau, après dépouillement complet, sur le papier dit à double transfert.
Ces opérations, qui paraissent compliquées à l’explication, sont, dans la pratique, extrêmement simples et s’effectuent avec une très grande rapidité.
467. — Tous les bons phototypes, clairs, brillants, bien accusés dans toutes leurs valeurs, donnant des épreuves irréprochables sur papier albuminé, fourniront d’excellentes épreuves au charbon.
Les phototypes mous, gris, ternes ou voilés ne donneront rien de bon. Mieux vaudrait encore des phototypes durs et heurtés. Aussi, si l’on veut employer les premiers, ferat-on bien, tout d’abord, de faire disparaître, par l’affaiblissement, le voile qui les recouvre, pour leur faire subir ensuite un renforcement énergique.
Au cas où aucune modification ne pourrait être apportée au négatif, la sensibilisation du papier devra être faite en conséquence. A phototype dur un bain riche en bichromate fournira des épreuves adoucies ; à phototype mou un bain faible au bichromate donnera des épreuves vigoureuses.
468. — Dans les opérations du transfert, il demeure de toute nécessité que le papier au charbon adhère bien aux papiers destinés à ces transferts. Pour atteindre à ce but, il est bon, principalement, surtout quand on se sert de châssis à glace forte, de border de quelques millimètres les phototypes négatifs avec un cache de papier noir ou avec de la couleur noire, rouge ou jaune.
Ce bordage empêchera, en effet, le papier de recevoir la lumière sur son pourtour. La gélatine, sur ce pourtour, ne sera donc pas insolubilisée et absorbera, par conséquent, toute l’eau nécessaire pour lui permettre une bonne adhérence au transfert.
469. — Le papier au charbon est mis en contact avec le phototype, gélatine contre gélatine^ et placé dans un châssispresse ordinaire, comme s’il s’agissait d’une épreuve ordinaire à tirer sur un papier aux sels d’argent. Les châssis à glace forte sont cependant les meilleurs.
Par sa couleur même, le papier au charbon ne permet pas de surveiller la venue de l’image. De là nécessité d’employer un photomètre pour régler la durée de l’insolation. N’importe quel photomètre permettra d’arriver à cette réglementation. Le plus simple, à mon avis, est le photomètre pour le papier charbon velours Artigue, et dont l’efficacité est d’autant plus certaine que ses indications sont en relation avec la force du bain de bichromate de potasse ayant servi à la sensibilisation du papier au charbon.
Voici un moyen pratique d’apprécier, sans photomètre proprement dit, la durée de l’insolation-.
L’ÉPREUVE AU CHARBON
Dans le même bain où vous avez sensibilisé votre papier au charbon, vous sensibilisez une feuille de papier simple transfert ou une feuille de papier recouverte d’une solution chaude de gélatine à 4 p. 100, et vous la faites sécher dans les mêmes conditions que le papier au charbon. Au moment de l’insolation, vous placez ce papier, gélatine contre gélatine, dans un châssis-presse et sous un négatif de même valeur que celui que vous devez imprimer sur le papier au charbon. Vous exposez les deux châssis à la même lumière et en même temps. Dès que l’image, dessinée en brun sur le papier simple transfert bichromaté, accuse très légèrement tous les détails du négatif, vous pouvez considérer comme suffisante l’insolation du papier au charbon.
L’exposition des châssis-presses devra toujours être faite de préférence à l’ombre.
470. — Il est toujours d’une bonne pratique de dépouiller l’image à sa sortie du châssis-presse.
Simple transfert. — Pour cela nous immergeons dans de l’eau froide une feuille de papier simple transfert eou^é,Q aux dimensions de l’image à dépouiller, jusqu’à ce qu’elle soit devenue complètement plane. Nous la retirons alors de l’eau et la plaçons, côté brillant en dessus, sur une glace bien propre. Dans la même eau, gélatine en dessous, nous trempons notre image au charbon, en évitant la formation des bulles d’air, et nous l’y laissons également jusqu’au moment où elle devient coïnplètement plane. Nous la retirons et l’appliquons sur le papier transfert, gélatine contre côté brillant. Couvrant le tout d’une toile caoutchoutée, nous chassons, à la râclette, l’excès d’eau, et amenons l’adhérence absolue de toutes les parties des deux faces juxtaposées. Nous tamponnons au papier buvard et suspendons à une corde, pendant dix minutes environ, avec des pinces de bois.
Ce laps de temps écoulé, nous plongeons à nouveau les deux feuilles, collées ensemble, papier transfert en dessous, dans de l’eau froide, dont nous montons progressivement la température à 30 ou 35° C, soit par l’addition d’eau chaude, soit en portant sur un réchaud la cuvette, qui est en tôle émaillée.
Pour cette opération et les suivantes, il est bon de se munir d’un thermomètre. Il existe de petits thermomètres
coudés, gradués de 25 à 50‘' G et qui, par leur forme, se tiennent très bien dans une cuvette de développement (1).
Au bout de quelque temps, la sous-couche non impressionnée du papier au charbon se dissout. Des bavures apparaissent autour du papier. De la main gauche, nous maintenons alors répreuve au fond de la cuvette, puis avec le pouce et l’index de la main droite nous soulevons un coin du papier au charbon, nous le décollons doucement de sa couche et nous le jetons aux ordures.
Nous retournons la feuille de façon que la gélatine soit en dessous^ et, par l’un des moyens ci-dessus indiqués déjà, nous montons la température de l’eau à 40° G. La gélatine non isolée se dissout progressivement. L’image apparaît, vague, empâtée, puis de plus en plus pure. Nous la soulevons de temps à autre pour en suivre la venue.
Lorsque la pose a été très exacte^ il ne faut guère plus de cinq minutes pour que l’image soit complètement achevée. Du reste, on peut dire que le dépouillement est terminé lorsqu^’en tenant l’épreuve verticalement au-dessus de la cuvette on ne voit plus couler vers le bas de matière colorée.
Ü exposition a été trop longue^ l’image a beaucoup de peine alors à se dépouiller. On peut activer le dépouillement en portant la température de l’eau à 45° et même à 50° G. Ge mode opératoire n’est pas sans danger. Il peut amener des réticulations. Je crois préférable de garder la température à 40° G., 45° au plus, et d’additionner l’eau d’un carbonate alcalin ou de sulfite de sodium (1 à 2 grammes pour un litre d’eau).
L exposition a été trop courte^ l’image se dépouille bien, mais manque de vigueur et de franchise.
On alune l’épreuve terminée en la lavant d’abord quelques instants sous un robinet d’eau froide et en l’immergeant, pendant dix minutes, dans une solution d’alun de potassium à 8 p. 100. On rince de nouveau et l’on met à sécher.
471. — Double transfert, — Si l’épreuve précédente est destinée à un double transfert pour avoir l’image dans son vrai sens, il n’est pas de première nécessité qu'elle soitalunée. Une fois sèche, on la remouille pour la rendre plane, et on
(1) Voir mon ouvrage : Le Développement en Phàlographiey p. 271.
L’ÉPREUVE AU CHARBON
mouille en même temps, pour obtenir le même résultat, une feuille de papier, dit double transfert, jusqu’à parfait ramollissemént. On applique les deux feuilles l’une contre l’autre, gélatine contre image.
On fait adhérer à la raclette, et l’on met à sécher comme précédemment on l’a fait pour le simple transfert. Quelques heures après, vous découperez les bords, et vous enlèverez le papier simple transfert, qui laissera son imag-e intacte et dans son vrai sens sur le papier double transfert.
Le double transfert peut s’opérer sans le secours du papier simple transfert, qui donne toujours des épreuves mates. On lui substitue alors une feuille de verre qui fournit des épreuves mates ou brillantes, suivant que l’on emploie un verre poli ou un verre douci.
Dans ce cas, le verre est ciré, comme si on voulait y faire sécher des épreuves sur papier aristotypique , avec, par exemple, une solution de cire blanche dans la benzine. Les autres opérations sont identiquement les memes qu’avec le papier à shnple transfert.
472. — Sensibilisation. — Pour faciliter la pénétration du bichromate de potassium dans la couche de gélatine colorée, on peut ajouter au bain un peu de carbonate d’ammoniaque (1,5 p. 100).
Réticulations. — Si, durant les grandes chaleurs,' elles se produisent au cours du séchage, on peut les éviter, généralement, en ajoutant au bain de sensibilisation quelques gouttes d’une solution de bichlorure de mercure à5 p. 100.
Avaries du papier. — Si la gélatine se fendille et se plisse, au moment de la sensibilisation, c’est que le papier a été conservé dans un endroit trop chaud ; si elle semble vouloir abandonner son support pendant la sensibilisation, c’est que le bain sensibilisateur est trop chaud; si le papier se déchire quand on le meta sécher, c’est qu’il a trop séjourné dans le bain sensibilisateur.
Vérification de la sensibilité. — Si l’on a du papier préparé depuis plusieurs jours et que l’on veuille s’assurer s’il est encore sensible, en immerger un fragment dans de l’eau à 40° C. Si la couche se dissout franchement, le papier est utilisable; sinon, inutile de l’employer.
Insolubilité de la couche. — Lorsque la couche refuse d’adhérer au transfert ; lorsque le papier support se détache avec difficulté; lorsque l’image ne se dépouille pas, ces insuccès, en ce qui concerne la sensibilisation, peuvent provenir d’un bain sensibilisateur renfermant trop d’acide libre (l’additionner d’un carbonate alcalin), ou d’un séchage trop prolongé, ou d’un papier trop anciennement sensibilisé, ou d’un papier ayant été exposé à la lumière.
V épreuve tend à abandonner son support. — Immersion trop longue dans l’eau avant l’application sur le support; phototype non bordé, ayant laissé les parties marginales de l’image exposées à l’action directe de la lumière.
Des bulles se montrent sur ! épreuve au dépouillement. — Bulles d’air emprisonnées entre le papier au charbon et son support. Chasser les bulles pendant l’immersion du papier au charbon, l’appliquer contre le support sous Veau.
Image trop noire. — Insolation par trop prolongée, ou emploi d’un papier trop anciennement préparé.
Image trop faible. — Insolation insuffisante, si la faiblesse est générale ; si elle n’est que partielle, emploi d’un papier trop fraîchement sensibilisé ou d’un bain de bichromate à un titre trop bas.
Image granulée ou réticulée. — Bain de bichromate trop faible ou séchage trop rapide.
Points brillants. — Bulles d’air emprisonnées pntre le papier au charbon et le papier transfert.
Épreuve ne se détachant pas du transfert. — Mauvais étendage de la cire sur la plaque.
Lignes brillantes entourant les grandes ombres. — Le support définitif n’est pas en contact immédiat avec toute la surface de l’épreuve. Le papier double transfert doit donc être complètement ramolli avant son emploi.
Reflets brillants autour des parties sombres. — Même insuccès que pour les lignes brillantes.
473. — Le repiquage des trous, des manques ou autres imperfections, doit être fait, de préférence, sur l’épreuve avant son application sur le papier à double transfert. On peut employer, pour cet usage, le pinceau ou l’estompe. Pour le pinceau, on se servira de couleurs à l’huile en tubes : noir, rouge, jaune et bleu, mélangées suivant les besoins.
L’ÉPREUVE AU CHARBON
Pour l’estompe, on se servira de couleurs sèches réduites en poudre impalpable.
L’immersion dans l’eau, pour l’opération du double transfert, n’enlève pas le repiquage .ainsi effectué. De plus, l’épreuve reste brillante si on l’a voulue telle. Dans le cas où on ne veut qu’une épreuve mate, ce repiquage peut être fait directement sur l’épreuve complètement finie.
474. — Faute d’un mode d’emploi précis, les amateurs se figurent, bien à tort, que le procédé au charbon est très compliqué. Ils se refusent presque à l’étudier. C’est là un préjugé qu’il faut détruire. Je viens d’y tâcher pour ma part, en donnant, tout d’une seule traite, un mode d’emploi pratique du papier au charbon, que j’avais d’ailleurs publié déjà, à cet effet, dans le journal La Mise au 'point et dans
Nouveautés photographiques^ année 1901 > Car avant de manier le papier au charbon avec tout l’individualisme qu’on veut et qu’on peut y mettre, je crois qu’il est bon de connaître la façon automatique de le traiter.
Ceci fait, nous allons envisager quelques considérations particulières.
475. — Pour la sensibilisation courante du papier au charbon, on fait usage du bichromate de potassium. Sans doute parce qu’il est moins cher et plus courant dans le commerce qu’un autre bichromate alcalin. Il y a mieux cependant. Le bichromate d’ammonium par exemple, moins facilement cristallisable dans la couche, est plus sensible, car, dès le début de l’insolation, il se produit un chromate double d’ammoniaque et de chrome plus riche en sous-cbromate de chrome qu’avec le bichromate de potassium. D’où formation rapide d’une image.
Le résultat est encore supérieur en mélangeant le bichromate de potassium et d’ammonium. Ce mélange doit être fait à poids moléculaires égaux.
D’autre part, suivant que le bain sensibilisateur est alcalin, neutre, ou acide, le résultat n’est pas tout à fait le même.
Avec un bain alcalin, le papier se trouve complètement saturé en cinq minutes, alors qu’il faut au moins dix minutes pour obtenir le même résultat avec un bain acide. De plus le papier devient dur et rugueux.
La durée pour un bain neutre serait la moyenne entre ces deux extrêmes. Donc, si Ton fait usage d’un bain de bichromate de potassium à 3 p. 100, il sera toujours bon de lui ajouter YIII gouttes d’ammoniaque caustique environ.
Mais si nous tenons compte, comme cela sera enseigné plus loin au chapitre de YOzotypie^ qu’il est préférable de ne jamais employer le bichromate de potassium seul et qu’il vaut mieux l’allier à poids moléculaires égaux avec le bichromate d’ammonium, cette même formule deviendra :
Lau diatillée 100 cms.
Bichromate de potassium Ig’’, 5
Bichromate d’ammonium lgr,8
Ammoniaque VIII gouttes.
D’autre part, et d’après quelques expériences conduites dans ce sens, je dirai qu’il semble avantageux de réduire la quantité de bichromate alcalin jusqu’à 1 ou même l/2p. 100 et d’employer des négatifs vigoureux comme ceux obtenue par un renforcement au ferrocyanure d’uranium.
476. — En principe, ai-je dit, le papier sensibilisé ne se conserve pas (quelques jours seulement). On peut cependant le conserver très longtemps, en évitant l’action de l’humidité. Gomme l’a remarqué Svvan en 1870, tant qu’une feuille au charbon reste humide, il se produit dans la couche un changement analogue à celui qui se manifeste sous l’action lumineuse et qui s’accélère au fur et à mesure que les feuilles serapprochent du point de dessiccation. On peut donc obtenir une conservation prolongée, d’abord en répandant un peu de chlorure de calcium sur le sol de la chambre où se produit la dessiccation des feuilles, puis, celles-ci une fois sèches, les enfermer hermétiquement dans des tubes de fer-blanc, contenant du chlorure de calcium. L’emballage, en un mot, du papier au platine. Le papier est alors parfaitement utilisable encore des semaines et des mois après sa sensibilisation.
477. — L ’eau employée pour le transfert, ainsi que l’eau employée pour le dépouillement, produit, comme dans la sensibilisation, des effets différents suivant qu’elle est alcaline, neutre ou acide.
Dans l’eau alcaline, l’assouplissement de la couche se fait en quelques secondes. Il exige une à deux minutes
L’ÉPREUVE AU CHARBON
dans l’eau neutre, et quatre minutes au moins dans l’eau acide. Le papier est plus souple et plus glissant dans l’eau alcaline ; plus dur et plus rugueux dans l’eau acide. Dans le premier cas il adhère mieux et plus sûrement au support provisoire ; dans le second il exige un raclage vigoureux et plus prolongé.
Pour le détachement du support, si l’eau chaude est alcaline, l’enlèvement est presque immédiat. 11 faut plus de temps avec une eau neutre ; et plus de temps encore avec une eau acide.
Pour le dépouillement, les images sont plus vite dépouillées avec une eau alcaline. Ce temps sera sextuplé au moins avec une eau acide.
1! est hon de noter cependant qu’une alcalinité trop forte tend à communiquer un aspect grenu à Timage et que, sèche, elle devient rugueuse au toucher. Au contraire, l’acidité provoque des images très fines et très transparentes, mais le dépouillement est rendu difficile au point qu’on peut ne pas arriver à enlever l’excès de pigment dans les blancs. En outre la couleur finale de l’épreuve se trouve profondément modifiée. Sans doute par une agrégation moléculaire spéciale qui fait tendre la couleur au noir.
Donc, à moins d’avoir affaire à des tirages qui doivent être reportés sur verre, pour constituer des diapositives, mieux vaut faire usage d’un bain de détrempe et de dépouillement alcalin, que l’on composera en ajoutant 2 centimètres cubes d^ammoniaque à 5 litres d’eau. Pour les diapositives on ferait usage d’une eau acidifiée à raison de 1 centimètre cube d’acide sulfurique pour un litre.
478. — En faisant le double transfert, on peut exécuter le transfert provisoire sur glace polie ou dépolie, suivant que l’image finale doit être brillante ou mate. Cette glace, fort bien nettoyée, doit être préalablement cirée, quoiqu’en dise certains auteurs. La meilleure formule est .'a suivante :
Cire vierge râpée 4 gr.
Éther sulfurique 100 cm^.
Après dissolution complète de la cire ajouter :
Alcool à 90«
100 cm3
Au contact de l’alcool la cire se précipite et reste en suspension dans le liquide :
Agiter fortement au moment de l’emploi et étendre avec un tampon de toile fine.
479. — On peut quelquefois, remèdes in-extremis sauver une épreuve surexposée ou sous-exposée.
Dans le premier cas, on ajoute au bain de dépouillement quelques gouttes d’une solution saturée et filtrée de chlorure de sodium. Ce sel a la propriété de détruire, en partie au moins, l’insolubilité de la gélatine bichromatée insolée. Après ce traitement, il faut laver, passer dans une solution faible d’hyposulfite de sodium, laver encore et aluner.
Toutefois, je préfère, pour ma part, utiliser le persulfate d’ammonium. Le D' Namias a reconnu que les sels normaux de chrome passent à l’état d’acide chromique quand on fait agir sur eux des persulfates alcalins:
Cr203 + 6S03Am + 3H2Q = 2CrQ3 + SSO^H^ -j- SSO^AmS
Si l’on ajoute, à une solution violette d^alun de chrome, du persulfate d’ammonium, elle vire aussitôt à la teinte rouge orangé de Tacide chromique.
Or, dans la surexposition, l’insolubilisation de la gélatine a pour cause la réduction de Tacide chromique qui, sous l’action de la lumière, a passé à l’état d’oxyde de chrome. La formule proposée par le D*" Namias est la suivante :
Eau distillée 1 000 cm®.
Acide sulfurique du commerce 1 —
Persulfate d’ammonium 5 gr.
Quand on sent la couche suffisamment ramollie, on continue le dépouillement, que la surexposition avait arrêté.
480. — Dans le second cas, sous-exposition, on trempe l’image dépouillée, pendant une minute environ, dans une solution composée de :
Eau distillée 1 000 cm3.
Sulfate de fer 3 gr.
Azotate de fer 1 gr.
Acide azotique I goutte.
Ou même on se contente de la badigeonner avec cette solution. L’épreuve est ensuite lavée, puis immergée dans
L’ÉPREUVE AU CHARBON
une faible solution d’acide pyrogallique ou d’acide gallique. L’intensité désirée obtenue, on rince, on alune, on lave et Ton met à sécher.
481. — Le traitement artistique de l’épreuve au charbon n’est pas toujours aussi facile, en réalité, qu’il l’est d’apparence, surtout lorsqu’il s’agit de dépouiller une image destinée à subir le double transfert. Dans ce cas, en effet, il semble bien que la couche sur son support provisoire n’offre pas toujours une résistance suffisante pour que Ton fasse,' en toute franchise, du dépouillement local au pinceau, travail qui est le propre du traitement artistique. Souvent le pinceau, si doux qu’il soit, produit des enlevés irréparables. J’ai cru remarquer que cet accident avait surtout lieu avec des épreuves présentant plutôt une sous-exposition légère, mais nullement suffisante, pour empêcher la venue complète des plus légères demi-teintes. Il en résulterait qu’en visant le travail artistique mieux vaudrait surexposer légèrement. Oh ! très légèrement. L’image ayant d’autant plus de tendance àse détacher de son support qu’elle a été plus surexposée.
Voici d’ailleurs le moyen d’opérer
482. — L’épreuve, mise sur le simple transfert ou sur le support provisoire, et débarrassée du papier portant la mixtion colorée, est immergée dans de Teau à 45® G. Dès que l’image, d’abord vague et bien empâtée, s^est nettement dessinée, tout en restant encore loin de son point final, on l’enlève et on la place, image en dessus, sur une large feuille de verre. Trempant alors une éponge dans l’eau tiède, en mettant celle-ci dans un entonnoir dont on bouche l’orifice de sortie avec le doigt, on fait couler l’eau doucement sur les ombres d’abord pour les mener au point que l’on désire. Si une ombre résiste à l’éclaircissement qu’on veut lui donner, onpasse outre. Quand l’épreuve est ainsi amenée par l’eau tiède, à l’accentuation qu’on veut lui donner, on procède de la même façon au dépouillement des demi-teintes et des grandes lumières. C’est alors seule ment qu’on fait emploi d’un pinceau pour attaquer les ombres ou les blancs qui ont résisté. Si la matière, constituant l’image, nous a paru trop fragile, il est bon de se méfier, et de tremper l’épreuve dans une cuvette pleine d’eau,
pour que l’action du pinceau n’ait lieu qu’avec interposition d’une couche liquide rendant cette action moins vive. Au cas où l’on constaterait que, même avec cet amortissement, la couche tend à se désagréger il serait hon de faire, au préaiahle, détremper l’épreuve dans une eau légèrement formolisée pour lui communiquer plus de consistance. On peut arriver ainsi à rendre la couche très suffisamment résistante pour être attaquée ensuite fructueusement par le pinceau.
Par contre, si l’image au charbon présente quelques difficultés à l’artiste, dans les réductions locales un peu énergiques, sans compromettre son éclat et sa finesse, elle se prête assez bien, une fois sèche, à une tonification locale par application de matière colorée. Cette application peut se faire, soit à l’estompe au moyen de poudres, soit à la gélatine colorée.
Dans le premier cas, on mélange des couleurs en poudre jusqu’à l’obtention parfaite du ton de l’image et l’on étend ce mélange avec une estompe douce. Quel que soit le dépouillement, neutre, alcalin ou acide de l’image, celle-ci présente toujours, quoique en plus ou moins, une rugosité permettant parfaitement à l’estompe de faire prise. Toutefois, le mélange offre une certaine matité, dont l’alliance demeure le plus souvent imparfaite, avec la nuance de l’image dans laquelle la gélatine incorporée joue, peu ou prou, le rôle de vernis. J’estime donc que le second cas visé demeure préférable à celui-ci.
Dans ce second cas, on découpe de petits morceaux de papier au charbon, de même nature que celui employé pour l’image, et non sensibilisé. On met ces morceaux dans un godet rempli d’eau très chaude, qui dissout rapidement la mixtion. L’image est elle-même trempée dans l’eau tiède un instant pour que toute sa couche se ramollise un peu et ne soit plus froide. Le pinceau est alors trempé dans la couleur du godet et on fait l’application à chaud sur l’image. Effectuée ainsi, dans de bonnes conditions de température, l’application ne laisse aucune trace.
Lorsque l’épreuve est bien sèche, on peut encore aviver les extrêmes lumières, que le dépouillement même local n’a pu rendre assez vives, à l’aide du grattoir.
L’ÉPREUVE AU CHARBON
483. — Quand Tépreuve est ainsi menée à point, on la fixe. Ce fixage s’opère en la plongeant quelques minutes dans de l’eau bien pure, puis on la rince doucement sous le robinet et on l’immerge finalement dans un bain composé de:
Eau distillée 1 000 cm^.
Alun de chrome pulvérisé 2S0 gr.
Acide sulfurique du commerce II gouttes.
L’épreuve doit séjourner 10 à 15 minutes dans ce bain tannant et durcissant qui enlève, par surcroit, les dernières traces de bichromate. En la retirant de ce bain, on la met à séjourner pendant une heure dans l’eau, on la rince plusieurs fois ensuite et on la suspend pour sécher.
484. — Je considère d’une bonne pratique, quand l’épreuve est parfaitement sèche, de l’encaustiquer. L’encaustique à employer peut se composer de dix parties de benzine chaude pour une partie de cire vierge. Quand elle est refroidie, on en verse un peu sur un tampon de flanelle avec lequel on frotte vivement la surface de l’épreuve. Si on la veut plus brillante ou plus mate, il faut la remouiller et la faire sécher, avec les précautions communes aux autres papiers, soit sur plaque de verre lisse ou sur plaque de verre finement dépoli.
485. — Les fabricants de papiers au charbon livrent leurs produits en une quantité de nuances suffisantes, en général, pour les besoins de l’artiste, qui peut de plus, si bon lui semble, préparer son papier comme je l’ai indiqué, par conséquent disposer du ton qu’il désire. Il semblerait donc inutile d’envisager, dans l’espèce, la question des virages. Cependant, cette question pouvant avoir son intérêt dans quelque cas, nous allons l’examiner rapidement. Je dirai tout d’abord que, toutes choses égales d’ailleurs, l’action du virage se fait beaucoup plus nettement sentir sur les épreuves sur verre que sur les épreuves sur papier.
486. — Virage par le permanganate de potassium. — ■ Une solution de permanganate de potassium colore l’image charbonique en vert olive. Si l’on fait agir une solution diacide pyrogallique sur une telle image, elle prend une vigueur considérable en se colorant en brun sépia chaud. Au lieu d’acide pyrogallique, emploie-t-on une solution d’acide gallique et d’acide tannique? le ton vire au noir pur.
On peut encore, mais avec des résultats moins assurés, faire virer l’image permanganatée, entre le bleu et le violet rose, par une immersion dans une décoction de bois de Campèche.
Les solutions employées peuvent se faire à un titre quelconque. L’intensité du ton de l’image dépend de la concentration plus ou moins grande de la solution réactive et de la durée de son immersion dans cette solution. J’ajouterai, surtout pour la décoction de bois de Campèche, que cette intensité dépend aussi de la tempétature.
L’image permanganatée, traitée par l’acide pyrogallique ou l’acide gallique, peut être affaiblie et même complètement décolorée par les sulfures d’ammonium et de potassium.
487. — Virage 'par les ^eh de fer. —Dès le début du procédé au charbon on avait indiqué un virage au ton noir bleu par immersion de l’image dans un vieux développateur à î’oxalate ferreux et un bain d’acide gallique. Monckhoven a perfectionné la méthode. Il fait trois solutions :
A. Eau distillée 1000 cm3.
Sulfate de peroxyde de fer 40 gr.
B. Eau distillée.... 1000 cm^.
Carbonate de sodium cristallisé 20 gr.
G. Eau distillée 1 000 cm^.
Acide gallique 10 gr.
L’image est immergée 5 minutes dans la solution A, puis 10 minutes dans la solution B, et, dans la solution C, le temps nécessaire pour obtenir le ton voulu.
Le sulfate de peroxyde de fer ne paraît pas d’une absolue nécessité. Tout sel de fer petit être employé. De la concentration de la solution dépend la rapidité du virage.
L’image ferrée se vire en sépia chaud par l’acide pyrogallique.
— — violet et noir bleu par l’acide gallique.
— — rouge brun par les carbonates alcalins.
— — bleu foncé par le ferricyanure de potassium.
— — vert sombre par le ferrocyanure de potassium.
Ces virages produisent le plus souvent un léger voile que l’on enlève avec une faible solution d’acide oxalique ou d’acide citrique. Cette solution peut également affaiblir l’effet du virage.
L’EPREUVE AU CHARBON
488. — Virage 'par les sels de plomb. — L’image est plongée dans une solution de :
Eau distillée, 1 000 cm3.
Perazotate de plomb 40 gr.
et on l’arrose ensuite avec une solution de pentasulfure de potassium et d’ammonium. Elle se colore alors en brun rouge très foncé.
L’image plombée, traitée par un bichromate alcalin, devient verte, si le ton primitif était noir.
L’image plombée, blanchie dans une solution de ferrocyanure de potassium, devient vert foncé, si on l’immerge dans une solution de perchlorure de fer.
11 y a bien d’autres modes de virage, mais là, comme pour les papiers au gélatino-bromure on se heurte, avec les sels de plomb, à une assez grande délicatesse de manipulation. Les voiles montent et l’image s’assombrit rapidement. Le meilleur remède, dans ce cas. est de plonger l’épreuve dans un bain d’hyposulfite de sodium.
489. — Virage par les sels d argent. — Simplement immergée dans une solution d’azotate d’argent à 2 p. 100, l’épreuve au charbon acquiert un agréable ton noir brun.
Avec Tazotate d’argent et l’acide pyrogallique l'image vire au pourpre chaud.
— et un bichromate alcalin — rouge brique.
— et leferrocyanure de po-
tassium — noir chaud.
— et un sulfure alcalin — noir pourpre
intense.
Le virage par les sels d’argent, même pratiqué en pleine lumière, ne voile jamais l’image. Il a au contraire le plus souvent l’avantage d’enlever le voile que celle-ci pouvait avoir. Il est loisible, si l’on désire, en plus, un éclaircissant de faire usage d’une solution d’hyposulfite de sodium.
490. — Virage par des sels divers. — Avec quelques autres sels métalliques, on peut obtenir également des virages.
Par exemple, le chlorure de nikel donne un ton noir chaud, avec un sulfure alcalin, tandis qu’il fournit un ton brun avec le ferrocyanure de potassium.
L’azotate d’uranium et le ferrocyanure de potassium font virer au brun sépia très chaud.
Le chlorure de cobalt vire au noir brun intense, avec un sulfure alcalin, ou au jaune brun avec un bichromate alcalin.
491. — Virage par teinture. — Je ne parlerai que pour mémoire des virages obtenus avec des teintures, attendu qu’ils colorent forcément les blancs du papier. Ils s’obtiennent avec des solutions soit d’alizarine, soit de coralline, soit de purpurine, soit dé curcuma, etc. Certes on peut ainsi arrivera des effets très particuliers. Je les croit d’une durabilité douteuse. ,
IIT
CHARBON VELOURS ET CHARBON SATIN
492. Supprossion de la nécessité du transfert. — 493. Moyen de préparer soi-même un papier charbon sans transfert. — 494. Le papier charbon velours. — 495. Sa sensibilisation. — 496. Variations de concentration du bain sensibilisateur. — 497. Insolation. — 498. Emploi du photomètre Artigue. — 499. Dépouillement de l’image. — 500. L’image apparaît grenue. — 501. Les demi-teintes se dessinent en même temps que les détails dans les ombres. — 502. Les ombres viennent vite, les demiteintes s’arrêtent et l’image paraît grise. — 503. Les demi-teintes viennent progressivement mais les ombres restent empâtées. — 504. Augmentation d’intensité au séchage. — 505. Fixage et lavage final. — 506. Simplification pratique de la méthode. — 507. Considérations sur la sensibilisation. — 508. Moyen d’éviter la formation des bulles d’air à la sensibilisation. — 509. Rapports de sensibilité suivant la couleur de la mixtio.n. — 610. Considérations sur le dépouillement. — 611. Nouveau mode opératoire. — 512. Possibilité du dépouillement artistique. — 513. Travail artistique par formolisation. — 514. Travail artistique par sensibilisation à l’alcool. — 515. Considérations sur la sensibilisation à l’alcool. — 516. Défauts inhérents au papier charbon velours. — 517. Le papier charbon satin. — 518. Ses avantages pour l’amateur. — 519. Sa sensibilité suivant la teinte de la couche. — 520. Similitude de manipulations.
492. — Lorsque, dans la confection des papiers dits au charbon, on s’avisa de substituer à la gomme d’autre matière colloïdes on s’aperçut vite que le procédé allait d’autant moins bien que la matière colloïde était moins soluble. Ou, si l’on ne se rendit pas alors aussi exactement compte du phénomène, on le constata néanmoins. Delà, cette remarque si importante de Fargier que nous avons vue au chapitre précédent, conduisant à la nécessité du transfert. Mais la nécessité du transfert est pour beaucoup un impedimentum. Rien de plus naturel que l’on ait cherché à le supprimer, soit en em.ployaut un autre colloïde que la gélatine, mélangé à une substance très soluble (sucre et albumine par exemple), soit en étendant le pigment sur le colloïde par voie de saupoudrage au lieu de l’enrober dans le colloïde
même. C’est en suivant cet ordre d’idées que les papiers charbon velours et charbon satin ont vu le jour.
493. — En laissant aux inventeurs de ces papiers lee secret de leur méthode, disons que le D"" Malmann a indiqué, en 1895, le moyen de préparer soi-même un charbon velours.
On fait, d’une part, une solution de gélatine Nelson au titre de 1,5 p. 100 et, d’autre part, on applique sur une lame de verre bien plane une feuille de papier Rives uni, de force moyenne, préalablement détendue dans l’eau. Comme pour la préparation du papier au charbon indiquée précédemment. Vous étendez alors, en couche très mince, la solution de gélatine sur le papier, lO*"™® environ de la solution de gélatine pour une feuille 18x24. On pourrait également faire flotter le papier humide sur une solution de gélatine à 4 p. 100 maintenue à 32°C. L’auteur préfère la première méthode à la seconde. Quand la gélatine a fait prise, on introduit la feuille dans une boîte à poudrer semblable à celle employée par les graveurs, et on laisse la matière colorante, préalablement soulevée en nuage de poussière, se déposer lentement et régulièrement sur la surface. Cette matière colorante doit être pulvérisée en poudre extrêmement tenue et recouvrir complètement la feuille avec le plus petit grain possible. Le noir d’ivoire, légèrement mélangé de brun, fournit de bons résultats.
Dans le cas où l’on voudrait se servir du papier aussitôt fabriqué, on ajouterait à la solution de gélatine du bichromate de potassium dans les proportions de 0®%2à0s%25 par chaque gramme de gélatine.
494. — Le papier charbon velours noir, préparé par M. Artigue et vendu dans le commerce, présente, par réflexion, un superbe ton noir profond velouté, et par transparence, une teinte gris verdâtre très claire. Il se conserve aussi indéfiniment que peut se garder de la gélatine non insolubilisée dans un endroit modérément sec. Le fabricant livre aussi du charbon velours bleu et sanguine. Leur aspect est analogue.
495. — Ces papiers ont besoin, pour l’emploi, d’être préalablement sensibilisés. Il est d’une bonne pratique de nrocéder à cette sensibilisation la veille du jour où l’on veut
CHARBON VELOURS ET CHARBON SATIN
s’en servir. Cette sensibilisation peut être effectuée à la grande lumière, le papier n’étant sensible qu’à l’état sec. Au début celte sensibilisation se faisait par badigeonnage à l’envers du papier. M. de Saint-Senoch ayant démontré qu’elle pouvait aussi bien s’effectuer par trempage, c’est cette méthode qui prévaut aujourd’hui, même dans les instructions fournies par le fabricant. Ces instructions ne sont pas celles que je considère absolument comme les meilleures. Il est bon cependant de la connaître. Nous allons donc les examiner tout d’abord.
496. — Pour la sensibilisation on fait une solution de bichromate de potassium. M. Artigue en fait varier le titre suivant la température ambiante du cabinet obscur dans lequel la feuille sensibilisée doit être séchée. Ainsi, il emploie une solution à 2 p. 100, avec une durée d’immersion ài’une minute quand la température est de 10 à 15”C ; une solution de 1 p. 100 avec une durée de deux minutes d’immersion quand la température est del5à20°C; une solution à 0,5 p. 100 avec une durée de quatre minutes d’immersion quand la température dépasse 20®C. Quand la température dépasse 25”C, la feuille, avant sensibilisation, est plongée, en évitant les bulles d’air, dans une solution composée de 1®“^ de formol du commerce pour 1000°“^ d’eau, aux fins de durcir légèrement la couche. On rince quelques secondes dans une ou deux eaux et l’on immerge dans le bain sensibilisateur.
Avec ces différents modes de procéder, le papier garde, dans tous les cas, une sensibilité identique, celle-ci dépendant, non seulement de la force de la solution employée, mais aussi delà température du milieu où s’opère le séchage. La sensibilité augmentant à mesure que celle-ci s’élève. Je laisse à M. Artigue la responsabilité de ces affirmations. Quant à moi je ne me suis jamais préoccupé de ce détail et je ne m’en suis jamais non plus trouvé par trop gêné dans mon travail. Je me contente d’un titre fixe 2 p. 100 et d’une température du bain également fixe 18°G.
A noter que le dépouillement de l’image s’effectue d’autant plus rapidement que la sensibilisation est plus récente.
En même temps, on sensibilise de la même manière, une bande de papier blanc épais destiné au photomètre mais en
se servant alors d’une solution de bichromate de potassium à 5 p. 100, afin d’obtenir une teinte jaune plus franche. Une fois sensibilisé, le papier est mis à sécher par suspension dans un endroit parfaitement obscur.
497. — L’exposition se fait au châssis-presse et à la lumière diurne, comme pour un tirage ordinaire, le côté mixtionné du papier étant mis en contact avec la gélatine du phototype négatif.
498. — Avant d’y procéder, on charge le photomètre d’une bande de papier bichromaté. Ce photomètre se compose de deux lames de verre recouvertes de papier noir et maintenues l’une contre l’autre par deux anneaux de caoutchouc. La lame du dessous présente une échelle graduée. La bande de papier bichromaté est amenée au zéro de cette échelle. On y marque, au crayon, un point de repère correspondant à ce chiffre, et on laisse au jour. Sous l’action de la lumière, la bande se teinte progressivement en brun, jusqu’à un certain degré dffntensité qu’elle ne dépasse plus. C’est cette teinte qui va nous servir de point de comparaison pour contrôler le premier degré de pose.
Le châssis-presse est alors exposé de préférence à la lumière diffuse et, tout près de lui, afin qu’il reçoive la même somme de lumière, on place le photomètre, on saisit la bande de papier qui en déborde et on la tire de manière à en découvrir deux à trois millimètres. Cette partie découverte ne tarde pas à foncer en couleur. Quand sa teinte àQw'iQYii jjresqiie semblable à la teinte étalon, on a un degré de pose. On tire encore la bande de la même façon et quand cette partie a atteint la même teinte que la précédente on a deux degrés de pose et ainsi de suite. C’est d’un emploi assez simple.
Afin d’apprécier le nombre de degrés nécessaires et suffisants il faut tenir compte;
U De l’intensité du négatif ;
2° Du degré de sensibilisation du papier;
3® De la couleur de la mixtion recouvrant ce papier ;
4® De ce fait que la sous exposition tend à donner des images grises et la surexposition des images heurtées.
Avec du papier noir et une sensibilisation moyenne, un degré suffit pour un négatif faible, deux pour un négatif
CHARBON VELOUBS ET CHARBON SATIN
d’intensité moyenne. On posera moins avec le papier bleu ; le double avec le papier sanguine. C’est un peu vague. Nous verrons tout à l’heure à mieux cerner la difficulté.
499. — Pour procéder au dépouillement de l’image, il faut se munir de deux terrines en poterie vernie, comme on en trouve dans toutes les cuisines.
On met dans l’une de l’eau à 28 ou 30° centigrades environ, se guidant sur ce fait : une eau trop chaude dépouille plus rapidement, mais tend à donner des images heurtées en faisant venir les blancs trop vite ; une eau insuffisamment chaude produit l’effet opposé.
La seconde terrine, placée à côté de la première, recevra un mélange de fine sciure de bois et d’eau, bien homogène et de consistance moyenne. La sciure tendant à se déposer, dès qu’on cesse de remuer le mélange, on pourra, pour l’usage, disposer d’un mélange clair ou épais suivant que l’on prendra du mélange à la surface ou dans la masse.
Le terme : consistance moyenne, employé par M. Artigue, sera peut-être un peu vague pour beaucoup. Je préciserai en leur donnant la formule suivante du bain de sciure.
Eau 1000 cm^.
Sciure de bois 80 gr.
Ce sera toujours d’une bonne pratique de maintenir ce bain à 18° centigrades.
A sa sortie du châssis-presse, l’épreuve est immergée, mixtion en dessus, dans de l’eau froide, en évitant la formation de bulles d’air. Ce mouillage est instantané pour un papier sensibilisé de la veille. On le prolonge pour un papier plus anciennement préparé. La durée d’immersion se montre donc en rapport de l’ancienneté de la sensibilisation. En retirant la feuille du mouillage, on la fixe à une réglette de bois ou sur une lame de verre avec des pinces de blanchisseuse. De la main gauche, on maintient l’épreuve au-dessus de la première terrine et, à l’aide d’une cuillère à pot, d’une cafetière, d’une casserole ou de tout autre instrument verseur, on répand de l’eau tiède régulièrement, avec abondance et une vitesse moyenne, le long du bord supérieur de l’épreuve, en commençant par un angle. Arrivé à l’angle opposé, on revient sur le chemin parcouru et l’on cesse de
verser. L’image est immédiatement portée au-dessus de la seconde terrine. A l’aide du même appareil verseur, on prend du mélange de sciure, à consistance moyenne, et on le verse sur l’épreuve de la même façon. On recommence à verser ainsi alternativement et toujours de la même manière tantôt l’un, tantôt l’autre liquide, jusqu’à ce que l’image apparaisse assez distinctement. Quand la température de l’eau tiède est convenable, cette apparition distincte demande environ 30 à 40 secondes pour se produire.
Voyons maintenant comment se comporte cette apparition. Tout le secret du succès est là.
500. — Vépreuve apparaît grenue. — Dans ce cas le frottement de la sciure est trop fort. On continuera donc le dépouillement en prenant le mélange plus clair. Remarquer que l’action de la sciure doit toujours être proportionnée à l’action de l’eau tiède.
501. — Les demi-teintes se dessinent en même temps que les détails dans les ombres. — L’on se trouve en présence d’une épreuve très correctement insolée. En continuant à verser alternativement les deux bains, comme au début, le dépouillement s’achève complètement en trois à quatre minutes.
502. — Les ombres viennent vite., les demi-teintes s^arrètent et limage parait grise. — Cet état indique une sousexposition., donc platitude d’image, avons-nous vu plus haut. Notre but sera donc de combattre cette platitude. Pour cela, nous nous hâterons de faire venir les contrastes en ralentissant beaucoup le mouvement de va-et-vient de notre appareil verseur. Quand, sous ce ralentissement, les parties claires commenceront à se développer, pour ne pas perdre les légères demi-teintes il faudra revenir au premier mouvement jusqu’à ce que l’opération soit terminée.
503. — Les demi-teintes viennent progressivement., mais les ombres restent empâtées. — C’est l’indice de la surexposition, donc image à oppositions trop vives, comme if a été dit. Il faut arrêter immédiatement le dépouillement par affusions d’eau tiède et de sciure et immerger l’épreuve, face en dessus, dans un bain d’eau froide où elle séjournera d’autant plus longtemps que la surexposition paraîtra plus forte. Cette immersion de quelques minutes a pour but de