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L’insolation se fait au châssis-presse, comme

pour toute épreuve sur papier à image directement visible. On l’arrête dès que les détails commencent à apparaître dans les blancs, pour avoir une image facilement dépouillable, même automatiquement. Quant on dépouille par actions locales, on peut parfaitement aller très légèrement plus loin. D’ailleurs, vous n’avez qu’à suivre exactement les prescriptions qui ont été données pour le tirage sur papier au platine, de préférence celui qui se développe à chaud. L’épreuve venue est mise pendant 10 minutes dans une cuvette, sur laquelle on laisse couler l’eau d’un robinet. Au demeurant, le lavage est toujours effectué à point lorsqu’on regardant l’image par transparence, au jour, toutes les lumières gardent la blancheur du papier, sans la moindre teinte jaunâtre. i

On laisse sécher à l’air libre. L’épreuve ainsi obtenue, fort peu visible en somme, se conserve indéfiniment.

538. — Pour la transformer en inrage ozotype, on prend une feuille au charbon, légèrement plus grande que l’image ! originelle. Le papier au charbon de n’importe quelle marque vendu dans le commerce, ou préparé comme je l’ai indiqué, peut être utilisé. Il ne faut pas comprendre dans ces papiers le charbon-velours ou le charbon-sa4n, inutilisables par leur nature même. Le papier au charbon choisi est plongé dans une solution composée de :

MARIOTYPIE ET OZOTYPIE.

Eau distillée 1 000 cm^.

Acide acétique cristallisable 5 —

Solution de sulfate de cuivre au I/o® 5 —

Hydroquinone 1 gr.

J^appellerai cette solution : normale. Elle est modifiable au gré de l’opérateur et suivant la valeur qu’il veut donner à l’image. Il diminuera les contrastes soit en augmentant la proportion He sulfate de cuivre, soit en diminuant celle de l’acide acétique. 11 les exagérera, au contraire, soit en diminuant la proportion de sulfate de cuivre, soit en augmentant celle de l’acide acétique.

Sitôt que la feuille est ramollie, on introduit rapidement, dans la même cuvette, l’épreuve originelle, en évitant la formation de bulles d’air à sa surface, et, dans le bain, sous le liquide, on juxtapose les deux feuilles, gélatine pigmentée contre image. Vous sortez doucement du bain, vous assurez le contact parfait en passant au rouleau de caoutchouc ou à la raclette sur une surface dure, vous essorez entre deux feuilles de papier buvard, en gardant quelques heures sous pression, et vous faites sécher à l’air libre.

Ces opérations s’elfectuent, comme toutes les suivantes à la lumière diurne.

Dans cette partie de la manipulation, deux points très importants sont à noter :

1° La température du bain qui, suivant la force du papier, doit être de 21 à 2T G, ni plus ni moins. Plus, la gélatine pourrait couler; moins, l’adhérence avec l’image originelle se ferait mal.

2° La rapidité de l’opération qui ne doit guère dépasser, en tout, une minute et demie (deux à deux et demi pour papier très épais). Plus longue est sa durée, plus difficile est le décollement ultérieur de l’emplâtre pigmentaire.

539. — Quand le bloc, formé parles deux feuilles réunies, est sec, ou mieux après qu’il a subi deux ou trois heures de pression, on peut immédiatement procéder à l’opération suivante, ou la remettre à plus tard.

Celte opération consiste à plonger le bloc dans l’eau froide (dans le cas seulement où il a été séché) et à l’y laisser tremper, pendant un certain temps, qui ne doit pas être inférieur à une heure., à mon avis. La gélatine se gonfie.

Au bout de ce temps, on retire le bloc et on l’immerge dans une cuvette contenant de l’eau à la température de 45“ C. Généralement, au bout de quelques secondes la gélatine se montre suffisamment ramollie, et ses bords dégagent des veines colorées. Les angles de l’emplâtre pigmentaire se soulèvent. On saisit alors le papier de cet emplâtre, par un angle, avec le pouce et l’index de la main droite, puis, avec la main gauche, on maintient au fond de la cuvette l’angle correspondant du papier portant l’image et, sous l’eau, franchement, sans hésitation, et sam arrêta on enlève le papier de l’emplâtre. C’est, en somme, l’opération du simple transfert du papier au charbon. Il ne faut pas être grand clerc pour la mener à bien. Il suffit de se montrer prudent et de ne pas se hâter pour essayer le décollement avant le gonflement complet de la couche pigmentaire.

Toutefois, si l’enlèvement s’effectue avec déchirements, c’est que l’immersion dans le bain acétique a été trop longue, ou bien que sa température était trop basse, ou bien encore que le trempage dans l’eau froide a été trop court ou l’insolation trop longue. C’est pour cela que je donne le minimum d’une heure, alors que l’auteur du procédé n’indique qu’une demi-heure.

Il m’est souvent arrivé de sauver une épreuve, se décollant mal, en la retirant du bain chaud pour la mettre aussitôt dans un bain tiède — 20 à 25“ C — et en frottant fortement avec le doigt, et sous l’eau, le papier rebelle, qui se roule et finit par s’en aller complètement. Mais c’est là un moyen, in extremis^ qui ne réussit pas toujours, en ce sens que si l’on a hésité à retirer le bloc de l’eau chaude, le iépouillement a pu commencer sur les parties à nu. Il faut donc agir rapidement et vigoureusement.

540. — Cette opération terminée, nous n’avons plus devant nous que notre image originelle recouverte d’une couche de gélatine pigmentée. En la dépouillant de cette couche, on la fera apparaître dans toute sa valeur. Pour effectuer ce dépouillement automatiquement^ vous faites flotter votre épreuve, pigment en dessous, sur de l’eau à 40“ C et en remuant doucement et constamment la cuvette, afin d’éviter que des grains de couleur, dont la nature est essentiellement collante, s’attachent à l’image. L’eau se

MARIOTYPIE ET OZOTYPIE.

colore gradueliement, et Timage apparaît petit à petit formée par de la couleur et de la gélatine en relief. On soulève, de temps en temps, l’épreuve pour voir l’effet produit et, au bout de quelques minutes, l’image apparaît claire, brillante, avec toutes ses demi-teintes.

541. — Là n’est point, pour l’artiste, l’immense intérêt que lui offre l’ozotypie. Ce qu’il veut, c’est intervenir dans le dépouillement avec toute son individualité et il le peut dans la plus large mesure.

Pour cela, l’artiste ne laisse le dépouillement s’effectuer que jusqu’au silhouettement complet de l’image. Il la relire alors du bain, après l’avoir glissée sur une lame de verre, papier contre verre, et porte celui-ci sur un chevalet d’aquarelliste. Pendant que l’image se refroidit un peu, il place, à portée de sa main, un bol d’eau froide et un bol d’eau très chaude, des pinceaux en petit gris et des pinceaux en soies de porc, de diverses formes et dimensions. Se servant, suivant le cas, des uns ou des autres, trempés dans l’eau chaude ou dans l’eau froide, il attaque son image, comme s’il peignait, dépouillant les ombres et les lumières à son gré, se guidant, pour l’effet général, sur une ou plusieurs épreuves de l’image préalablement tirées au citrate d’argent, et laissant libre cours à sa fantaisie et à son tempérament. Plus l’image originelle au bichromate aura été corsée, plus il sera maître de ce travail. 11 ne faut pas cependant exagérer outre mesure cette accentuation de l’image originelle. On perdrait la délicatesse des demi-teintes et l’on ne pourrait plus mettre en valeur les détails des grandes ombres.

Le mieux, dans le dépouillement, est de procéder du noir au blanc à la manière des graveurs en mezzo-tinte, que l’ozotypie rappelle dans ses plus beaux effets, et un peu aussi dans son travail.

542. — Telle que je viens de la décrire, en prenant seulement ce qu’il fallait prendre des indications de M. Manly, l’ozotypie fournit d’excellents résultats. Pourrait-on en avoir de meilleurs? Je n’hésite pas à répondre par l’affirmative. Tout ce que j’ai déjà tenté personnellement dans ce sens m’y engageant. Le procédé vaut la peine qu’on l’étudie beaucoup et à fond. Ne craignez pas de vous mettre à cette étude. Pour vous faciliter la besogne

livrons-nous à quelques considérations sur le procédé.

543. — 'D’abord, quelle est la théorie de M. Manly? Celle de la continuité de M. Marion? Nullement. C’était trop simple et cela empêchait de prendre un brevet.

M. Manly estime que, dans le procédé au charbon, la molécule de l’acide chromique est décomposée en un oxyde stable, appelé sesquioxyde de chrome, et en oxygène qui, au moment de sa mise en liberté, est très actif et constitue probablement l’ozone. Cet ozone se combine avec la gélatine, en modifiant sa nature, et le sesquioxyde de chrome qui se forme en même temps, mélangé à une petite partie de gélatine, lui donne de la consistance et une solidité capable de résister à l’action prolongée de l’eau chaude. C’est donc la gélatine qui constitue le corps sensible.

Dans l’ozotypie, le papier est recouvert d’un sel de bichro- ^ mate et d’un sel de manganèse. Ce serait donc le sel de manganèse qui deviendrait le corps sensible. L’action de la lumière, sur une préparation composée de sel de manganèse ’ et de bichromate provoquerait alors la combinaison de l’oxygène avec la molécule de sel de manganèse, qu’elle transformerait, en produisant une image constituée d’un peroxyde de manganèse, c’est-à-dire de sesquioxyde ou d’oxyde de manganèse et, peut être, partiellement, de bioxyde de manganèse. L’oxygène actif se trouverait, de la sorte, emprisonné et emmagasiné pour une utilisation ultérieure, en même temps que l’on obtient une image visible et insoluble, présentant une couleur d’un brun brillant. Il s’agit de faire en sorte que l’oxyde de manganèse, constituant de l’image, retienne la mixtion gélatineuse d’un papier au charbon. Pour cela, on doit chercher un produit qui fournisse l’effet du sesquioxyde de chrome précédemment signalé.

A cet usage, nous avons à notre disposition les révélateurs de la série aromatique (1) : hydroquinone, pyrogallol, métol, etc. En ajoutant de très petites quantités d’une de ces substances à une faible solution d’acide acétique, nous aurons un bain dans lequel nous pourrons immerger notre papier au charbon, pour l’appliquer ensuite sur l’image constituée d’oxyde de manganèse, et nous pourrons être sûrs

(1) Voir mon ouvrage : Le Dévelopj^ement en P holographie.

MARIOTYPIE ET OZOTYPIE.

que, si la quantité d’oxyde a été convenablement ménagée, nous obtiendrons une épreuve qui reproduira tous les détails et toutes les demi-teintes de notre négatif.

544.^ — Voilà la théorie de M. Manly. Que vaut-elle? Peu si on refait les expériences de M. Haddon (1). 11 résulte tout d’abord de ces expériences que l’image n’est pas formée par l’oxyde de manganèse, mais par un cbromate de manganèse et peut-être une certaine quantité de cbromate de chrome. En effet, l’image ozotype, traitée par l’azotate d’argent, prend la coloration rouge vif du chromate d’argent. D’autre part, en substituant au sulfate de manganèse un autre oxyde métallique, le bichlorure de mercure par exemple, on obtient une image donnant, pratiquement les mêmes résultats que l’image ozotype. Le même phénomène a lieu avec un bichromate d’alcalin employé seul. Le fait n’a pas à nous surprendre puisque c’est la base de la mariotypie. Or, s’il est reconnu que l’image reste simplement formée de chromâtes insolubles, ou même d’un seul cbromate, il devient aisé de comprendre comment l’image pigmentaire finale est produite par ce sel. L’acide acétique met graduellement en liberté l’acide chromique. Cet acide oxyde l’hydroquinone. Le composé ainsi formé se combine avec la gélatine et la rend insoluble dans Peau chaude. Mais si l’on supprime l’hydroquinone et le sulfate de cuivre, pour n’employer qu’une quantité un peu plus grande d’acide acétique qu’il n’est prescrit dans la méthode ozotype, on obtient néanmoins finalement une image semblable. C’est encore le cas de la mariotypie. Le tout est de bien déterminer la quantité nécessaire et suffisante d’acide acétique utilisable. Un excès pouvant — peut-être — produire une image un peu floue.

Que reste-t-il? Que la mariotypie et l’ozotypie ont une similitude qui se rapproche de l’identité, et qu’en somme, l’adjonction du sulfate de manganèse au bichromate alcalin n’a d’autre but réel que d’accentuer l’image visible et surtout, sans doute, de lui communiquer un peu plus de finesse. Mais alors, nous avons peut-être mieux encore à faire dans ce sens pour l’amélioration du procédé.

(1) Voir ; Bulletin de V Association belge de Photographie, année 1901

545. — Voyons donc cela ensemble, si vous le voulez bien, en nous livrant à une petite étude rapide sur les sels de chrome. Elle me semble d’ailleurs utile à connaître dans sa totalité, ou dans quelques-unes de ses parties, pour les divers chapitres traités dans ce quatrième livre.

546. — Sous Faction de la lumière, l’acide chromique perd de l’oxygène et passe successivement à l’état de cbromate de sesquioxyde de chrome de plus en plus basique.

Le bichromate de potassium (K-Cr^O^) présente cette même réaction, avec cette nuance caractéristique: le second équivalent d’acide chromique subit d’abord seul la réduction ; le sous-chromate de chrome formée à mesure de sa formation, se combine avec le chromate de potassium. Il diminue ainsi graduellement l’impressionabilité de ce sel et, en se combinant avec lui, il donne naissance au chromate double de potassium et de sesquioxyde de chrome, sel analogue au tungstate double de potassium et d’oxyde de tungstène découvert par Wochler.

Cette loi régit tous les bichromates. Elle est la clef du travail du soleil sur ces sels.

547. — La première réaction ci-dessus subie, si nous prolongeons la durée de l’insolation, le chromate de potassium en grand excès, du reste, s’attaque à son tour. Une portion de plus en plus grande d’acide chromique se réduit. Toutefois, la transformation totale de l’acide chromique, en sous-chromate de chrome, ne demande pas une^lurée de temps très longue. La réaction s’arrête. Le bichromate est arrivé à un certain état qui fait comprendre pourquoi, à lui seul, il ne peut fournir une image ni nette, ni vigoureuse. En effet, la première action de la lumière sur ce sel est de donner un chromate double de potassium et de chrome, composé dans lequel la proportion de chromate de chrome demeure trop faible pour fournir un trait bien nettement apparent.

Dans le but de doubler, ou de tripler, le bioxyde de chrome et, par conséquent, défaire monter l’épreuve de ton, si l’on cherche à prolonger l’action de la lumière, qu’arrivera-t-il? Le chromate de potassium étant de moins en moins sensible, l’exposition devra être fatalement très exagérée, l’éoreuve montera certainement de ton, mais par le fait de

MARIOTYPIE ET OZOTYPIE.

celte exagération d’insolation, les blancs s’attaqueront. L^épreuve nous apparaîtra veule et sans détails.

C’est déjà un inconvénient grave, montrant qu’il faut éviter la surexposition. Pour comble de malheur, il n’est pas le seul. Un autre inconvénient non moins grave se produit. La potasse, l’hydrate de potassium, du chromate, rendue libre par l’action de l’acide chromique, avec lequel elle a été combinée, reste intimement mélangée avec le chromate double de chrome et de potassium produitpar la lumière, réagit sur lui au moment du lavage, reprend de l’acide chromique et alors affaib'it l’image pour ne plus en laisser qu’une trace.

548. — Je m’empresse d’ajouter que cet inconvénient perd très notablement de son importance avec des papiers fortement encollés. Sous l’action de l’oxygène dégagé, il y a sans doute alors, au détriment de l’encollage, formation d’une petite quantité d’acide qui neutralise cette potasse. De plus, il se fait certainement, au fur et à mesure de la naissance du sous-chromate de chrome, une combinaison entre ce sous-chromate et l’encollage. Il s’ensuit qu’un papier très fortement encollé, apporte à l’image plus de vigueur, l’aide à mieux résister au lavage, mais ne parvient cependant pas à combattre le défaut de netteté.

549. — Si au bichromate de potassium, nous substituons le bichromate d’ammonium, la réaction due à l’action de la lumière se montre différente et présente, en outre, des particularités caractéristiques.

Le bichromate d’ammonium (AzH^)^ CrO\ par sa constitution même; contient de l’hydrogène. Or, l’hydrogène éprouve beaucoup plus d’affinité pour l’oxygène que pour les matières organiques. Il en résulte que l’oxygène de l’acide chromique consume l’hydrogène de l’ammoniaque. Dès le début de l’action de la lumière, il se produit donc un chromate double d’ammonium et de chrome plus riche, par ce seul fait, en sous-chromate de chrome que ne l’est le chromate double de potassium et de chrome. Donc, conséquence toute naturelle : formation rapide d’une image plus vigoureuse et plus nette avec le bichromate d’ammonium qu’avec le bichromate de potassium. Toutes choses égales d’ailleurs, on doit donner la préférence au bichromate d’ammonium.

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