Si relativement bon que soit le résultat obtenu
avec le bichromate d’ammonium, ce résultat est encore bien supérieur lorsqu’on mélange le bichromate de potassium et le bichromate d’ammonium. En effectuant ce mélange, à poids moléculaires égaux, la venue de l’image s’accuse, avec moins de fougue, mais avec une régularité beaucoup plus grande. L’image elle-même montre beaucoup plus de franchise et beaucoup plus de solidité. C’est qu’en effet la totalité de l’ammoniaque se trouve consumée. Il reste un souschromate de potassium et du chrome sur lequel la lumière n’a plus guère d’effet et l’eau plus d’action.
551. — En mélangeant le bichromate d’ammonium avec un bichromate métallique on obtient des effets plus tranchés encore. Il y a, en plus, intensité de coloration. Il se forme, au lieu d’un sous-chromate de l’alcalin et du chrome, un sous-chromate de chrome et du métal employé, sous-chromate coloré et tenant sa solidité du chromate métallique. Ce qui permet d’obtenir ainsi, avec certains bichromates métalliques, comme le bichromate de cuivre par exemple, des images pouvant presque rivaliser avec des images aux sels d’argent. Cela, je le répète, parce qu’il y a formation d’un chromate double et de métal et non un mélange de bioxyde de chrome et de chromate devant, à la plus grande proportion de bioxyde de chrome, sa plus iorte coloration. En effet, s’il y avait mélange, il suffirait, pour obtenir un résultat analogue, d’augmenter la proportion du bichromate. Il n’en est rien. En triplant le poids moléculaire de bichromate de potassium, par exemple, l’image obtenue ne sera ni aussi nette de dessin, ni aussi forte de trait, ni auSsi solide de ton qu’en mélangeant simplement, à poids moléculaires égaux, du bichromate de potassium et du bichromate d’ammonium.
552. — En faisant usage d’un bichromate métallique, est-ce au chromate ou sous-chromate métallique qu’on doit attribuer la coloration? Nullement. En effet, si nous prenons un bichromate métallique, dont le chromate ou le souschromate ne soit pas coloré, comme le bichromate de zinc, l’image se montre aussi franchement colorée que dans le cas d’un bichromate métallique ayant son chromate ou son sous-chromate coloré.
D’autre part, il est à remarquer que les phases de transformation des bichromates métalliques sont les mêmes que
MARIOTYPIE ET OZOTYPIE.
les phases de transformation du bichromate de potassium. Mais, ces bichromates, qui, séparés, fournissent, en somme des résultats confus, donnent naissance, par leur mélange, à une image de coloration vive et de dessin correct. Il semble de toute évidence que le bichromate alcalin, mis en liberté par la lumière, réagit sur le chromate du métal, tendant à faire naître, plus facilement et plus vite, un sous-chromate de potassium et de chrome et un sous-chromate métallique, analogue, je le répète, aux tungstates doubles de potassium et de tungstène.
553. — Au demeurant, il résulte de tout ceci, que sous l’action de la lumière, les bichromates fournissent une quantité de réactions. Il nous importe de retenir, ici, en raison même de la rapidité des réactions, la supériorité du bichromate d’ammonium sur le bichromate de potassium. Cette rapidité est d’ailleurs conforme à cette axiome de photographie ; Plus une 'préparation photographique se rapproche de r alcalinité , plus on obtient de rapidité. C’est pourquoi le mélange de bichromate de potassium et de bichromat e d’ammonium, ayant une alcalinité plus grande que l’alcalinité des deux bichromates séparés, se montre plus rapide.
Au reste, l’action des bichromates sur l’ammoniaque se manifeste jusque sur les sels ammoniacaux, au moins ceux à acides faibles. Ajoutons-nous de l’acétate d’ammonium à du bichromate de potassium ? nous verrons aussitôt la réaction différer de celle du bichromate de potassium seul, pour se rapprocher de celle du m.élange des deux bichromates.
554. — Les chromâtes et bichromates des alcaloïdes naturels ou artificiels se comportent comme le bichromate d’ammonium. Ils peuvent donc lui être substitués.
Incidemment, nous constaterons qu’on pourrait additionner de sels oxydables des solutions chromatées non ammoniacales, dans des proportions calculées suivant le résultat à obtenir pour former une solution sensibilisatrice donnant une image directement visible qui, par sa propre coloration, ou par voie de virage, serait apte à fournir des images susceptibles de rivaliser avec celle produite par l’impression des sels d’argent.
555. — Toutefois, dans les préparations bichromatées, comme d’ailleurs dans les préparations avec les sels d’argent,
on doit rigoureusement tenir compte des encollages. Ils ont une très grande influence avec les sels chromiques, ceux-ci agissant plus ou moins vivement sur les matières organiques de l’encollage. Les sels chromiques précipitent, par exemple, la gélatine et l’albumine et forment avec ces substances une sorte de laque plus ou moins imperméable, plus ou moins tenace. Cette réaction a lieu, même avec les sels chromiques alcalins considérés cependant, par d’aucuns, comme solubles dans la gélatine et dans l’albumine. Ou doit à la vérité de dire, cependant, que le précipité se redissout dans la gélatine en présence d’un excès de cette matière.
Si le papier est encollé à l’albumine, les bichromates alcalins se combinent avec l’albumine, et ils se laissent difficilement enlever par l’eau sans que, cependant, la sensibilité du sel chromique soit trop influencée. Il n’en va pas de même avec les bichromates métalliques dont la sensibilité s’affaiblit d’une façon très nette.
Si le papier est encollé à la gélatine, les mêmes phénomènes se produisent, mais avec une énergie moindre.
11 est à remarquer aussi que les images sont d’aspect très différent suivant l’encollage employé.