‹ Le tirage des épreuves en photographieChapitre 7 sur 63 · IMAGES VISIBLES DIRECTEMENT · texte numérisé non relu

IMAGES VISIBLES DIRECTEMENT

PAPIERS SALÉS ET ALBUMINÉS

34. Comment se forme l’image positive. — 35. Constitution la plus simple d’un papier sensible. — 36. Papier salé. — 37. Influence d’un bichromate alcalin dans le bain de salage. — 38. Sensibilisation. — 39. Conservation du papier salé. — 40. Le papier salé alcalin. — 41. Addition d’une matière colloïde dans le salage. — 42. Nature du papier à employer. — -, 43. Formation de l’image dans la pâte. — 44. L’albumine et l’albuminate

d’argent. — 45. Effet de l’addition du chlorure de sodium. — 46. L’albuminage. — 47. Conservation du papier albuminé. — 48. Sensibilisation. — 49. Conservation du papier sensibilisé, — 50. Insolation à l’ombre et au soleil. — 51. Effets produits par l'emploi des verres colorés. — 52. Quand on doit arrêter le tirage. — 53. De la tonalité finale.

34. — Un phototype négatif bien fait doit présenter ses valeurs de teintes inversement 'proportionnelles aux éclats des parties correspondantes de Fobjet qu’il représente. On y a certainement approché au plus près du possible si l’on a tenu compte de l’actinisme des diverses radiations (1), su choisir son révélateur et conduire sondéveloppement (2). Interposons ce négatif entre la lumière et une surface sensible. Les rayons lumineux agiront sur la surface sensible, suivant le degré d’opacité des parties correspondantes du négatif. En d’autres termes, la surface sensible, si elle est de nature à fournir une image visible directement, se teintera proportionnellement aux transparences

(1) Voir mon ouvrage : Le Paysage artistique en photographie.

(2) Voir mon ouvrage : Le Développement en photographie.

du phototype négatif. Par cela même, elle présentera une image dont les effets d’ombre et de lumière seront sem blables à ceux de la nature.

Or, nous avons vu que le chlorure d’argent se colore à la lumière. Cette coloration s’intensifie beaucoup si l’on mélange du chlorure d’argent à de l’azotate d’argent. 11 s’agit donc d’imbiber un papier d’un tel mélange, pour obtenir la surface sensible désirée. En exposant cette surface sensible à la lumière, sous un négatif, pendant un temps assez long, il se formera une image très fortement accusée. Il n’est donc plus nécessaire de développer l’image, comme cela a lieu pour le phototype négatif sur lequel l’image reste à l’état latent.

35. — Le procédé le plus simple, pour constituer un papier sensible, consiste à l’imbiber d’une solution de chlorure de sodium (sel de cuisine), à le laisser sécher, puis à le faire flotter sur une solution d’azotate d’argent. Par double décomposition, dans la couche salée, il se forme du chlorure d^argenttrès adhérent au papier :

NaCl -f AgAzOs = AgGl + NaAzQ3

36. — Du fait de l’introduction du chlorure de sodium dans la préparation, on donne à ce papier le nom papier salé.

La formule rudimentaire est la suivante :

A. Eau distillée 1 000 cm .

Chlorure de sodium 20 gr.

B, Eau distillée 1 000 cm^.

Azotate d’argent 100 gr.

Le papier, bien imprégné de A et séché, est mis à flotter sur la solution B. Ce flottement doit s’effectuer dans un temps qui dépasse celui nécessaire et suffisant pour la transformation du chlorure de sodium en chlorure d’argent. En d’autres termes, il faut laisser le temps au papier d’absorber un excès d’azotate d’argent.

Fait aussi simplement, un tel papier fournit difficilement des épreuves vigoureuses. De plus, elles sont toujours de force uniforme, quelle que soit celle du négatif employé. Or, on comprend de reste quel intérêt on peut avoir : 1° à

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obtenir des épreuves plus vigoureuses ; 2° à s’arranger pour que cette vigueur soit la même suivant le négatif employé, ou à la faire varier suivant l’effet à obtenir.

37. — C’est à remploi du bichromate de potassium dans le bain de salage que l’on doit cette vigueur et cette variation.

Vous prenez une feuille de papier à dessin, lisse ou à grains, et vous la baignez dans :

Eau 1 000 cm3.

Chlorure de sodium 17 gr.

Chlorure d’ammonium 12 —

Bichromate de potassium 0,4 —

Quand le papier est bien détendu, ce qui demande deux à trois minutes environ, vous le suspendez pour le laisser sécher.

38. — Dès que vous désirez sensibiliser votre papier, ainsi salé, vous le mettez à flotter sur un bain sensibilisateur tonné de :

Eau distillée 1 000 cm^.

Azotate d’argent 80 gr.

Acide citrique 30 —

Il VOUS est loisible, au lieu d’opérer par flottement, d’étendre la solution sensibilisatrice avec une éponge, un tampon d’ouate ou un large pinceau en blaireau ou en soie de porc, mais ne présentant pas une monture métallique.

Toutes les manipulations précédentes peuvent être faites en plein jour, mais, après l’étendage de la couche sensibilisatrice, le papier devra être mis à sécher dans l’obscurité.

Au moment de la sensibilisation, le papier prend une teinte rosée. Cette teinte nous fournit un moyen decontrôle de bonne sensibilisation. Si la surface, en effet, montre des points blancs ou des stries blanches, c’est qu’il n’y aura pas eu, en ces endroits, contact avec le sensibilisateur. Autant de manques sur l’épreuve finale, si on ne remédie pas à l’accident.

J’ai dit : c’est à l’adjonction du bichromate que Ton doit la vigueur. Sa dose pourra donc être diminuée si Ton a affaire à des phototypes négatifs heurtés, et, inversement, augmentée si Ton a affaire à des phototypes négatifs faibles.

39. — On peut effectuer l’opération du salage à l’avance. Non seulement la conservation du papier, simplement salé, est quasi indéfinie, mais, comme le bon vin, il s’améliore en vieillissant.

Une fois sensibilisé sa conservation est restreinte, mais cependant d’une durée assez longue encore grâce à V acidité du bain sensibilisateur. Toutefois cette acidité ne plaît pas à tous les opérateurs. Si elle augmente la durée de conservation, elle retarde considérablement, dans la suite^, l’action du virage. Aussi d’aucuns préfèrent-ils employer un sensibilisateur alcalin plutôt qu’acide, quitte à faire usage du papier plus fraîchement préparé.

40. — Dans ces conditions, voici les formules qu’il faudrait employer :

U Pour le salage :

Eau 1 000 cm3.

Chlorhydrate d’ammonium 20 gr.

Bromure d’ammonium 1 —

Ajouter quelques gouttes d’une solution de bichromate de potassium à un titre quelconque de façon que le bain prenne une belle teinte jaune-citron.

2° Pour la sensibilisation :

YidM distillée 1 000 cm^.

Azotate d’argent 90 gr.

Vous ajoutez goutte par goutte de l’ammoniaque liquide. Dès les premières gouttes, il se forme un précipité. Vous agitez bien, avec une baguette de verre, et vous continuez l’adjonction des gouttes d’ammoniaque, toujours en continuant l’agitation, jusqu’à ce que le précipité se dissolve et que la solution redevienne claire.

Le papier salé alcalin a cela de particulier : il fournit de très beaux tons par simple fixage. On peut ainsi se dispenser d’avoir recours au virage. Toutefois la nature de ces tons varie beaucoup suivant le papier employé. Donc, vraisemblablement, suivant l’encollage de ce papier. Par exemple, le papier Whatman fourni des épreuves d’un beau rouge ; le papier Rives des tons bruns et noirs.

Notons en passant que la durée du fixage diffère aussi

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suivant les papiers. Si le Whatman exige vingt minutes, pour le Rives dix minutes suffisent.

41. — Pour donner plus de finesse et plus de brillant à Fimage, quelques amateurs se complaisent à additionner le bain de salage d’unematière colloïde. En salant le papier, on procède ainsi, en même temps à un encollage supplémentaire.

Le bain de salage peut être alors composé de :

Eau chaude 1 000 cmS.

Gélatine 42 gr.

Chlorhydrate d’ammonium 7 —

N'ajouter le cblorbydrate qu’au moment où la gélatine est bien dissoute et la solution presque refroidie. Faire flotter ou étendre au pinceau.

La quantité de chlorhydrate est parfaitement variable. Tablez vos variations sur cette observation : il faut plus de sel pour un phototype négatif faible que pour un fort.

Comme liqueur sensibilisatrice, on peut. employer l’une ou l’autre de celles que je viens d’indiquer, alcaline ou acide, ou alors celle spéciale à ce procédé et que voici :

Eau distillée 10 cm3.

Azotate d’argent 2 gr.

Ajouter de l’ammoniaque goutte à goutte jusqu’à ce que le précipité formé tout d’abord soit redissous. Diviser la solution en deux parties égales. A l’une des parties ajouter de l’acide azotique jusqu’à rougissement du papier bleu de tournesol. Mélanger les deux parties primitivement séparées et ajouter un égal volume d’eau distillée.

On applique , au pinceau , sur le papier étendu sur un morceau de verre. Une bonne pratique consiste à interposer une feuille de papier buvard blanc entre le papier salé et le verre. Il empêchera, en l’absorbant, la liqueur argentique détacher le revers. Le pinceau devra être passé en long, en large, en travers et à nombreuses reprises de façon que la liqueur sensibilisatrice soit en excès. Sécher dans l’obscurité.

Un tel papier demande à être employé dans les quarantehuit heures.

42. — Le procédé au papier salé demande un papier extrêmement propre et parfaitement pur de pâte. Très altérable est l’azotate d’argent. Des impuretés incolores, donc invisibles à l’œil, produisent ultérieurement des taches sur l’image, soit qu’elles forment avec l’azotate d’argent des combinaisons colorées, soit qu’elles enlèvent l’argent de ce sel. On ne saurait, par conséquent, se fier à la blancheur immaculée d’un papier, qu’on désire sensibiliser, si ce papier n’a pas été fabriqué spécialement pour la photographie. Au demeurant tout papier qui n’a pas été fabriqué spécialement pour la photographie contient toujours, peu ou prou, des traces de fer. Or le fer agit comme réducteur de l’argent :

2Fe + 6AgAz03 = 6Ag + Fe2(Az03)6.

Il y a formation de taches noires intenses. L’équation ci-dessus indique, en effet, que six atomes d’argent se substituent à deux atomes de fer. Le premier souci du fabricant de papiers photographiques sera donc d’éviter les traces de fer. Aussi a-t-il soin de proscrire de ses ateliers tout objet de fer. Les ouvriers même ont défense d’entrer avec des souliers munis de clous.

43. — Du reste, on emploie fort rarement le papier nu comme support, ainsi que cela a lieu pour le papier salé préparé de la façon la plus simple et la plus ordinaire. En cet état, l’image s’enfonce trop dans la pâte. Les ombres perdent de leur vigueur. L’image ne présente vraiment toutes ses valeurs qu’autant qu’on la regarde par transparence. Ce n’est pas le but qu’on se propose dans une photocopie positive sur papier. Aussi a-t-on cherché différents moyens d’empêcher c^Xembu,

Pour trouver le remède il fallait connaître la cause. Elle est simple en soi. Le papier salé est imprégné de chlorure de sodium. Il demeure donc tout naturel qu’en le mettant à llotter sur une solution d’azotate d’argent, le chlorure, se formera, non seulement à la surface de la couche d’argent, mais encore dans toute son épaisseur. De là, constitution d’une partie d’image dans la couche. Mais cette partie interne ne peut avoir la même valeur que la partie externe. L’intcrposilion de la couche en affaiblit l’effet. Ainsi nous appa-

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raît affaiblie une gravure dès qu'on la recouvre d’un verre dépoli. Ainsi également, un papier buvard recouvert d’une solution colorée nous paraîtra beaucoup moins colore qu’un papier très fortement encollé et recouvert de la môme solution.

Cette dernière remarque nous conduit au remède : très fortement encoller le papier. Le but à atteindre sera d’autant meilleur que l’on gardera davantage le chlorure d’argent à la surface. On a songé pour cela à recouvrir la surface du papier, qui doit être sensibilisée, d’une mince c.ouche d’albumine.

44. — L’albumine est une matière visqueuse, blanchâtre, d’une saveur un peu salée constituant l’un des éléments des corps organisés. Elle forme presque en totalité le blanc de l’œuf. C’est de là même qu’elle a tiré son nom. L’albumine est en somme une combinaison de carbone, d’hydrogène, d’azote et d’oxygène avec une petite quantité de soufre et de phosphore. Sa propriété la plus remarquable est de se coaguler sous l’action de la chaleur et des acides, et de devenir ainsi parfaitement insoluble. C’est à cette insolubilité que l’on fait appel, jMélangé avec du blanc d’œuf, l’azotate d’argent donne un précipité blanc floconneux. Les deux corps se sont combinés pour former de Y alhuminate d'argent^ produit insoluble dans l’eau et de plus assez sensible à la lumière. Cettedernière propriété lui permet de coopérer directement à la formation de l’image.

D’une façon générale, c’est en faisant tlotter une feuille de papier sur une solution d’albumine que l’on prépare le papier albuminé. Afin d’éviter le travail de la salaison, on ajoute en même temps du chlorure de sodium à la solution. Ainsi établi le papier est vendu dans le commerce. ]\lais le photographe alors reste tenu à le sensibiliser. L’opération consiste à faire tlotter le papier albuminé sur une solution d’azotate d’argent à 10 p. 100. C’est à ce moment que se forme l’albuminate d’argent dont je viens de parler.

45. — La quantité de chlorure de sodium, vulgairement appelé sel de cuisine, ajoutée à l’albumine est-elle indifférente ? Nullement. Plus elle sera grande, plus l’impression se fera facilement, mais, aussi, moins il existera d’opposition

entre les noirs et les blancs de l’image. Cette remarque doit rester présente à votre esprit pour doser le chlorure de sodium. Cependant, si l’albuminage ne se fait pas pour des phototypes négatifs d’une valeur déterminée, il sera bon de s’arrêter à une moyenne, soit 3 grammes de chlorure de sodium.

Vous composerez donc un bain d’albuminage en faisant dissoudre 3 grammes de chlorure de sodium dans la quantité juste d’eau distillée qu’il faut pour faire fondre cette quantité, et vous ajouterez à cette solution 100 centimètres cubes d’albumine d’œufs. Battez en neige, laissez reposer et filtrez.

Une autre remarque garde son influence sur le tirage. L’albumine fraîche donne beaucoup d’irrégularité lors du virage. Le contraire a lieu avec de la vieille albumine.-

46. — Une fois filtrée, votre albumine pour être débarrassée d’un dépôt de fibrine qu’elle pourrait avoir, lequel produirait, sur le papier, des lignes rouges dans le sens de l’égouttement, sera, avant usage, gardée quinze jours en été et un mois en hiver. A ce moment elle exhalera une forte odeur animale. Filtrez-la de nouveau, par prudence, en évitant la formation de bulles d’air et versez lentement dans une cuvette. A l’aide d’une bande de papier buvard, éciimez la surface de ce bain dans toute sa longueur.

Saisissant alors l’un des bords de la feuille à albuminer, par les coins opposés, vous l’abaissez lentement et régulièrement, en amenant le bord que vous maintenez jusqu’à parfaite adhérence. Au bout de quelques secondes, soulevez la feuille par un des coins préalablement repliés, enlevez avec une lame de verre les bulles d’air qui peuvent s’être formées à sa surface, reposez sur le bain et laissez flotter cinq minutes environ. Vous enlèverez ensuite la feuille et la laisserez définitivement égoutter et sécher, soit en la suspendant avec des pinces à une ficelle, soit en la couchant , sur des lamelles de bois. Ce dernier moyen est de beaucoup préférable au premier. On con^prend, en effet, qu’ainsi la couche albumineuse reste plus régulière sur toute l’étendue de la feuille.

47. — Un papier albuminé ne doit pas être conservé dans un endroit trop sec: L’albumine se dessécherait et refu-

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serait de se mouiller sur le bain sensibilisateur. Si ce défaut venait à se produire quand même, le meilleur remède consisterait à mettre, pendant la nuit, le papier dans un endroit légèrement bumide. Le lendemain il se trouverait avoir repris toutes ses qualités.

48. — Pour la sensibilisation, une question se pose tout naturellement.

Quel degré de concentration doit présenter le bain sensibilisateur?

La couche albumineuse contenant de l’albumine et du chlorure de sodium prendra, au bain, une certaine quantité d’argent pour former de l’albuminate d’argent et du chlorure d’argent. Le bain s’appauvrira.

Doit-on d’abord employer un bain fort ou un bain faible ?

Ces deux méthodes gardent leurs partisans. Les effets produits dans l’un ou l’autre cas ne sont pourtant pas les mêmes. Un bain faible exige un flottage court. Autrement, à la longue, une partie de la couche d’albumine se dissoudrait par pénétration du bain dans cette couche. Un bain fort exige un flottage relativement plus long. La force du bain sensibilisateur produit, en effet, au début du flottage, la coagulation de l’albumine ce qui retarde l’absorption de l’azotate d’argent. Mieux vaut donc éviter les deux extrêmes et prendre une moyenne. Les épreuves obtenues dans la suite n’en seront que meilleures.

Pour préparer votre bain faites les solutions suivantes :

Solution I

Eau distillée 1 000 cms.

Bicarbonate de sodium 20 gr.

Solution II

Eau distillée 1 000 cmS.

Azotate d’argent 240 gr.

Après dissolution complète, mélangez ces deux solutions par parties égales, dans un vase et sans filtrer. Vous verrez aussitôt se former un abondant précipité de carbonate d’argent. Il empêchera la coloration rouge foncé et l’aspect sirupeux que prendrait votre bain au bout de quelques jours s’il n’y avait pas eu addition de bicarbonate

de sodium. La présence de ce sel permet, en plus, au virage d’obtenir de beaux tons pourprés.

Afin de ne pas détruire les bienfaisants effets du carbonate d’argent, il est préférable de verser le bain dans la cuvette en le décantant plutôt qu’en le filtrant. Posez votre papier, côté albuminé, sur ce bain, en opérant comme pour falbuminage. Laissez-le flotter pendant trois à quatre minutes, en ayant soin cependant de relever un peu les angles de la feuille pour vous permettre de la prendre sans vous tacher les doigts.

Cette opération s’effectue dans le laboratoire, à la lumière jaune, ou le soir à la clarté d’une bougie ou d’une lampe. La feuille est ensuite mise à sécher, en la suspendant sur des ficelles, avec des pinces de bois ou en la tendant sur un stirator.

Le papier étant sensibilisé, vous versez le bain dans un flacon et vous agitez pour qu’il se mêle au dépôt qui y est resté. Si colorée que puisse être la solution, le lendemain elle sera redevenue claire et prête pour une nouvelle sensibilisation. Toutefois, afin d’éviter un appauvrissement, il sera d’une bonne pratique, après chaque opération, d’additionner ce vieux bain de quelques centimètres cubes de la solution IL

49. — En principe, le papier ne devrait être sensibilisé que peu d’instants avant le tirage. Tel que, il ne se conserve que fort peu de temps. La substance organique combinée avec l’azotate d’argent en excès s’oxyde en présence de l’oxygène de Tair qu’elle absorbe peu à peu. De là, formation de sous-produits dont la couleur va du jaune au brun. Cette oxydation peut être retardée par l’adjonction au bain d’argent d’une petite quantité d’acide, comme l’acide citrique, par exemple. Mais si Ton veut utiliser le papier au bout de quelques semaines seulement, il faudra, après séchage, le mettre à flotter pendant quelques instants sur le bain suivant :

Eau distillée 1 000 cmS.

Gomme arabique 30 gr.

Acide chlorhydrique concentré. 20 cm^.

Le papier sensibilisé doit-il sécher naturellement ^u sous l’action d’une chaleur artificielle ?

PAPIERS SALÉS ET ALBUMINÉS

^ En été, le séchage naturel peut être conseillé, mais, en hiver, mieux vaut activer la dessiccation artificiellement. D’ailleurs vous pouvez vous fonder sur cette remarque : plus le papier sensibilisé est séché vite, plus les images obtenues seront brillantes et tines.

Une fois séché le papier sensibilisé doit être conservé, pour servir au fureta mesure des besoins, dans un endroit sec et à l’abri de la lumière. Le moyen le plus pratique consiste à mettre les feuilles les unes sur les autres, puis à en former un rouleau aussi serré que possible. On enferme ce rouleau d^ns un tube de zinc, clos à l’une de ses extrémités par un couvercle et, à l’autre, par une plaque percée nomme une écumoire, servant en même temps de couvercle à une petite boîte ayant les dimensions du tube et contenant du chlorure de calcium, produit éminemment hygrométrique dont le rôle est d’enlever Lbumidité de l’air contenu dans le tube.

Le papier albuminé demeure le type par excellence des papiers à image directement visible. Il offre des tons absolument caractéristiques, mais exige des phototypes négatifs en très bonnes valeurs.

Que le papier soit albuminé ou salé, on peut apporter dans la sensibilisation, qui reste la même en somme dans les deux cas, certaines modifications aux formules types ci-dessus et influant sur la coloration finale de l’image, quelquefois aussi sur son degré de sensibilité. Mais ces influences sont en réalité d’une efficacité assez minime. Je vous engage donc, si vous désirez fabriquer vos papiers vous-même, à vous en tenir aux formules données.

50. — D’ une facilité d’apparence trompeuse, l’insolation des papiers à image directement visible reste une opération des plus délicates- Croire qu’il suffit de mettre le papier en I; contact du phototype négatif dans un châssis-presse et de !i laisser venir, est une croyance erronée. 11 faut insoler pour l’effet que l’on veut produire, donc bien se rendre compte, d’une part, jusqu’à quel degré cette insolation doit être I poussée, et d’autre part comment elle doit être faite pour

L’insolation doit-elle être lente ou rapide?

D’aucuns vous disent : si vous avez affaire à un phototype intense, tirez-le au soleil ; si vous avez affaire à un négatif de transparence moyenne, tirez-le à l’ombre.

Il en est un peu de ce conseil comme de celui qui consiste à dire qu’une image négative est suffisamment développée lorsqu’on voit les grands noirs commencer de paraître au dos de la plaque. Gette manière de faire peut fournir quelquefois des résultats passables, bons même, mais quelquefois seulement. Il y a, en effet, à tenir compte et du révélateur employé, et du genre de développement dont on se sert, et de l’effet que doit rendre le phototype négatif, etc.

L’examen de la seconde question nous amènera plus sûrement à savoir comment nous devons opérer. Avant de commencer cet examen, je dirai toutefois que les épreuves, complètement tirées au soleil, perdent beaucoup de leur force dans les différents bains qui succèdent à l’insolation.

Après avoir imprimé, viré et fixé quelques épreuves vousmême, vous vous apercevrez vite que le temps de l’insolation et la lumière employée pour cette insolation ont une influence capitale sur la tonalité de l’épreuve.

Laissez un morceau de papier salé ou albuminé à la lumière diurne, vous le verrez successivement prendre un ton rosé très pâle, puis bleu pâle, bleu pourpre clair, pourpre foncé, noir, noir-gris métallisé, noir olivâtre.

Sous un phototype négatif, ces colorations subissent certaines modifications de teintes, surtout entre le bleu rosé très pâle et le pourpre clair. Les différents tons que je viens d’énumérer se retrouvent bien, en majorité, sur l’épreuve, puisqu’elles correspondent à tout ce qui n’est pas l’ombre rigoureuse et leur ensemble forme, en réalité, la tonalité générale de l’impression. Mais cette tonalité générale, forcément pourprée, peut emprunter sa teinte dominante à l’un des deux constituants de la couleur pourpre, c’est-àdire au rouge et au bleu. Or, la pratique prouve que si le rouge domine, si l’épreuve a un aspect rouilleux, elle vous donnera, en résultat final, un ton désagréable et manqnani d’harmonie. De plus, il est à remarquer que ce ton rouilleux se montre toujours sur les épreuves trop rapidemeni i mprirnées.

PAPIERS SALÉS ET ALRUMIINÉS

Ces observations conduisent tout naturellement à la conclusion suivante : Une insolation lente empêche la production de cette teinte de rouille, affectant surtout les hautes lumières. C’est donc la non-production de cette teinte qui doit guider dans la manière d’exposer le châssis.

Si, tiré au soleil, un phototype ne communique pas la teinte rouille à la photocopie, vous pouvez continuer tirage au soleil. Agissez de même pour le phototype tiré à l’omhre.

Dans le premier cas, la teinte de rouille se produit-elle? tirez le phototype à l’ombre. Dans le second cas se produitelle également? continuez le tirage à l’ombre, mais alors en couvrant votre châssis, soit avec un verre dépoli, soit avec une ou plusieurs feuilles de papier transparent végétal ou à copie de lettres, voire de papier écolier, soit avec un verre coloré.

51. — Le verre coloré est d’une ressource considérable. L’étude des effets qu’il produit vaut la peine qu’on s’y attarde.

Dans la séance du mois de novembre 1890 de la Société française de 'photographie^ M. le secrétaire de cette Société s’exprimait ainsi :

« On s’occupe en Angleterre de l’effet produit sur le tirage des épreuves positives par l’impression à travers des milieux colorés. M. Bridge, d’après le Moniteur de la photographie^ emploie depuis 1873 une feuille de gélatine colorée en vert ou en rouge pâle pour tirer les phototypes trop faibles, et dit être très satisfait de cette méthode.

(( A V Association photographique de Londres et de la province^ où l’on s’est occupé de cette question, il résulte de la discussion et des expériences rapportées que l’on obtient I un peu plus de détails et un virage plus facile par l’im- I pression à travers un verre vert. Cet effet semble être plus marqué avec les papiers sensibles du commerce qu’avec le papier qui xient d’être fraîchement sensibilisé.

« D’un autre côté M. Dehenham (W.-E.) dit à la Société ^photographique de la Grande-Bretagne qu’il a constaté que le verre d’une teinte verte foncée atténuait les contrastes du phototype et permettait d’obtenir, dans les parties moires, des détails qui autrement auraient été perdus et il

recommande de ne pas s’en servir pour les phototypes légers.

« Ces divergences d’opinion peuvent tenir aux diverses nuances de verres employés. Il y a donc là une étude intéressante à faire (1). »

C’est absolument mon avis. Je ne saurais donc trop vous engager à marcher dans cette voie. Elle peut vous conduire à améliorer considérablement dans le sens artistique, la reproduction de votre négatif. D’après mes expériences personnelles, les verres bleus et violets accélèrent plutôt la venue de l’image ; les verres verts la retardent d’autant plus que le vert tire sur le jaune ; les verres rouges ont une action retardatrice encore plus accentuée. C’est donc tout une gamme intéressante qui s’offre à nous.

En dehors des actions accélératrices ou retardatrices, j’ajouterai qu’il semble bien ressortir de mes expériences personnelles, que plus le verre employé laisse passer de radiations bleues, plus l’image se trouve adoucie; et inversement moins il en laisse passer, plus les contrastes se trouveront accusés. Donc, un verre rouge orangé ne laissant passer aucune radiation bleue, fournira une image avec un maximum de contrastes.

Cependant j’insiste sur trois points :

1° Les photocopies tirées sous des verres colorés n ont ; pas, après le virage, exactement la même tonalité que : celles tirées librement. j

2° La coloration de l’épreuve varie très nettement sui- j vant la coloration du verre employé. :

3° Quand le phototype est parfaitement gradué, mieux j vaut toujours le tirer librement. Ayant été fourni par la ; lumière du jour, d’un spectre déterminé, il est préférable qu’il soit retraversé par une lumière d’un même spectre.

Avec le tirage libre, la meilleure pratique consiste à insoler aussi lentement que possible et lorsque l’épreuve i est presque achevée à la terminer par une exposition rapide en plein soleil.

Cette sorte de coup de la fin, que j’emploie toujours quand le soleil veut bien s’y prêter, me donne des épreuves^ j

(1) IhilLetin de La Société française de Photographie, année 1890, n" 11,: J p. 319. ,

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très brillantes, très chaudes de ton. Elles n’ont point, comme leurs congénères tirées complètement au soleil, le défaut de baisser d’un tiers de leur valeur pendant les opérations du virage et du fixage.

52. — Cependant, avec ou sans le coup de soleil de la fin, répreuve doit toujours être tirée un peu au-dessus du ton qu’elle doit avoir finalement.

En considération de tout ce qui vient d’être dit, ai-je besoin d’insister en faisant remarquer que ce sur-ton doit être en raison inverse de la durée du temps de l’insolation? Non n’est-ce pas. Pourtant vous êtes en droit de demander si, chimiquement, l’on ne pourrait expliquer la cause de cet effet. Je crois à la possibilité de cette explication.

Que se passe-t-il pendant la période d’insolation?

Le chlore, mis en liberté par l’action de la lumière, laisse l’argent à l’état métallique, lequel noircit, sous cette même action de la lumière. Mais alors l’image paraît être venue à point alors que seul le chlorure d’argent de la surface a eu le temps de se dédoubler. Sous cette couche vigoureusement impressionnée se trouve encore du chlorure d’argent à l’état complet ou fort peu diminué de chlore. Ces couches sous-jacentes se trouveront dissoutes dans les eaux des différents bains et l’épreuve baissera forcément de ton.

Au contraire, quand l’insolation a été très lente, le chlore aura eu tout le temps de se dégager, dans les par ties qui doivent être fortement impressionnées, et les noirs de l’épreuve, ne baissant ultérieurement que très peu ou pas du tout de ton, seront très supérieurs en richesse aux noirs donnés par une insolation rapide.

Voilà chimiquement pourquoi l’insolation lente doit être préférée. Toutefois, avant de terminer l’examen de cette question, j’ajouterai quelques mots.

J’ai parlé du coup de soleil de la fin, comme donnant des epreuves très chaudes, très brillantes, mais je n’ai pas dit absolument tout mon sentiment à ce sujet. Expérimentalement l’insolation du papier salé ou du papier albuminé faite directement au soleil m’a toujours semblé donner au virage une coloration d’une tonalité pourpre toute spéciale et que je préfère à tout autre. Affaire de goût direz- vous. Soit. Mais allaire de goût à part, pourquoi cette différence :

Les rayons caloriques produiraient-ils une certaine action moléculaire sur le chlorure d’argent? Il se pourrait.

Alors n’y aurait-il pas moyen de combiner cette action avec une marche lente de l’insolation?

L’emploi du verre dépoli ou de feuilles de papier plus ou moins multiples, dans le cas d’un phototype bien en valeurs et celui des verres colorés dans le cas d’un phototype dont il faut modifier les valeurs, me permet de faire une réponse affirmative à cette question, et cette réponse me fait tendre vers cette conclusion :

Tant que vous le pourrez, tirez toujours au soleil vos épreuves sur papier salé ou albuminé, mais à cette condition cxfiresse que le châssis-presse sera recouver d’un verre dépoli ou de plusieurs feuilles de papier à copie de lettres pour ditfüser la lumière et retarder l’insolation, au point que son temps de durée soit à peu près égal à celui qu’exigerait une insolation à l’ombre.

53. — De plus notez encore ceci : la tonalité finale de la photocopie est, en dehors des autres causes, déjà citées, dépendante de la coloration de l’image négative, dont la coloration d’ailleurs est dépendante du révélateur employé. Plus l’image négative tendra au noir-brun, plus la photocopie sera colorée, brillante et d’une riche tonalité. C’est pourquoi les phototypes développés à l’acide pyrogallique donnent particulièrement bien avec les papiers salés ou albuminés. 11 faut en somme, avec ces papiers, des négatifs en très bonnes valeurs. Les négatifs faibles et mous, fournissant encore des épreuves très acceptables avec les papiers émulsionnés, demeurent absolument impropres avec les papiers qui nous ont occupé dans ce chapitre. Aussi peut-on dire qu’un tirage sur papier albuminé est le critérium de la bonne valeur d’un phototype négatif.

Les papiers albuminés sensibilisés se trouvent de moins en moins dans le commerce; en revanche nous avons avec le papier et les tissus « Lima » un excellent produit donnant, sur des supports à grains et à teintes différents, les plus beaux effets que peuvent produire les papiers salés, sans avoir, comme eux, les inconvénients d’une conservation délicate ni de l’enterrement des détails dans les grandes ombres.

LES PAPIERS ÉMULSIONNÉS.

54. Causes du succès des papiers émulsionnés. — 55. Un mot d'histoire. — 56. Nature des papiers émulsionnés. — 57. Le gélatino-chlorure d’argent.

— 58. Émulsion au gélatino-chloro-citrate. — 59. Le collodio-chlorure. — ' 60. Préparation d’un papier au collodio-chlorure. — 6 t. Insuccès à éviter.

— 62. Effets de la glycérine. — 63. Emploi de l’huile de ricin. — 64. Se^ cours de l’alcool. — 65. Usage du papier couché. — 66. Nature du papier couché. — 67. Conservation des papiers émulsionnés. — 68. Insolation. — 69. Taches métalliques communiquées aux négatifs. — 70. Quand on doit arrêter le tirage. — 71. De la couleur de l’épreuve. — 72. Causes de l’aC' centuation des contrastes. — 73. Emploi des verres colorés. — 74. Qualité des papiers émulsionnés.

54. — Aujourd’hui, les papiers salés ou albuminés sont un peu bien délaissés. A telles enseignes qu’on trouve difficilement, dans le commerce, d’une façon courante de? papiers albuminés. On préfère employer les papiers émulsionnés dits aristotypiques. Pourquoi? Si je prends la réponse dans le tréfond de ma pensée, je vous dirai que c’est parce qu’ils se présentent comme la Providence des mauvais négatifs. Or, le moment de leur apparition, ou du moins de leur remise en vigueur, a correspondu, exactement, à l’instant où la photo-jumelle J. Carpentier donnait le branle à la photographie instantanée, donc amenait à la phalange des photographes des légions de recrues. On n’a pas idée combien a été profonde la révolution causée dans la photographie par l’apparition de la photo-jumelle. Il y aurait là un bien curieux article à écrire.

Le nombre des photographes amateurs ayant crû, et ayant crû avec la photographie instantanée, c’est-à-dire la plus difficile pour obtenir de bons résultats, le nombre des phototypes négatifs, mous, sans vigueur, par cause de sous-exposition a grandi dans des proportions formidables. Or les papiers albuminés et salés donnent de très belles imagées mais ne les fournissent qu’avec des née:atifs bien

4Ô LE Tirage des épreuves en photographie.

pleins et en très bonne valeur. Avec eux la photocopie ne vaut qn’autant que vaut le phototype. Dans le cas qui nous occupe, les phototypes ne valant guère, les photocopies devenaient désastreuses. Si cela avait duré, la photographie instantanée à outrance aurait sombré, malgré l’excellence des appareils. Heureusement les fabricants de papiers sensibles ont remis au jour les papiers émulsionnés. Avec eux le phototype, trop faiblard pour fournir une épreuve congrue sur papier albuminé, a donné une image très suflisamment supportable. Bien plus, grâce à la régularité de leur couche sensible, il a paru, et cela est de fait, que l’image présentaiWe très grandes finesses et surtout un beau brillant, ce critérium de beauté spéciale aux snobs. C’est l’histoire des débuts des chemins de fer et la télégraphie électrique. Sans les perfectionnements rapides de cette dernière, on ne voit pas bien comment auraient marché les trains. Joignez à cela, qu’avec un virage-fixage combinés, le papier émulsionné réduisait le nombre et les insuccès des manipulations photographiques, réduction toujours chère aux partisans du moindre effort, lesquels constituent le gros de l’armée des amateurs.

Voilà pourquoi ma fille est muette, comme dit Molière, pourquoi les papiers émulsionnés ont à peu près totalement remplacé les papiers salés et albuminés.

55. — En 1848, Humbert de Molard avait signalé ce procédé consistant à couvrir une feuille de papier d’une émulsion au gélatino-chlorure d’argent. En 1865, Wharton- Simpson proposait une émulsion au collodio-chlorure. Ces propositions tombèrent en plein désert. Puis vers l’époque que je viens d’indiquer, ces procédés furent repris en Allemagne presque à la fois par les maisons Obernetter, à Munich; Liesegang, à Düsseldorf; l’Institut photographique de Cronemberg, à Gronembach; l’Institut artistique de Geldmacher, à Francfort-sur-le-Mein ; Angerer et Eder, à Vienne... pour sortir brusquement de l’Allemagne et envahir le monde entier. Si bien que les nouveaux amateurs ne connaissent plus que les papiers émulsionnés : citrate, celloïdins, etc., etc.

56. — Enrobés dans la gélatine ou dans le collodion, les sels haloïdes de l’argent fournissent des épreuves que

LES PAPIERS ÉMULSIONNÉS.

nous avons tout lieu de croire théoriquement plus durables que celles à l’albumine. En effet, sur une photocopie l’argent se trouve à l’état d’extrême division. Sous cet état il se présente comme très facilement attaquable par les agents atmosphériques. Donc plus le véhicule sera imperméable, moins le métal aura de risques d’altération. Le collodion et la gélatine, surtout quand elle est fortement alunée sont beaucoup moins perméables que l’albumine. Donc ils mettent forcément l’image plus à l’abri de la sulfuration et de l’oxydation. Malheureusement dans la pratique il n’en est pas toujours ainsi. Mais alors c’est plutôt la faute de l’opérateur qui a mal conduit ses opérations que celle des matières employées.

11 n’est pas aussi aisé de préparer soi-même un bon papier émulsionné qu’un papier salé ou albuminé. A moins de cas de force majeure, je vous engage à ne pas y essayer. Le jeu ne vaut pas la chandelle. Mieux vaut demander ces papiers à l’industrie. Toutefois, j’estime qu’il est toujours bon de connaître, au moins approximativement, la nature et la préparation des produits que l’on emploie. Cela aide beaucoup pour progresser ou parer à des insuccès. C’est pourquoi je vais vous indiquer rapidement la préparation des papiers au gélatino-chlorure et au collodio-chlorure.

57. — Le gélatino-chlorure se présente sous deux espèces : l’une qui donne un papier fournissant une image latente; l’autre, un papier fournissant une image directement visible. C’est donc de cette seconde espèce que nous avons à nous occuper pour le moment.

Afin que les images soient directement visibles, les émulsions au gélatino-chlorure doivent être additionnées d’un sel organique d’argent. C’est généralement au citrate d’argent que l’on fait appel.

58. — Pour préparer une émulsion au gélatino-chlorocitrate d’argent, vous faites les deux solutions suivantes :

A. Eau distillée 1 000 cni^.

Chlorhydrate d’ammonium 10 gr.

Citrate de potassium 15 gr.

Gélatine 100 gr.

B. Eau distillée 500 cm^

Azotate d’argent 50 gr.

L’émulsion est produite à la manière habituelle. Une fois obtenue, vous la versez dans une large cuvette où elle fait prise. Vous la divisez ensuite au canevas et vous la lavez durant une heure. Faites refondre Fémulsion au bain-marie et ajoutez-lui 100 grammes de glycérine et autant d’eau distillée qu’il sera nécessaire pour amener le volume de l’émulsion à 3 litres.

Toutes ces manipulations peuvent être effectuées à la lumière d’une lampe ou d’une bougie.

Pour recouvrir le papier de cette émulsion, on la réchauffera au bain-marie jusqu’à une température de 60® G et on la versera dans une cuvette, placée elle-même dans une cuvette plus grande et contenant de l’eau chaude pour maintenir autant que possible l’émulsion à la température ci-dessus indiquée. On fait alors flotter quelques secondes le papier sur Fémulsion, puis on l’enlève, on le retourne vivement et on le place sur une surface dressée bien horizontalement à l’aide de vis calantes. Quand la gélatine a fait prise, on suspend et on laisse sécher dans l’obscurité complète.

59. — Le collodio-chlorure nous fournit un papier qui, si possible, est encore beaucoup plus, que celui au gélatinochlorure, la providence des mauvais phototypes négatifs. Les épreuves positives au collodio-chlorure présentent une finesse à laquelle on ne peut atteindre avec aucun autre papier. De plus, on peut, avec une certaine facilité, reporter ces épreuves sur un support tel que verre, porcelaine, marbre, etc. Ce genre de papier dit celloïdin ou à la celloïdine est en très grande faveur de l’autre côté du Rhin et dans d’autres pays étrangers. En France, on le méconnaît ou on le dédaigne. Pourtant il s’est présenté très activement à nous sons l’égide de V Hélios. Pourquoi cet abandon? Je l’ignore. Peut-être simplement qu’il exige une légère — oh! combien légère! — dextérité de manipulation pour rcmpccber de se rouler dans les bains.

60. — Ene des bonnes formules pour préparer le papier au collodio-chlorure vient de M. Liesegang. La voici :

Sous l’influence d’une légère chaleur, faites dissoudre, dans un vase de verre aussi mince que possible, 8 graiiiine^ d’azotate d’argent dans 6 cendmotres cubes d’eau distillée.

LES PAPIERS ÉMULSIONNES.

Après ciissulution complète, et loin de toute flamme, ajoutez :

Alcool à 9o* 133 cm3.

Coton-poudre 8 gr.

Éther à 63° 160 cru'^.

Agitez fortement pour obtenir la dissolution complète. Dès qu’elle est obtenue, versez dans un flacon hermétiquement bouché ; laissez reposer trois ou quatre jours ; décantez la partie claire dans un nouveau flacon et étiquetez: collodion argentique.

D’autre part, vous préparez la solution alcoolique suivante :

Alcool à 90” 33 cm3.

Chlorure de lithium \ gr.

Acide tartrique 1 gr.

Etiquetez : solution de chlorure de lithium. Pour former l’émulsion, vous prenez :

Collodion argentique 100 cm^,

SolutiondechloruredelUhii.il 13 —

L’adjonction du chlorure de lithium au collodion argentique, doit se faire lentement, goutte par goutte, avec forte agitation de tout le liquide, de façon qu’il se produise instantanément un mélange parfait. L’émulsion ainsi obtenue est placée dans l’obscurité complète, durant quelques jours. Huit jours au plus. Au cours de cette période de temps une assez notable partie du sel d’argent se dépose. L’émulsion perd son aspect laiteux pour prendre un aspect opalin. On décante.

Pour sensibiliser le papier, on le tend sur une planchetle ou sur un stirator. Il se manie alors comme une plaque, et l’émulsion y est versée à la manière du collodion, c'est-àdire qu’on la verse sur un des angles du papier et qu’on lui en fait recouvrir toute la surface par un mouvement lent de bascule. Cette opération doit être faite, de préférence, à la lumière jaune. Le papier est alors suspendu par des pinces de bois dans un endroit obscur, pour sécher. C’est l’affaire d’une heure ou deux. Il se conserve très bien huit à dix jours.

Dans cette manipulation, rappelez-vous que la couche, doit être étendue lentement. En allant trop vite, vous risqueriez d’avoir une couche trop mince, donc ultérieurement des images manquant de vigueur. S’il se formait des stries, c’est que votre coton-poudre ne serait pas de première qualité ou que votre émulsion s’épaissirait trop vite sous l’influence de la chaleur ambiante. En été préparez donc votre papier dans un endroit très frais.

61. — 11 se produit quelquefois un insuccès sur lequel je retiens un instant votre attention. Je veux parler des innombrables petits points blancs qui criblent quelquefois la partie inférieure des feuilles. Ils sont produits par de petites bulles d’air qui se dégagent du papier. On les évite généralement en étendant l’émulsion dans un endroit très frais. Voici même un moyen certain de ne plus avoir à les redouter. 11 consiste à recouvrir préalablement le papier d’une émulsion très fluide. On l’obtient en mélangeant:

Gollodio-chlorure ordinaire 100 cm^.

Alcool à 950 250 —

Éther à 650 250 —

Ce mélange est rapidement versé sur la feuille de papier. On laisse sécher et l’on étend ensuite l’émulsion ordinaire comme d’habitude.

62. — En des défauts du papier au collodio-chlorure, est de présenter une couche qui souvent se fendille. Je crois même qu’à l’apparition de ce papier c’est là une des causes qui ont jeté sur lui le discrédit. On a essayé, dans l’émulsion, l’introduction de vernis protecteurs, puis de glycérine et d’huile de ricin.

La glycérine a le grave défaut de garder très hygrométriques les papiers préparés avec elle. Jamais ils n’arrivent à complète siccité. De là, conservation imparfaite. De plus, de par cet état hygrométrique, le papier amène des taches indélébiles sur le négatif si celui-ci n’a pas été verni. J’en parle hélas! trop savamment.

La glycérine soulève encore une autre question.

Est-elle complètement éliminée par les lavages ?

Les avis demeurent très partagés. Les uns disent oui ; les autres non. Dans l’ignorance, je me garderai de prendre

LES PAPIERS ÉMULSIONNES.

parti. Toutefois, je ferai remarquer que, quelle que soit l’opinion que l’on prenne, le résultat final reste mauvais dans les deux cas.

La glycérine est-elle complètement éliminée par le lavage final ï

La couche alors n’est plus préservée contre le fendillement, au séchage. Il était donc inutile de l’introduire dans l’émulsion.

La glycérine est-elle incomplètement éliminée par le lavage final ?

Elle conserve toujours le papier dans un certain état hygrométrique. Or, on sait que l’humidité est un des plus grands agents destructeurs de la photocopie positive si l'élimination de l’hyposullite n’a pas été absolue.

63. — Ce dilemne condamne la glycérine. 11 condamne de même le sucre recommandé par W. E. Woodbury. 11 semble donc préférable de se rejeter sur l’huile de ricin. Voici la formule Gronemberg qui utilise ce préservatif du fendillement.

Alcool à 95° 4G0 cm^.

Éther à 65° 400 —

Coton-poudre pur et sec 25 gr.

On laisse reposer huit jours, on filtre sur ouate hydrophile et l’on ajoute :

Huile de ricin 5 gr.

Agiter jusqu’à mélange parfait.

D'autre part, vous préparez les solutions suivantes :

Solution I.

Alcool à 95® 80 cm^.

Chlorure de strontium 3 gr.

Chlorure de lithium 2 gr.

Solution II.

Alcool à 95° 80 cm^.

Acide citrique 4 gr.

Solution III.

Eau distillée 15 cm^.

Azotate d’argmit 20 gr.

64. — Pour obtenir la dissolution complète d’une si grande quantité d’azotate d’argent dans une si petite quantité d’eau, il faut chauffer. Dès que la dissolution est obtenue, vous ajoutez :

Alcool à 9î)0 60 cm^.

Gomment allons-nous nous servir de ces trois solutions et du collodion riciné?

Assez simplement en somme. Lorsque les produits sont parfaitement dissous, vous versez la solution d’acide citrique dans la solution des chlorures, en agitant. Quand ce mélange est intime, vous le versez, toujours en agitant, dans le collodion riciné.

Toutes ces opérations peuvent se faire à la lumière diurne. Pour celle qui reste à faire, on doit employer la lumière inactinique jaune ou rouge. Cette dernière opération consiste à verser petit à petit, toujours en agitant, la solution d’azotate d’argent, préalablement chauffée pour reclissoudre les cristaux qui auraieut pu se reformer.

65. — L’étendage se fait sur papier comme il a été indiqué précédemment.

J’ai dit, il n’y a qu’un instant, quelques mots au sujet du papier en précisant qu’il devait être exempt de toute trace métallique. Je veux y revenir un peu plus amplement.

Les papiers que l’on emploie pour être émulsionnés sont préalablement enduits d’une substance appropriée. Cet enduit est même particulièrement indispensable dans le cas de l’emploi du collodio-chlorure. Cette émulsion adhère péniblement à la surface du papier ordinaire.

Un tel papier se nomme papier couché.

66. — D’une façon générale, la substance appropriée dont on se sert pour coucher le papier est presque toujours la baryte. Mieux vaut acheter le papier tout couché que de le coucher soi-même. Toutefois, pour le cas échéant, voici un moyen de s’y prendre :

Faites à chaud la solution suivante :

Eau 1 000 cm3.

Gélatine blanche 20 gr.

Gomme arabique 76 gr.

LES PAPIEBS ÉMLM.SIONNPS'

Amenez-la à la température voisine de i’ébiillition et versez sur une quantité de blanc de baryte, telle qu’elle soit suffisante pour que le mélange obtenu couvre bien. Vous étendez avec un pinceau doux. Après vingtquatre heures de séchage on applique une seconde couche.

67. — Les papiers émulsionnés ou aristotypiques se conservent généralement assez bien. Dans les pochettes où l’altération commence, ce sont les feuilles du dessus et du dessous qui prennent une teinte d’abord jaunâtre, puis de plus en plus brune. Cependant les feuilles intérieures sont préservées longtemps encore. Maintes fois, il m’est arrivé d’effectuer des tirages avec du papier ayant un an de date, sans que les blancs aient été altérés, sans que les teintes aient été modifiées. Avec des papiers plus anciens, j’ai eu encore de bonnes épreuves. La teinte jaunâtre qu’avait alors le papier disparaissait dans les bains. Ce qu’il m’a semblé devoir noter, c’est que l’insolation exigeait un temps plus long, et que l’image, étant à très peu de chose près la même par réflexion, se montrait beaucoup plus dense par transparence. 11 y a enfoncement plus grand de l’image dans la couche. C’est probablement même à ce phénomène que l’on doit l’augmentation de durée de l’insolation.

68. — Quant au tirage sur papier émulsionné, il s’effectue exactement comme le tirage sur papier albuminé.

Toutefois, s’il est nécessaire que le phototype négatif et le papier soient parfaitement secs, au moment de leur introduction dans le châssis-presse, cette nécessité est particulièrement importante avec les papiers aristotypiques, parce que la gélatine est beaucoup plus hygrométrique que l’albumine. Lorsque l‘e phototype négatif n’a pas été verni, le principal défaut de l’humidité est de faire adhérer tout ou partie du papier au négatif. De là, fixation de sels d’argent sur la gélatine. Ces sels pénètrent peu à peu dans la couche, prennent une teinte brunâtre à rellets métalliques, et compromettent la pureté de l’image.

69*. — Quand ces taches sont fraîches, on peut quelquefois les faire disparaître, en plongeant, pendant une heure ou deux, le négatif dans une solution concentrée de chlorure de sodium (sel de cuisine), laquelle transforme la

tache d’argent en chlorure. On immerge après dans une solution d’hyposulfite de sodium, pour détruire ce chlorure formé. Même à l’état de fraîcheur de la plaque, ce remède | est souvent illusoire. j

Cet accident arrive plus fréquemment qu’on ne le suppose, surtout avec les papiers aristotypiques. 11 suffit sou- : vent de la formation de la buée sur le négatif qui se produit quand, en hiver, on rentre dans un appartement très chaulfé, pour ouvrir le châssis-presse et contrôler la , venue de l’image. Quelquefois même une simple expiration ' d’haleine suflit à déterminer cet accident. 11 serait donc ' toujours préférable de vernir son négatif. Ce que l’on ne i fait pas par paresse. J ’ai donné la composition d'un excellent j vernis au celluloïd (1) qui n’a pas le défaut de s’effriter et de se fariner comme les vernis à base d’alcool et d’une gomme résine.

70. — Comme avec l’albumine, le tirage doit être poussé un peu au-dessus du ton final que l’on veut obtenir. Il y a toujours affaiblissement dans les bains de virage et de I fixage. Cet affaiblissement se montre cependant moindre avec les papiers aristotypiques. Même lorsqu’on fait usage d’un bain de virage contenant du sulfocyanure, l’affaiblissement devient presque nul.

71. — La couleur de l’épreuve au tirage est aussi à considérer. Tantôt elle se montre pourpre ; tantôt rougeâtre. Généralement, mais sans que cela soit absolu, elle se montre d’autant plus bleutée que l’insolation a été faite sous une lumière plus vive. Or, plus l’image approche du bleu, plus elle descend au virage et au fixage. Inversement, moins elle perd plus elle tire vers le rouge.

La valeur du négatif est encore un facteur de l’affaiblissement. A négatif faible, affaiblissement très marqué et inversement.

Quant à la rapidité d’insolation, elle reste très sensiblement la même qu’avec le papier albuminé.

72. — J ai dit que les papiers aristotypiques étaient la providence des mauvais négatifs. Gela vient de ce que ces pa])iers composés, non seulement de chlorure d’argent, mais

(1) Voir mon ouvrage : Les Nouveautés photographiques année 1902,

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