LA VOIX
Moi, je chante plus haut que le plus pur rayon
Du dernier des soleils ! Quand mon esprit se penche, Il domine tout l'horizon, Car je suis la lumière blanche !
Nulle clarté ne peut éclairer ma maison.
Pour mon ciel embrasé, les soleils sont trop sombres !
Je vis dans la lumière immuable et sans ombres...
UN MÉTÉORE 0 briller, resplendir... et, sans but, s'élancer...
UN AUTRE ... Et, dans un flamboiement de couleurs, s'effacer !
ORPHÉE
Il ne me suffit plus de créer l'harmonie ! Je veux magnifier les secrets de la vie.
De lourdes nuées cachent les étoiles. Silence.
ORPHEE
Lorsque j'offre ma lyre aux clameurs de la mer. Quand Téclair attiré s'enroule sur ses cordes, Quand le poing du tonnerre, en frappant sur l'éther, Projette, dans l'horreur, des échos qui se tordent, Quand j'arrête le vent qui gonfle les forêts, J'espère, dans l'élan des forces qui s'accordent, Entendre, de leurs chants, sortir des mots sacrés!
— Mais rien ne répond plus ! Dois-je briser ma lyre, 0 tourmente de feu, grand fleuve aérien
Des foudres, dont le flot ébloui se déchire?...
Resterez-vous muets? Dois-je implorer en vain? 0 dieux, je veux ouvrir le creuset de la vie ! Je veux lire la loi que la terre a suivie...
Mère, je le supplie ! Orphée à tes genoux Attend que ton esprit le console et réponde !
— Réponds-moi ! Réponds-moi, malgré les dieux jalo Rôdent-ils dans l'effroi de celte nuit profonde !...
Soleil, divin pasteur qui sais guider le monde, Mine du feu, force du chant, source de l'air,
Fermoir du bracelet des planèles qu'inonde Ton azur abondant et plus beau que la mer...
Dans un coin du ciel, la lune se lève au milieu des nuées.
Et toi, perle qui meurs, ornement du silence, As-tu connu la vie, et ton orbe glacé Répondra-t-il, hélas? — 0 lumière qui pense, La mort doit-elle naître où la vie a passé ?...
0 Mère, comprends-tu l'horreur où tu me laisses? Je ne me souviens pas d'avoir autant souffert. Nuit vide et sans échos, même pour mes détresses...
Tu me réponds!... J'entends une voix dans l'éther. ..
CHŒUR
Voici le disque ému de la lune rêveuse Qui donne aux cieux sa poésie et sa douceur. Le nimbe éblouissant de sa clarté neigeuse Vient du soleil caché qui dore sa blancheur.
Ses jeux sont attendus par les premiers narcisses, Et par les enfants-dieu qu'elle troubla jadis. A son lever, voici que penchent et pâlissent L'hyacinthe fragile et la fleur d'Adonis.
Il est, dans l'infini, des astres de féerie,
Des aurores d'argent, des Soleils verts et bleus,
Des lunes scintillant comme des pierreries Plus limpides que Tonde et le cristal en feux.
Toi seule sais verser, dans ta lueur liquide, Le songe essentiel que Ton dut nous ravir... Car dans le cœur humain il est toujours un vide Que rien ne peut remplir.
ORPHÉE
Lune, ô grâce des cieux, quelle triste pensée Fait trembler ce halo d'air pâle, autour de toi?... Un esprit ta parlé ; tu me semblés bercée, Dans l'air obscur où veille un écho de sa voix.
LTn esprit t'a parlé ! Si j'ai pu le comprendre, C'est qu'il chantait un mal dont je souffre aujourd'hui Son harmonie a pu me séduire et me prendre... Mon tourment est plus doux, mais ne s'est pas enfui !
— Comme un mont de granit, la nature est muette ! Le vent lui-même a peur d'entrer dans les forêts... L'ordre des éternels enchaîne la tempête ! Mondes magnifiés par moi, vous répondrez !
Oui, je m'élèverai plus haut que la matière. Je saisirai la vie aux creux des éléments ! Vous êtes, sous ma voix, ô forces de la terre, Ainsi que des oiseaux, sous les yeux des serpents !
Je suis environné par des ombres errantes. . .
— Aigle noir du silence, en quels sentiers 'd'éclairs Ton vol égare-t-il les choses confiantes?
— Accompagnez l'hymne farouche, ô vents des mers ! O dieux qui me voyez debout, je tends ma lyre ! Pour aller jusqu'à vous, je hausserai ma voix. Gomme un aimant, il faut que sa puissance attire Les esprits dominés du monde, autour de moi !
Après l'avoir créé, je brise le mystère ! Malgré votre splendeur, ô dieux que je comprends! Quand je songe aux saisons qui décorent la terre, Quand je songe à l'été, quand je songe au printemps, Lorsque je vois jaillir l'abondance de l'être, J'affirme que la vie est plus forte que vous. L'homme vous a conçus, il devient votre maître, Dans l'Olympe ébranlé, je vous sens à genoux !...
Hélas! Qui supplier? Que contient le silence... La lune énigmatique a des lueurs d'effroi.
— Atlas! Robur ! Dolor !. Titans à l'âme immense, J'aime votre révolte! Hélas, soutenez-moi !...
— Frères, que rêvez-vous?
g8 Le titan