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ORPHÉE, LA TERRE

ORPHÉE

Mère, qu'ai-je donc fait?... Ta force m'abandonne ! Que ne réponds-tu pas, toi qui me fus si bonne ? Vas-tu me laisser seul, en face du destin Et des divinités qu'avec toi je redoute ? C'est la première fois que je t'appelle en vain, Nature, et que l'écho, sans s'émouvoir, écoule! Les Titans ont rêvé d'un âge radieux.

Au nom de ta jeunesse, ô mère, je t'invoque.

Silence.

Si tu ne réponds pas, c'est par l'ordre des dieux...

O dieux tremblants, dieux menacés, je vous provoque! Descendez, entourés des foudres de l'éther, Descendez, j'ai ma lyre aux clameurs d'épouvantes, Elle peut éblouir la Victoire et l'Éclair, Enchaîner l'ouragan dans ses cordes vivantes ! Elle peut affronter vos rages sans faiblir, Les fracas de la mer n'ont pu la recouvrir...

Coup de tonnerre.

Je ris de ta colère ! — 0 ma lyre immortelle, Réponds à ce tonnerre !.. Exulte ! resplendis...

Il arrache de grands accords à sa lyre.

Je veux chanter encor ! J'aime et tout me rappelle Que rien n'est menacé, dans un monde où je vis !

On entend les lamentations des Muses, autour du tombeau d'Eurydice.

Je suis sans crainte, ô dieux, j'ai connu Prométhée ! C'est lui qui m'a forgé, dans un rayon vermeil, Celte lyre d'or pur qu'Apollon a portée : Elle a sonné, sans fondre, au centre du Soleil ! Un temps.

Eurydice!... Eurydice!... Apparais, blanc fantôme...

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