LA TERRE, ORPHÉE, CHOEURS
LA TERRE
L'amour est ma puissance, et son transport soudain Fait tressaillir un monde immense, en chaque atome. . . La vie est dans l'amour et lui seul est divin !
De sourdes rumeurs s'élèvent,
Entends les voix des profondeurs qui se réveillent... Les astres t'ont parlé par leurs bouches vermeilles, La mer par les rumeurs qui roulent dans son sein ! Mon fils, tu ne m'as pas interrogée en vain...
elles deviennent de plus en plus fortes,
J'ai reconnu ma force, au jour de ta naissance ! Je t'avais entendu ! Je t'avais entendu !
ORPHÉE Mais réponds-moi ! Quel dieu t'imposa-t-il silence?
LA TERRE Pardonne, si mon cœur ne t'a pas répondu. . . elles s'articulent.
J'attendais que ta voix, en dilatant mes veines, Eût réchauffé le sang de mes plus hauts rochers ! J'attendais que l'accord des clameurs souterraines Animât les couloirs des volcans desséchés !,.. La lyre sonne.
0 rajeunissement ! 0 suprême harmonie!
Je suis celle qui t'aime et qu'un chant vivifie... Ton luth est ma splendeur ! Son hymne, chaque nuit, Eveillant des échos dont les corps sont des flammes, Met au ciel des clartés qui n'avaient jamais lui, Et je vis dans l'éclat des lois que tu proclames.
ORPHÉE
O ma mère, dis-moi l'horrible vision
Qui retenait ta voix dans des antres sauvages...
LA TERRE
Je rêvais du déluge et de Deucalion :
J'étais dans le fracas des vagues qui ravagent !...
— Quand l'éclair, endormi sur le nuage d'or, Tordait un diadème au-dessus de ta tête, Quand la mer, à tes pieds, se recueillait encor, Quand ta voix affrontait les dieux et la tempête, Pouvais-je interroger les enfers et la mort? Pouvais-je révéler ses mystères indignes ?
ORPHÉE J'aime la mort et je la chante, avec les cygnes !
LA TERRE
L'âme de cette nuit n'est plus qu'un long désir! Les êtres apaisés s'endorment sous des charmes.
— O que la joie éclate, Orphée, et que tes larmes Soient un cri d'allégresse où se meurt un soupir !