‹ Le TitanChapitre 24 sur 44 · UNE NYMPHE · texte numérisé non relu

UNE NYMPHE

Mais n'entendez- vous pas cette plainte étouffée Qui vit, dans les volcans, les mers et les échos ? L'airain des cordes sonne encor sous les sanglots Du monde qui murmure : « Orphée est mort ! »

ÉCHOS

Orphée..

DES ESPRITS, dans les grottes.

La Détresse vient d'arracher

Des cris brûlants de nos poitrines !

LA MER

Ces cris ont pénétré jusqu'au fond des rochers, Et dans les cavités marines.

LES MUSES Nous l'avons trop pleuré, pour ne plus le revoir.

ÉCHOS Orphée est mort !.. Hélas !... Orphée !...

CHOEUR

Et pour l'entendre Lyre aux cordes d'airain brillant sur un fond noir, Nous ne sentirons plus les animaux suspendre Leur respiration, dans la grandeur du soir !.. Entendrons-nous sa voix qui peuplait nos rivages Interroger le monde entier, obscurément?

Verrons-nous son courroux courber les mers sauvages Et les forêts en fleurs, palpiter dans le vent ?

LES BACCHANTES, elles ont parcouru les campagnes.

Les hymnes, Iacchos, dans les grands soirs tragiques, Vibrent, accompagnés des hurlements des loups, Et, sur nos tympanons, éclatent les musiques Que dicta Marsyas pour les dieux en courroux.

Comme des ouragans, lorsque nos voix s'élancent, Lorsque nous brandissons nos thy rses, nos flambeaux, Nous imposons, aussi, de terribles silences, El la peur fait s'enfuir les plus fiers animaux.

D'AUTRES

Tes hymnes, Iacchos, dans les forêts antiques

Retentiront bientôt !

Orphée est mort...

LES BACCHANTES

Orphée !... Et vos sons métalliques, O buccins, régneront, sur un monde plus beau.

JEUNES BACCHANTES Nous avons vaincu l'harmonie Dont les foudres planaient sur nous.

Iacchos, dans nos tourbillons fous, Triomphera ta symphonie !

LES BACCHANTES Que grondent les éclats des pseans chaleureux! Le soleil va sécher nos poitrines sanglantes... Offrons-lui nos corps nus! Dénouons nos cheveux ! Iacchos ! Io ! Io ! Le rire des Bacchantes Mieux que ta lyre, Orphée, émerveille les cieux !

TOUTES Evohé ! pour le jour ! Que sonnent nos trompettes ! La vie est jeune et baise aux lèvres le Printemps. Entraînons, dansnoschœursdésordonnés, les bêtes... Que notre joie immense enivre le Dieu Pan.

Les faunes, pour avoir nos bouches

Nous ouvriront leurs bras puissants,

Les passions les plus farouches,

Nous les ferons naître, en passant !..

Elles s'enfuient. Des nuages noirs les suivent. Elles entourent le pieu Pan.

Réveille-toi ! Nos cris qui montent dans l'aurore Chantent la mort d'Orphée...

PAN 11 vous menace encore !

LES BACCHANTES

Viens tenivrer dans nos festins, Au fond des vastes bois antiques !

Nous t'offrons nos fruits et nos vins.

Viens ! nous L'apprendrons nos musiques.

Brise ta flûte et ta syrinx !

Laisse les Muses aux longs voiles...

Nos corps vêtus de peaux de lynx T'enlaceront sous les étoiles.

PAN

Je surgis, devant vous, soudain, comme l'éclair.

Sa force radieuse refoule les Bacchantes.

Vous outragez la terre éternelle et vos crimes

Ont desséché son sang comme le vent d'hiver,

Et les fleurs, sous vos pas, dans des gouffres, s'abîment.

Mes bras sont assez forts. Je peux vous contenir.

que m'importent vos cris de joie et vos chairs blanches!

Reculez! Reculez ! La terre va s'ouvrir.

Mon souffle a maintenu, jadis, les avalanches!

La terre garde encore un mystère profond...

— Écoutez tressaillir les choses qui vont être ! Vous appelez Iacchos? C'est Pan qui vous répond... Vous triomphiez déjà ! Je reste votre maître !

Les nuages deviennent de plus en plus noirs.

Je vois, autour de vous, rouler d'épais brouillards.

Entendez-vous gémir la Nature affolée !

Des spectres redoutés s'offrent à mes regards...

0 dieux ! Je maintiendrai l'harmonie en allée !

Les ténèbres s'épaississent, sortent de la Terre, descendent des cieux et se rejoignent en engendrant des éclairs.

Les profondeurs des cieux s'entr'ouvent, tour à tour. Je sens, avec horreur, se ralentir la vie.

— Par la Flamme et le Chant, la Détresse et l'Amour, Reviens, beauté du monde, ô jeunesse éblouie !..

J'ai connu cette horreur, quand les dieux se taisaient, Quand le monde muet attendait le Déluge, Quand les plus orgueilleux des Titans écrasés Invoquaient le néant, comme unique refuge !

LE TITAN fi9

UNE VOIX profonde et lointaine.

Sous le dôme croulant des cieux pleins de vapeurs, J'ai vu Deucalion, sur les sommets vainqueurs, Chanter et ramener dans l'azur, la lumière ! J'ai vu ressusciter, à sa voix, la matière, Et l'univers monter des gouffres du chaos.

PAN 0 jour, réforme-toi ! Rayonne sur les eaux !

Page 1