‹ Le TitanChapitre 30 sur 44 · LES MÊMES, APOLLON, CHOEURS, DEMI- CHOEURS, ORPHÉE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, APOLLON, CHOEURS, DEMI- CHOEURS, ORPHÉE

APOLLON Je mets la main sur toi, mouvement de l'espace Arrête-toi, Soleil, au centre du ciel bleu !

Le soleil reste immobile.

CHOEUR Le Soleil tient le ciel, comme une clef de voûte!

DEMI-CHOEUR

La nature est un temple attendant une voix.

Apollon dépose sa lyre au centre du soleil. Elle s'enflamme.

CHOEUR

Lyre aux sept cordes d'or que l'Olympe redoute Chante, dans tes accords, l'harmonie et nos lois !

Œdipe a enseveli Antigone. Il se relève.

ŒDIPE, il porte les mains à ses yeux qui voient.

0 Monde plus divin qu'aux jours de ton enfance, Dans le cadre doré que tracent les rayons, Je te vois enfermé, comme une fresque immense Que portent les piliers d'azur des horizons.

L'ombre de la lyre d'Apollon s'étend sur le monde.

DEMI-CHOEUR I des montagnes.

Des rives du Soleil, en palmes d'or, s'élance Un faisceau de rayons que l'air avide prend, Et je vois se dresser, contre eux, la lyre immense Elle grandit et suit leurs lignes, en vibrant !

LE TITAN 10ô

DEMI CHŒUR II de la mer.

Je vois ta lyre immense où gronde Lon génie. Vaste, comme le ciel, elle couvre la mer. Elle a l'émotion des flots ! Son harmonie Fait retentir les monts, sous ses accords de fer.

DEMI-CHOEUR I des forets.

Je vois la lyre immense offerte à l'air qui passe. Elle est l'arbre du monde, et les chants égarés S'y reposent, après leur course dans l'espace. Elle murmure ainsi que les vastes forêls.

DEMI-CIIOEUR II des champs.

Je vois la lyre immense aux cordes infinies. Elle touche les champs parcourus de sillons. Mes oiseaux enivrés par les strophes unies Avec elles, s'en vont vers les premiers rayons.

CHOEUR

Le monde est inspiré par ces lyres dressées Où sonnent des appels, où s'enroulent des cris, Où tonnent les clameurs et le chant des pensées Qu'au fond du cœur humain, sait arracher l'Esprit.

OEDIPE

Je connais son tonnerre! Il roula dans ma tète ! Son sinueux éclair ne m'a pas abattu !

J'ai poursuivi ma route, au fort de sa tempête ! 0 Titan, je comprends, aujourd'hui, ta vertu.

Titans, rappelez-vous les premiers jours du monde, Les temps, dont vous rêvez, encore, dans les fers.. J'évoque les jardins que la lumière inonde, Les éblouissements des saisons et des mers.

La terre offrait alors de calmes paysages, L'homme et les animaux y vivaient, fraternels. Les forêts nous donnaient leurs fastueux ombrages, Et les êtres créés se savaient éternels !

Soudain, des imprécations s'élèvent des cités.

CHOEUR

Écoutez, quels sanglots secoués de colère S'échappent, tout à coup, des lointaines cités. Semblables aux appels des Titans, sous la terre, Ils mêlent, fortement, leurs accents irrités.

Ils troublent le repos des temples ! — Ils assiègent Les demeures des rois ! — Ils viennent annoncer Que, sous les cieux frappés, de terribles cortèges Traînant des ouragans, derrière eux, vont passer!

— Ah ! je vois resplendir, au sommet des collines, Le casque de Pallas, près de son bouclier.

Sa lance dont le fer a des flammes divines, Brille, entre les rameaux noueux d'un olivier.

— Les plaintes des humains, ô déesse guerrière, Font tressaillir ton cœur, ton courage; et tes yeux Regardent fixement le point où la lumière,

Par la main d'Apollon, est arrêtée aux cieux.

Et lui, l'Archer, divine image de la gloire, Debout, dans la splendeur d'un piédestal de feu, Maîtrise ses chevaux ailés par la victoire: Leurs pieds blancs sont posés sur des nuages bleus !

DEMI-CHŒUR I des cités.

Nous possédons nos dieux ! Que l'humanité monte Au sommet du Caucase, à l'assaut du rocher. Le silence, aujourd'hui, s'appellerait : la honte ! De tes liens, Titan, nous devons t'arracher !

Une ombre descend de l'Olympe.

DEMI-CHOEUR II du Caucase.

Les ailes du Vautour s'abattent et se plaquent Contre le corps raidi du Titan !

PROMÉTIIÉE

O douleur !

DEMI-CHOEUR I du Caucase.

Sur les rochers, le sang- coule et forme des flaques.

DEMI-CHOEUR II des cités.

Nous boirons notre force, aux sources de ce cœur !

LES TITANS Titans !

LES ÉCHOS Titans...

CHOEUR du Caucase.

L'Archer menaçant fait un geste.

0 triomphe ! Son arc, entre ses mains, reluit...

CHOEUR des Titans. C'est notre heure, ô Titans !

CHOEUR du Caucase.

Par la flèche céleste, Le Vautour noir percé, tombe, comme la nuit ! Le vautour s'abat.

CHOEUR des cités et du Caucase.

Apollon! Tutélaire Apollon !

CHŒUR du Caucase.

Zeus envoie

Sur le roc du Titan, l'aigle de son courroux !

L'aigle de Zeus s'élance de l'Olympe.

L'aigle plane el descend et voici qu'il tournoie...

ATLAS

ROBUR

Robur !

Typhon !

TYPHON

Dolor! Titans, réveillez-vous!

Cris de joie, clameurs guerrières sortent des entrailles de la terre.

CHOEUR du Caucase.

Le vol large et puissant lentement se resserre.

CHOEUR du Caucase et des cités.

Apollon prend son arc!

Un éclair tombe sur le rocher de Prométhée.

CHOEUR du Caucase.

L'aigle lance dans l'air

La foudre qu'il tenait captive, dans sa serre !

Nouveaux éclairs.

110 LE TtTA^

Le soleil a pâli devant ce brusque éclair.

Du rocher fracassé ruisselle un sang de pierre.

Des rocs s'éboulent; des tonnerres éclatent.

Les antres creux ont répercuté le tonnerre.

LES TITANS, de plus en plus exaltés par la lutte et la joie. Frères, le bouclier de Pallas nous défend.

CHOEUR 0 Mondes, préparez un hymne triomphant !

CHOEUR du Caucase.

L'Aigle charge son vol de foudres ! Il remonte

Et cherche son moment, pour une attaque prompte !

Apollon décoche une flèche contre l'aigle.

CHOEUR Mais les flèches du Dieu l'atteignent en plein cœur

DES VOIX Apollon, Apollon, Apollon ! 0 vainqueur !

Le dieu crible l'aigle de flèches.

CHOEUR

L'azur est sillonné de flèches et de foudres ! Le roc, semblant sortir d'une vague de sang, Montre ses flancs rongés et ses sommets en poudre !

DEMI-CHOEUR du Caucase.

Pour la dernière fois, l'Aigle de Zeus descend. Les traits du Dieu, lancés par ses mains éternelles, Brisent, à chaque coup, les plumes de ses ailes Qui brillent, au milieu du ciel incandescent !

L'Aigle frappé à mort tombe auprès du Vautour, aux pieds du Titan.

CHOEUR

0 glorieux combat ! Sois chanté par Orphée ! L'Aigle, le Vautour noir, ô Titan, quel trophée !

Apollon lève sa main armée.

Le char d'or d'Apollon se met en mouvement ! Les ailes des chevaux s'étendent noblement ; Sur le timon sculpté s'enroule leur crinière ; De leurs bouches sans frein jaillit de la lumière ; Leur vol fait tournoyer des poussières d'azur, Et le Victorieux d'un geste immense et pur, Tandis qu'en ses cheveux le vent passe et s'embrase, Dirige son quadrige au-dessus du Caucase Et l'astre qu'il conduit t'auréole, ô Titan !

OEDIPE Je monterai vers toi, Prométhée, il est temps ! Il se dirige vers le Caucase.

CHŒUR Entouré par l'ardeur des huit ailes brûlantes, Couché sur le rocher paré comme un autel Par le sang et par l'or des luttes éclatantes, Le Titan apparaît, plus grand qu'un immortel !

La splendeur d'Apollon l'éclairé et le domine. À l'épaule du Dieu flotte un voile enflammé. Il pose sur le flanc ouvert sa main divine, Et le cœur, d'où coulait le sang, s'est refermé !

APOLLON auprès de Prométhée.

Titans !

LES ÉCHOS Titans...

APOLLON Titans! Aux quatre anglesdu monde, Du Levant au Couchant et du Nord au Midi, J'appelle ! Que la voix de chacun me réponde... — Titans !

LES ÉCHOS Titans...

APOLLON Le jour par le Titan prédit

Et que vous attendiez dans vos prisons, rayonne ! Titans !

LES ÉCHOS

Titans...

CHOEUR

L'Etna s'enflamme et se couronne D'une gerbe d'éclairs.

ROBUR Hypérion !

SPES

Pallas !

CHOEUR Tous ceux que Zeus courba t'entendent et tressaillent!

DOLOR

Ma forge tonne et fume et je me lève !

La terre tremble et s'entr'ouvre.

Le Titan Spes,son marteau sur l'épaule, apparaît. Il monte au Caucase.

HYPÉRION

Atlas !

TYPHON

Dans ma grotte s'engouffre un souffle de batailles. Encelade ! Robur ! Spes ! Dolor !

LA TERRE

0 Typhon, Mon cœur tumultueux bondit à chaque nom Que j'entends prononcer et j'ouvre mes cratères ! Que s'exhalent enfin les secrètes colères Des Titans qui, jadis, ébranlaient les parois De mes antres obscurs quand, parmi les effrois, Jour et nuit, j'entendais leurs plaintes émouvantes !

CHOEUR Leurs voix sont, aujourd'hui, des vengeances qui chantenl

SPES brisant les chaînes de Prométhée.

Mon marteau, sur le roc, sonne, comme un signal!

CHOEUR

Écoutez ! Écoutez ! Quel hymne triomphal

Fait vibrer les cités !

Les hommes, les femmes, les satyres, les nymphes gravissent le Caucase. Tous chantent. Les bêtes les suivent.

CHŒUR

La nature soulève, Sous l'effort des Titans, ses moissons, ses forêts ! Les flancs noirs de l'Etna tremblent ! La terre crève ! La face du Titan Encelade apparaît...

Les Titans sortent des montagnes, des volcans.

Les voici, les voici, les enfants de la Terre, Appelés par les coups foudroyants du marteau ! Voici Typhon aux yeux éclatants de colère... Un de ses pieds encor est pris dans un coteau !

Comme ils recherchent tous la lumière vivante ! Leurs yeux épouvantés se ferment à demi. Ils tournent, vers le ciel, leur tête menaçante. Au geste de leur bras, l'air sonore a frémi !

DEMI-CHŒUR I Voici Dolor ! Ses mains écartent deux montagnes ! Il va vers le Caucase en blasphémant les dieux. Ses pas font tressaillir les bois et les campagnes.

DEMI-CHŒUR II Voici Pallas qui tient le glaive radieux 1 DEMI-CHOEUR

Ah ! Voici le Titan Atlas avec Hercule, Le torse revêtu par la peau d'un lion. Une antilope grise, à son aspect, recule,

DEMI-CHŒUR I

Avec ses ailes d'or renaît H ypérion !

DEMI-CHŒUR II

Robur reprend haleine et son front brun se ride. Sous l'amoncellement des rocs prêts à tomber, Il a la majesté d'une cariatide !

Son corps est recouvert par ses muscles bombés.

CHŒUR du Caucase.

Les deux bras du Titan sont libres. Ils s'étirent... Mais son torse est encor tenu par des anneaux. Les chaînons et les clous, un par un, se déchirent, Car Spes les fait sauter, à grands coups de marteau !

DEMI-CHŒUR I

Les hommes révoltés s'arment et se rassemblent, La terre maternelle a d'horribles fracas, Et les fondations de la nature tremblent, Et les monts secoués font rouler leurs éclats.

J'entends l'écroulement des palais et des temples ! Où donc s'abritera la majesté des dieux ? Les regards des humains se lèvent et contemplent Le Caucase, sur qui brillent de nouveaux cieux !

Ceux que Zeus habitait sont dévastés et vides...

DEMI-CHOEUR I Quel murmure léger court et grandit dans l'air?

DEMI-CHOEUR II

C'est le char qui conduit les sœurs Océanides: Leur voix a la douceur des vagues de la mer.

Les Tritons, les Naïades, les Sirènes et les divinités des vagues sont sur la mer. Tous chantent. La Création entoure le Caucase.

ORPHÉE

Je revois tes splendeurs, Nature triomphante ! J'adore le Soleil, dans les cieux découverts. Je marche dans les fleurs que le Printemps enfante, Les Titans m'ont ouvert les portes des enfers.

Les dieux ont réclamé mon corps en sacrifice,

La terre en est plus forte, elle a bu tout mon sang!

Pour les fêtes du feu, je ramène Eurydice !...

Je guiderai les chœurs des humains, par mon chant !

CHOEUR

0 Titan, le halo du Soleil t'environne. Ta majesté remplit les Olympiens d'effroi! Le Caucase soutient la vivante couronne De la Création à genoux devant toi !

PROMÉTHÉE, debout, près d'Apollon et d'OEdipe.

0 dieux qui me voyez vainqueur, je suis sans haine ! Je ne veux pas troubler votre royaume bleu. Dans la férule d'or où reste un pan de chaîne, Je viens vous rapporter le feu !

Comme je dois rester maître de l'harmonie, Après un tel triomphe, après un tel réveil, Je prendrai, désormais, les flammes de la vie Aux rayons sacrés du Soleil!..

O Terre, ô cœurs frappés, retrouvez la jeunesse! Ne vous souvenez plus des temps épouvantés. Nos dieux vont, parmi nous, ramener l'allégresse : Fils des triomphateurs, chantez !

Prométhée monte dans le char d'Apollon. Il porte le Feu, le lance dans l'Olympe et se perd au centre du Soleil. Œdipe se mêle aux hommes. La Création redescend du Caucase en chantant. Plus haut que le Soleil, des fumées s'élèvent : c'est le Feu ravi aux Immortels qui s'éteint.

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