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LA DISPERSION DES HURONS

Lorsque vous sortez du bassin de Saint Thomas de Montmagny et que vous remontez le fleuve en longeant la côte du sud, vous apercevez, à peu près une demi-lieue en amont, une humble rivière qui traine ses eaux vaseuseg au Saint-Laurent : c’est la rivière à Lacaille près de l'embouchure de laquelle s'élevait jadis le premier village de Saint-Thomas.

De cet établissement primitif qui portait le nom de Pointe-à-Lacaille, à peine restet-il, à demi enfouies au pied de la falaise, quelques pierres qui firent autrefois partie des murailles de la vieille église bâtie et

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béuite en 1686, sur un terrain concédé par le sieur Guillaume Fournier au missionnaire de l'endroit, Messire Morel.

Un siecle après l'érection du petit temple de la Pointe-à-Lacaille, les habitants du lieu, voyant que les flots avaient rongé une douzaine d'arpents de la falaise et menaçaient d’envahir bientôt et la chapelle et les habitations du hameau, abandonnèrent tout-à-fait un endroit si dangereux, et s’en allèrent, une demi-lieue plus bas, construire une autre église et de nouvelles demeures sur les lieux où s'élève aujourd'hui le grand village de Saint-Thomas.

Il n’y avait à la Pointe-à-Lacaille, en 1664, que deux ou trois maisons d'assez pauvre apparence. L'établissement commençail à peine, et il deyait bien s'écouler une quinzaine d'années, après la venue des premiers colons, quand on crut devoir y tenir des registres, en 1639.

D'abord la propriété de M. de Montmagny, la seigneurie de La Rivière-du-Sud, à qui le roi l'avait cédée le 5 mai 1646, passa successivement des mains d'Adrien Huault à celles de Louis Théandre de Lotbinière,

et de Moyen Deschamps qui la céda à Louis Couillard de l'Espinay. Quant au fief Saint- Luc, aujourd'hui Saint-Thomas, il était enclavé dans la seigneurie de la Rivièredu-Sud, et avait été concédé en 1653 à Noël Morin qui, en 1680, mourut chez son fils Alphonse établi à la Pointe à-Lacaille. Leurs nombreux descendants portent le nom de Morin-Valcourt.

Ceux qui sont familiers avec notre his-

toire savent quelle était l’organisation qui présidait à l'établissement des paroisees dans la colonie naissante de la Nouvelle- France. Le roi y cédait un fief à celui de ses sujets qu'il en jugeait digne, lequel, en retour, devait à la couronne foiethommage, avec l’aveu, le dénombrement et le droit de quint, etc., à chaque mutation. Ce seigneur

. divisait son fief en fermes qu’il concédait

lui-même à raison d’un ou de deux sols par arpent et d’un demi-minot de blé pour Ja concession entière. Les censitaires devaient, en échange, faire moudre leur grain au moulin banal, donner au seigneur la quatorzième partie de la farine pour droit de mouture, et payer, pour lods et ventes, le douzième du prix de leur terre.

Bien qu'à l’origine les seigneurs possédassent au Canada le redoutable droit de haute, moyenne et Lasse justice, ils ne l’'exercèrent que rarement et l’histoire n’en mentionne aucun abus. A vrai dire, nos seigneurs étaient plutôt des fermiers du gouvernement que les représentants de ces feudataires et tyrans du moyen-âge qui traitaient le peuple comme un vil troupeau d'esclaves taillables et corvéables à merci.

Aussi bien, comme le disait Frontenac en 1673, le roi entendait-il qu'on ne les regardât plus que comme des engagistes et des seigneurs utiles. On peut dire que ce système de colonisation était l’un des

meilleurs que l’on pouvait mettre en usage à cette époque, vu que les seigneurs avaient le plus grand intérêt à attirer des colons sur leur fief et à les bien traiter pour en voir augmenter rapidement le nombre. :

Aux temps difficiles où se reporte ce récit, chaque petit bourg avait son fort où l’on se réfugiait en cas d'attaque pour résister aux bandes d’Iroquois qui rôdaient continuellement par toute la colonie. Ce fort consistait en une enceinte de pieux et occupait habituellement le centre du bourg.

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Il entourait assez souvent la demeure seigneuriale, et quelquefois il était défendu par de petites pièces de canon dont les | Sauvages avait grand'peur. e .

En 1664, il n'y avait pas encore de sei-

gneur résidant à Saint-Thomas et M. Louis Couillard de l'Espinay ne devait se faire R 4 construire un manoir aux abords du pl bassin que plusieurs années après. La | demeure de Mme Guillot, la plus ancienne |! A et la plus grande de l'endroit, était protégée '| | par une enceinte de palissades hautes d’une quinzaine de pieds, qui entourait à la fois la maison, la grange et leurs dépendances,

toutes situées sur la rive gauche de la LU !

Rivière-à-Lacaille 1} !

: Il est six heures du soir. Tandis que la | | ! | maîtresse de céans, Mme Guillot, s'occupe LL

à ranger des assiettes sur une grande table carrée, au milieu de la cuisine, et que la femme de Joncas, le fermier de l’établisse.

ment, est à moitié enfouie sous le haut Ni manteau de la cheminée où elle surveille lg avec recueillement la cuisson d’une ome- { lette au lard, Mile Jeanne de Richecourt et le chevalier de Moruac, récemment 1 arrivés de France, ainsi que Louis Jolliet, \

qui devaits’illustrer plus tard par la découverte du Mississipi, assistent silencieux au concher du soleil.

Globe de flamme incandescente, l’astre s’inclinait à l'occident vers la cime des Laurentides derrière laquelle il allait bientôt disparaître. Eclairé vivement, le sommet du cap Tourmente se découpait ainsi qu'un immense diadème aux dentelures d’un or ardent comme celui de la Guinée, pendant que la base du cap reposait à demi effacée dans l’ombre. On aurait dit le grand génie du fleuve, agenouillé sur les bords de son empire et la tète perdue dans les nuages roses du couchant. Sur le parcours de six lieues qui sépare en cet endroit les deux rives, une immense trainée de flamme exbrasait le fleuve dont les eaux paraissaient bouillonner sous ce brülant contact.

À l'horizon, au-dessus du soleil et des montagnes, de grands'nuages rouges frangés de brillantes teintes cuivrées se déployaient dans l’espace, comme de longs drapeaux de pourpre et d’or, dont les reflets coloraient en rose la tète des monts et le dos rugueux des îles que l’on aurait cru voir flotter au milieu du Saint-Laurent. Ainsi éclairés,

ces ilots semblaient être de gigantesques cétacés rougeûtres, qui seraient surgis brusquement des eaux pour contempler ce merveilleux spectacle du roi de la nature se couchant au milieu de sa cour etenvironné des sptendeurs de sa gloire. A la fin du jovr ainsi qu’à l'aurore, la nature entière tressaille d’une telle exhubérance de vie que les objets, même inanimés, nous semblent s’agiter comme pour saluer lastre puissant chargé par Dieu de féconder la terre.

Déjà, cependant, le soleil descend et disparait en arriére des montagnes qui, peu à peu, se sont assombries. Seuls les nuages rouges et dorés qui drapent l'horizon recoivent encore, grâce à leur élévation, le reflet des rayons du soleil, et ont conservé leurs brillantes couleurs. Mais à mesure que l’astre s'enfonce dans les régions alors inconnues du nord-ouest, les nues ainsi éclairées passent par gradation du rouge pourpre au rose, du rose pâle au jaune clair, et leurs derniers lunbeaux d'un blanc lumineux vont s'éteindre à côté de la première étoïle dont la faible lumiere s'allume au fond du firmament dans l'ombre de Ia nuit tombante.

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—Allons! mademoiselle et messieurs, le souper est servi, fit Mme Guillot en se frappant les mains pour tirer ses hôtes de leurs rèveries. Et tous vinrent se placer autour de la table à chaque bout de laquelle fumaient de riches omelettes aux paillettes dorées et croustillantes.

Lorsqu'on sortit de table, le jour avait fait place à la nuit qui s’étendait sereine et calme sur les sauvages régions d’alentour.

En se levant de table, Jolliet porta sa chaise auprès du mur et tout à côté de l’une des fenêtres qui regardaient sur le nord ; puis il se rapprocha vivement de la croisée en s'écriant :

—Oh! venez donc voir la belle aurore boréale !

On accourut aux fenêtres et chacun put contempler la scène féérique offerte ce soirlà par le ciel à la terre.

D'abord d’une teinte égale et uniforme, une grande lueur blanche, qui s'élevait du côté du nord et montait dans l’espace, se fendit en millions de striures lumineuses et frangées comme les innombrables stalactites suspendues à la voûte de grottes mer

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