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—Haut la mèche !haut le bras! commanda Maricourt.
Trois artilleurs rapprochèrent de leur pièce respective les étoupilles allumées.
— Première pièce ! feu ! cria le commandant.
Un long jet de flamme jaillit de la gueule du premier canon qui, en reculant, parut se cabrer d’aise de montrer enfin sa grosse voix.
es officiers qui avaient eu soin de se tenir c dehors du nuage de fumée que devait produire l’embrasement dela poudre, avaient les von” rivés sur le vaisseau amiral.
—Bien visé, Maricourt! s’écria Bienville ; le projectile a coupé les haubans de bâbord du dernier hunier, quelques pieds plus bas que le pavillon.
—Voyons ce que fera le second, dit le commandant qui ordonna le feu d’une autre pièce.
—Très bien ! fit de nouveau Bienville, le bois est entamé, cette fois! Bas les habits, d'Orsy.
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—Eh ! corbleu ! Bienville, oublies-tu que j'en suis, repartit le chevalier de Clermont en Ôtant son justaucorps.
Le troisième coup de feu couvrit sa voix.
—Bravo ! bravo! s’écria Bienville en applaudissant de la voix et des mains.
Voyez un peu maintenant. chevalier.
Le projectile avait porté en plein bois, fracassant le mât et hachant les haubans de tribord.
—Alors une immense acclamation roula sur les flancs du cap, car le pavillon de l'amiral, dépourvu d'appui, venait de tomber sur les eaux du fleuve, entraînant sa drisse avec lui. *
Et les détonations se succédèrent sans interruption sur les remparts et les quais.
Cependant d'Orsy, Bienville et Clermont, en simple costume natatoire, se tenaient sur le bord de la levée, prêts à sauter dans le fleuve aussitôt que le pavillon serait en vue.
* «* M. de Maricourt abattit avec un boulet le pavillon de l'amiral," AÆist. de l'Hôtel-Dieu.
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Bienville fut le premier à l’apercevoir.
—En avant, messieurs, dit-il en piquant une tête dans le Saint-Laurent.
Les trois plongeons n’en firent qu’un, puis la tête des nageurs reparut ruisselante hors de l’eau.
—Brrrrrr ! fit d'Orsy en secouant la tête, froide en diable cette eau-là !
—J'’ai vu mieux que ça........à la Baied'Hudson........le printemps dernier, dit Bienville qui, nageur émérite, avait déjà quelques pieds d'avance sur ses compagnons. Îl nous fallait........emporter un petit fort......dont nous étions séparés...
par une rivière......de deux arpents large.....Mais nous avions compté......sans la fonte des ñeiges....et l’inondation..……….
La rivière coulait..…....à pleins bords...
quand nous y arrivâmes...…...Vingt-deux hommes seulement.....savaient nager dans ma compagnie.....Cinquante Anglais...
nous attendaient de l’autre côté...
N'importe, je donnai....…......le signal et l'exemple et houp ! en avant !......nous y étions..…....Diable d’eau !......qu'elle était froide !.…... Elle aurait gelé celle-ci.
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—ÆEt vos Anglais ? demanda Louis d'Orsy qui suivait son ami de près.
—Bah ! repartit Bienville en se tournant sur le dos pour faire la planche, afin de permettre à Clermont, qui tirait de l'arrière, de le rejoindre, bah ! nous en eûmes..…...
bientôt raison. Allons! chevalier, arrivez donc......ÆEtes-vous engourdi ?
—Depuis que j'ai reçu......certain coup …..de tomahahk...…...sur la jambe gauche, je nage......avec peine.
—Dans ce cas..…...retournez à terre.
—Bienville....vous voulez me rendre...
la monnaie de ma pièce......de tantôt .«..
Vous êtes..…..dans votre droit…...En avant !
messieurs..…..en avant !
Les trois nageurs qui se trouvaient alors vis-à-vis de l’ancienne douane, mais à dix arpents de terre, piquèrent au large vers le pavillon. Ce dernier était encore à huit cents pieds plus bas ; mais la marée montante l’entrainait vers les trois gentilshommes.
Ils virent jaillir l’eau en plusieurs en
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droits dans les environs du pavillon que le flux leur apportait, et plusieurs fortes détonations parties de la flotte leur firent lever la tête.
D’autres décharges succédèrent aux premières et quelques projectiles vinrent, en hurlant, tomber auprès des trois amis.
—Parbleu ! dit alors François de Bienville avec un admirable sangfroid, il paraît que....nous allons au feu dans l’eau...
Mais ces messieurs...
Un boulet qui vint s’engloutir à dix pieds de lui et le couvrit d’eau en tombant,
lui coupa la parole.
—Ces messieurs nous prennent décidément......pour des cibles........puisqu'ils tirent à côté, continua-t-il.
Le pavillon flottait alors à quelques cinquante pieds en avant.
Bienville redouble de vigueur tandis que balles et boulets pleuvent autour de lui. Quelques brasses énergiques l’amènent enfin près du pavillon qui tient encore au tronçon du mât coupé par le boulet de Maricourt.
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Appuyant alors ses deux mains sur ce dernier débris, et sortant hors de l'eau son buste qui ruisselle :
—Vive la Nouvelle-France ! crie Bienville aux Anglais de toute la force de ses poumons.
Et trois fois ce cri de victoire s'en va déchirer l'oreille de l'amiral qui rugit sur son banc de quart.
—Feu partout sur ces démons ! s'écrie Phips d’une voix étranglée par la rage.
Un réseau de flamme et de fumée enveloppe un instant le gaillard d’arrière du vaisseau amiral qui ne peut faire feu des deux côtés de ses sabords, vu la position que lui donne le flot.
Quelques projectiles passent en miaulant près de Bienville, qui a pris soin de rentrer dans l’eau jusqu’au cou, après avoir jeté ses trois défis. Une balle vient même couper la drisse qui rattache le pavillon au tronçon de mât.
Ca me va, murmura Bienville, car j'avais oublié mon couteau. Merci, messieurs,
dit-il en tournant le dos aux Anglais. Puis, il saisit le pavillon avec ses dents et l’entraine à la remorque.
Bienville avait perdu ses amis de vue depuis quelques minutes, et, lorsqu'il les rejoignit, sur son retour, il s’apercut que d'Orsy soutenait le chevalier.
—Diable! êtes-vous blessé, Clermont ?
lui dit-il en voyant une teinte rougeûtre colorer l’eau.
—Ne m'en parlez pas, Bienville,..... ces mécréants m'ont.....entamé la jambe droite justement la meilleure, les chiens !
—Es.tu fatigué, d'Orsy ? demanda Bienville.
—Pas le moins du monde...
—Dans ce cas... continue de nager...
à droite de notre ami; je vais en faire autant.....à sa ganche...……. pour le soutenir aussi.
—Messieurs, repartit alors le chevalier de Clermont, j'ai bien peur......que vous ne puissiez pas......gagnerterre .....en mesoutenant ainsi..…....Laissez-moi donc... m'en
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tirer seul..…...Bah ! en supposant......que je périsse..….un jour plus tôt,.…..un jour plus tard.....cela ne fait rien.
—Or ça, chevalier, répliqua Bienville, pour qui nous prenez-vous donc? Allons!
laissez-nous faire.....et tout ira bien.
[ls continuèrent d'avancer vers la terre, tout en entendant passer des projectiles autour d'eux.
Les artilleurs de la ville ne restaient pas inactifs, et pour protéger la retraite des trois braves, ils nourrissaient un feu d'enfer entre ces derniers et la flotte ennemie; ce qui eut pour effet d'empècher les Anglais de mettre leurs chaloupes à l'eau, et de poursuivre les trois Canadiens.
Ceux-ci avancaient lentement, M. de Clermont, dont la blessure n'était pas grave, mais qui pourtant perdait beaucoup de sang, ne pouvait presque pas s’aider à nager.
—$Soyez raisonnables..…....mes chers amis.
dit-il bientôt. Laissez-moi,..…..je vais faire la planche.....Peut-être la marée... me portera-t-elle.....à terre......et...…….
—Dieu me pardonne! chevalier,.....mais vous divaguez....…Allons ! courage, ami, voici qu'on vient à nous.
Des chaloupes, que M. de Maricourt envoyait pour les recueillir, accouraient à force de rames.
Quelques minutes plus tard, les trois nageurs étaient hissés sur la première embarcation venue, par dix bras empressés.
—Ouf! les dents me font mal, le pavillon était lourd à trainer, dit Bienville en repre nant haleine.
—C'est qu'il est chargé de gloire, repartit d'Orsy.
Une véritable ovation attendait les trois braves. À peine eurent-ils mis pied à terre, que vingt robustes gaillards les enlevèrent du sol pour les porter à la haute ville.
A l'entrée de la rue Buade, M. de Frontenac, qu’on avait mis au courant des hauts faits des trois amis, s’en vint au devant
d'eux.
—Bien! messieurs! très-bien! s’écria le gouverneur ec les apercevant. Ces Anglais
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fussent-ils dix mille, avec cinq cents hom- | mes comme vous à mon côté, je ne les | grains pas.
—Vive monseigneur ! Vive Bienville !
Vive la France ! vociféra la foule qui encombrait la place. |
Saisi d'une indicible émotion, Bienville déroula vivement le drapeau qu'il avait négligemment jeté autour de son buste ; et, se levant debout sur les épaules de ses porteurs, il agita son glorieux trophée sur la foule qui ondoyait à ses pieds, en criant d’une voix tonnante :
—Vive la France ! et mort à l'Anglais!
Le peuple répondit par un écho terrible qui s’en alla s’éteindre sur la flotte ennemie.
Le cortége continua sa marche vers la ‘t grande église.” Bourgeois et soldats, enfants, femmes et vieillards, tous, tant qu’ils purent, entrèrent dans la cathédrale à la voûte de laquelle on suspendit le glorieux trophée. * \
* «1 Ce drapeau a resté suspendu à la voûte de la cathé- ‘ drale de Québec, jusqu'à l'incendie de cette église pen- ‘ dant le siége de 1759.” M. Garneau.
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Et les prières ardentes de tous ces hommes de foi, montèrent des dalles et des parvis vers l'Eternel qui entendit aussitôt la voix suppliante d’un peuple héroïque.
A peine François de Bienville et ses deux compagnons, ils avaient enfin repris pied sur le sol, sortaient-ils de la cathé.
drale, que le bruit mat de plusieurs tambours battant aux champs se fit: entendre.
D'abord éloignés, ces sons qui viennent des plaines semblent se rapprocher. “
On court vers la rue Saint-Louis, et les vivat d’ébranler de «nouveau les airs en joyeuses acclamations.
M. de Callières entrait dans la ville à la tète de huit cents hommes du ‘‘ gouvernement de Montréal.” Craignant d’être surpris sur le fleuve par quelque vaisseau anglais, M. de Callières, avait, la nuit précédente, fait débarquer ses troupes à la Pointe-aux-Trembles ; et le reste du trajet s'était fait à pied.
—Quel dommage, s’il n’était rien resté pour nous ! disaient entre eux les gens de
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Mais, Dieu merci, les violons seuls ont | commencé à jouer; nous serons donc à ( | temps pour la danse ! bravo ! |