‹ Le tomahahk et l'épée [microforme]Chapitre 11 sur 23 · LE TROPHÉE · texte numérisé non relu

LE TROPHÉE

Lorsque MM. de Bienville et d’'Orsy abordèrent le quai de la reine, l'animation bruyante qui régnait dans la’ ville quand les deux amis l'avaient laissée pour la seconde fois, avait presque complétement cessé,

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D'après les ordres du gouverneur, toutes les troupes et les milices disponibles en ce moment, étaient échelonnées sur les remparts où les soldats, le mousquet au poing, devaient se tenir prèts à toute éventualité.

On se souvient que le major Provost avait, en l'absence du comte de Frontenac, disposé trois batteries de canons à la haute ville ; la première, composée de huit pièces, était placée, à l’endroit où l’on voit aujourd'hui le jardin du vieux château ; trois autres canons étaient montés auprès d’un moulin à vent sur le Mont-Carmel ; on avait enfin pointé quelques petites pièces au-

dessus de la rue Sault-au-Matelot, à l'endroit mème où l'on voit aujourd'hui la grande batterie.

Cette artillerie était servie par des canonniers de l'armée régulicre,

Les deux autres batteries, chacune de trois canons, que l'on avait établies à la basse ville, était confiées à deux compagnies dela marine commandées par Paul LeMoyne de Maricourt et par Jacques LeMoyne de Sainte-Hélène. Et certes, elles étaient entre bonnes mains, puisque MM. de Maricourt

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et de Sainte-Hélène passaient pour les meilleurs canonniers pointeurs de la colonie.

François LeMoyne de Bienville et Louis d'Orsy servant tous deux dans la compagnie commandée par M. de Maricourt, se trouvaient rendus à leur poste lorsqu'ils mirent le pied sur la levée où nous avons vu accoster leur canot.

Les pièces étaient déjà chargées, et l’on n’attendait plus pour faire feu que le premier coup de canon qui devait partir de la haute ville.

—Vous arrivez à temps, messieurs, dit alors le sieur de Maricourt à son frère et à Louis d’Orsy ; car je viens de parier avec le chevalier de Clermont * que j'abats le pavillon de l’amiral des trois premiers coups que je tire sur l’ennemi. Le chevalier prétend que le vaisseau de Phips se trouve hors de la portée d’une pièce de vingtquatre. Qu'en dis-tu Bienville ? | |

* Le chevalier de Clermont se tenait sur le quai comme spectateur et volontaire, la compagnie dont il était lieutenant n'étant pas encore arrivée de Montréal.

Celui-ci mesura du regard l'espace libre qu'il y avait entre la flotte et le quai, puis, se retournant vers son frère :

—Je soutiens ton pari contre le chevalier de Clermont.

—Vraiment, Bienville! fit celui-là.

—Oui, chevalier.

—Bien que l’habileté de notre commandant comme artilleur me soit connue, je ne crois pas qu’un boulet de vingt-quatre puisse atteindre sûrement le but que vous avez en vue.

—Vous pourriez bien vous tromper.

—Parbleu! je le souhaite, mais je tiens à mon opinion.

—Fort bien! chevalier. Mais moi jeparie toujours pour mon frère. Bien plus, la marée monte ; or je m'engage à aller chercher à la nage ce pavillon anglais qui flottera sur les eaux avant un quart d'heure.

—Ah! Bienville, si je ne savais pas que la forfanterie est aussi loin de votre cœur

libre que le courage en est proche, je croirais puis, cette offre-là fort peu hasardée. Qu'en doisje donc conclure?

palier —Ce que vous en devez conclure, mille bombes! s’écria Bienville piqué au vif, c’est que nous voulons montrer aux Anglais, mon frère et moi, quels sont les gens qu’ils viennent attaquer. Tiens-tu pour moi d'Orsy ?

ne —Certes! répondit celui-ci, le beau mo- ? te ment pour reculer !

quatre e VOUS —Pardonnez-moi, Bienville, reprit alors le chevalier de Clermont en tendant la main à son compagnon d'armes. Mordiable !

Æ votre projet de bain glacé me sourit assez, ti et je vous sérieusem tiens t je vous demande sérieusement la faveur d’être de la partie.

parie —Bien volontiers ! d'ailleurs la baignoire s, la est assez grande pour nous trois.

, | ét M. de Maricourt venait de pointer lui- N 1 « . .

sc mème sa dernière pièce, lorsqu'une forte nie détonation qui partait de la cime du cap. s que fit lever la tête aux artilleurs.

cœur

—Le signal ! s’écria Bienville.

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