‹ Le tomahahk et l'épée [microforme]Chapitre 21 sur 23 · LA MORT D'UN BRAVE · texte numérisé non relu

LA MORT D'UN BRAVE

La colonie fut assez tranquille pendant l'hiver qui suivit la levée du siége. Car la mésintelligence que l’on a vue originer au camp du lac Champlain entre les Anglais et les Iroquois, ainsi que la petite vérole qui continuait ses ravages parmi les derniers, empêchèrent l'ennemi de harceler la Nouvelle-France. De leur côté les Canadiens durent rester dans l’inaction jusqu’au printemps, vu que la diseite sévissait chez eux. Les exigences du siége avaient d’ailleurs tellement épuisé les magasins du rai, que l’Fntendant s'était vu contraint de disperser ses soldats par les campagnes où les

- habitants les plus à l’aise les hébergèrent

volontiers ; tant, à cette héroïque époque, les sacrifices semblaient peu de choses aux particuliers dès lors qu'il s'agissait de l'intérèt public.

François de Bienville était retourné à Montréal après le siége de Québec par lamiral Phips.

marne ent-memannmahienieees

ae tm ren raies :

(EP rh À a à ét em a, um de A rs

PER à ——

S'il souffrit de passer l'hiver sans guerroyer, ses vœux durent se trouver accomplis lorsqu’au mois de mai mille Iroquois se répandirent dans les environs de Montréal. Ces barbares s'étant livrés à leurs cruautés ordinaires sur les colons et les sauvages chrétiens, * on dut s’armer en guerre pour les-repousser ou du moins les ‘tenir en échec.

En apprenant que l’un des partis ennemis avait enlevé trente-cinq femmes et enfants de la bourgade iroquoise chrétienne de la Montagne, Bienville qui désirait commander pour être à même de se distinguer

davantage, poursuivit les raviseurs à la tête de deux cents froquois chrétiens. Ces derniers allaient écraser le parti ennemi qui ne comptait que soixante-guerriers, quand les Iroquois de la Montagne, reconnaissant des Agniers dans leurs ennemis,

* ‘ Le premier détachement des Iroquois se jeta ‘d'abord sur un quartier de l'Ile de Montréal qu'on ‘* appelle la Pointe-aux-Trembles, où il brûla euviron ‘‘ trente maisons ou granges et prit quelques habitants su: ‘‘ lesquels il exerça des cruautés inouïes. ‘’ Charlevoix, tome 11, p. 94.

gueraccomoquois Montleurs et les ner en ins les

nemis nfants de la nmannguer y à la s. Ces inemi rriers, reconemis,

se jeta l qu'on euviron ants su rlevoix,

jetèrent bas les armes et refusèrent de combattre. *

Dégoùté du commandement mais non point de la guerre, Bienville vint aussitôt se ranger sous les ordres de M. de Vaudreuil qui organisait un corps de cent hommes composé de soldats, de volontaires et de miliciens. Le chevalier de Crisasy et Bienville commandaient en second sous M. de Vaudreuil.

L’intention de celui-ci était d’arrèter les ravages de plusieurs partis d'Iroquois qui dévastaient le pays depuis Repentigny jusqu’au lac Saint-Pierre.

Pour se munir de ce qui faisait surtout défaut à Montréal, la petite troupe se rendit d’abord à Lachenaye où l’on chercha des vivres de maison en maison.

Dans l'après-midi du vingt-six juin 1691, M. de Vaudreuil ÿ fut rejoint par le capitaine de la Mine qui épiait, à la tête d’un

* Ce fut dès lors que l'on commença à soupçonner les Iroquois domiciliés d'être secrètement de connivence avec ceux de leur nation que le baptême n'avait pas encore faits nos alliés.

PTE

détachement, certain parti d'froquois lequel s'était logé à Repentigny dans une des maisons que la fuite des habitants du lieu avait laissées vacantes.

Les deux commandants tinrent conseil et décidèrent qu’aussitôt la nuit tombée, les deux corps réunis en un seul marcheraient sur Repentigny, pour y surprendre les Iroquois dans leur sommeil.

La nuit s'était couchée sur le hameau de Lachenaye, quand la troupe des volontaires canadiens laissant la place de l’église, défila devant le cimetière, silencieuse comme une fantastique procession de morts. Ordre avait été donné par M. de Vaudreuil que chacun eût à garder le plus stricte silence durant toute la marche.

Nos Canadiens parcoururent en moins d’une. heure et demie de marche les deux lieues qui séparent Lachenaye de Repentigny, et firent halte à quelques arpents de ce dernier village.

Ici le chevalier de Vaudreuil dit à Brasde-Fer, un coureur des bois qui était le guide de l'expédition :

—Vous allez suivre un des hommes de

s lequel ne des lu lieu

conseil ombée, archerendre

eau de ntaires », défila me une

Ord’e 1il que silence

moins s deux Repen- Jents de

à Brasétait le

mes de

M. de la Mine, qui connaît la position de cette maison où les Iroquois se sont retranchés. Quand vous l’aurez connue et constaté la présence de l’ennemi, vous viendrez nous rejoindre pour nous guider sûrement ; carles connaissancesque vous avez acquises comme coureur des bois me font vous donner plus de confiance qu’à cet hommelà.

—Bien ! mon commandant, fit Bras-de- Fer en se redressant sous le coup de cet éloge. Est-ce tout ?

—Oui, partez.

L'on vit aussitôt le coureur des bois disparaitre dans la nuit en marchant courbé sur le sol ; manœuvre que l’autre Canadien s’'empressa d’imiter.

Vingt minutes plus tard on les vit reparaitre.

—Eh bien ! demanda M. de Vaudreuil! à Pierre.

— Nous avons vu la cage, mon commandant, et si la porte en est ouverte, les oiseaux ne s’en sont pas plus envolés pour cela.

—Que veut-tu dire ?

—Une douzaine d’Iroquois, au moins, sont couchés devant la maison et dorment aussi tranquilement que le roi dans sonlit.

Je n'ai pu m'approcher assez d'eux, et la nuit.est trop profonde encore pour que j’en puisse dire le juste nombre.

—Ils ne se doutent donc point @e nctre

présence ? à —Pas le moins du monde. La chaleur, je suppose, est étouffante dans la maison, [PEU et ces messieurs se sont couchés sur l’herbe QE ER et au frais, où, sauf votre respect, ils | ronflent comme des bœufs. :

—Il va nous être facile alors de Îles cerner.

—Oui, mon commandant. Cependant, si vous permettiez à un vieux chasseur...

—Parle sans crainte.

—Eh bien ! je suis d'avis avec vous que nous les entourions de suite. Mais quant à les attaquer, je crois qu’il vaut mieux attendre le point du jour ; car il fait trop noir à présent pour qu'il ne nous en échappe pas quelques-uns.

moins, lorment s son lit.

x, et la que j'en

le nôtre

haleur, maison, l'herbe ect, ils

de Îles

endant, seur..…

Dus que s quant

mieux ait trop chappe

—Parfaitement vrai! Aussi suivrai-je ce

bon avis. Mais le jour paraitra-t-il bientôt ?

—Dans une heure, mon commandant, :

répondit Pierre après avoir consulté les étoiles et l'horizon.

—ÆEn marche alors. Et toi, Pierre, avant de nous servir de guide, passe par toute la ligne et dis à chacun de nos gens d'avancer sans bruit.

Au bout d’une demi-heure, cent vingt Canadiens investissaient la maison. Couchés qu'ils étaient parmi des broussailles, derrière quelques gros arbres et des clôtures qui avoisinaient l'habitation, personne n'aurait pu constater leur présence.

On n’entendait que les ronflements sonores des Iroquois qui dormaient sur l’herbe.

et, de la tête touffue des arbres, quelques cris d'oiseaux éveillés par un bruissement inusité, mais imperceptible à toutes autres oreilles qu'aux leurs.

Les malheureux dormeurs devaient voir en ce moment passer dans leurs rêves le hideux spectre de la mort, qui effleurait leur front de ses ailes de chauve-souris.

DD Gr de

Ii pouvait être trois heures quand l’aurore, comme un ruban lumineux, se déroula lentement à l’horizon. Peu à peu la cime des montagnes dont la base dormait encore dans la brume, se détacha sur le ciel, et le premier sourire du jour naissant descendit languissamment sur la vallée.

Le rayonnement des étoiles devint moins vif et finit par s’éteindre à mesure que la clarté refoulait les ténèbres.

La lumière en effleurant l’herbe humide, permit aux Canadiens d’entrevoir et de compter quinze Iroquois endormis devant la porte de la maison.

—Feu ! dit une voix tonnante.

Vingt mousquetades rasèrent le sol, ainsi que des couleuvres de flamme, et leurs détonations n'en faisant qu’une seule, éclatèrent comme un coup de foudre.

Dix Iroquois restèrent sans bouger sur place ; ils dormaient leur dernier sommeil.

Les cinq autres se levèrent effarés. Mais quelques balles sifflèrent de nouveau dans le taillis, et les survivants se recouchèrent

ind l’aueux, se eu à peu dormait a sur le naissant allée.

it moins e que la

humide, r et de s devant

ol, ainsi > leurs le, écla-

ger sur ommeil.

s.. Mais au dans chèrent

sans jeter une plainte. Ils avaient cru rêver, et la mort les tenait à leur tour.

Suivirent une horrible clameur et des coups de feu, qui partirent de la maison.

Les douze sauvages qui dormaient dans l'habitation venaient de s’y éveiller. En se voyant investis, ils jetaient leur cri de guerre et se défendaient.

S'ils étaient peu nombreux, ils avaient pourtant l’avantage de combattre à l’abri une masse d’ennemis où chacun de leurs coups portait.

On se fusilla de la sorte pendant un quart-d’heure, sans que les Canadiens pussent approcher de la maison, tant la fusillade des Iroquois était habile et bien nourrie. Plusieurs Canadiens étaient déjà tués et blessés, quand la porte de la maison s'ouvrit pour donner passage aux douze sauvages qui bondirent au dehors pour se frayer un chemin au travers de leurs ennemis.

Qu'on les cerne ! commanda M. de Vaudreuil.

Onze Iroquois épaulèrent leurs mous

quets, et les Canadiens qu’ils couchèrent en joue mordirent la poussière. Seul le chef des sauvages avait gardé son coup de feu et tenait les plus hardis en respect. C'était unguerrier de haute taille, chef bien connu de la tribu des Agniers.

—Dent-de Loup ! cria Bienville.

Les Iraquois voyant que ce serait folie de vouloir rompre cette muraille d'hommes qui arrêtait leur fuite, retraitèrent vers la maison, toujours protégés par le mousquet chargé de Dent-de-Loup. Celui-ci fascinait tellement les Canadiens qu’il ne 1m:

tirèrent pas un coup de feu. Il touchait déjà le seuil quand Bras-de-Fer courut sur lui en criant :

—Ah ! vermine ! tu ne m'échapperas pas !

Deni-de-Loup fit entendre un ricannement sinistre, et abaissa la mêche du serpentin sur le bassinet de son arme.

L’éclair jaillit, le projectile miaula, mais sans atteinde le coureur des bois qui s'était jeté à terre en voyant que l’froquois allait tirer.

ièrent en 1 le chef p de feu

C'était n connu

ait folie hommes nt vers le mousui-ci fasil ne lri ouchait irut sur

apperas

icannehe du e.

a, mais 1 s'était s allait

ñ a Celui-ci referma la porte que les assiégés barricadèrent aussitôt.

La maison n'avait qu'un étage et sept grandes ouvertures, dont six fenêtres et la porte. Deux des croisées donnaient sur la façade, deux autres en arrière, et une sur chacun des côtés.

Dent-de-Loup avait à peine disparu dans l'intérieur, que l’on vit un canon de mousquet s'appuyer sur le bord de chaque fenétre, sans que l’on aperçut pourtant celui qui tenait l’arme. Les deux autres sauvages s'étaient probablement chargés de la défense de la porte, puisqu'on ne les voyait point.

—AÀ l'assaut ! mes enfants, commanda M. de Vaudreuil.

Bienville fut un des premiers à s’élancer vers la porte qu'il attaqua rudement à l'aide d’une hache que venait de lui passer un des siens.

Peu faite pour résister à de pareilles secousses, la porte allait céder quand, par un soupirail qui s’ouvrait sur la cave, sortit la gueule d’un mousquet.

Ed

— 202 — ‘ . Ca Cette ouverture était à fleur du sol, et personne n’apercevait l'arme menaçante.

Celui qui aurait abaissé ses regards dans cette direction aurait vu pourtant la diabolique figure de Dent-de-Loup, éclairée dans l'ombre de la cave par la lueur d’une mèche dont il ravivait la: flamme d’un souffle empressé.

Son œil de tigre se coucha sur la crosse du mousquet dont l’amorce prit feu.

Bienville reçut toute la charge dans le côté droit et tomba.

—Massacre et sang ! ils l'ont tué...

s'écria Bras-de-Fer.

—Non, Pierre,.....je ne suis pas encore mort, dit Bienville qui se souleva péniblement sur le coude, sourit et laissa voir une affreuse blessure d'où le sang coulait à flots.

On entendit en ce moment un rire féroce qui semblait sortir de terre.

Dent-de-Loup était content.

Bras-de-Fer prit Bienville dans ses bras et l’emporta hors du champ de bataille.

A u sol, et açante.

irds dans la diaboirée dans ar d’une me d'un

la crosse UL.

» dans le ho. 2

s encore péniblevoir une oulait à

*e féroce

ses bras aille.

—Par la mordieu ! brülons-les! cria le chevalier de Vaudreuil. Allons ! mettez le feu à la maison, et que ces bandits y meurent comme des chiens !

Cependant Bras-de-Fer avait déposé Bienville en arrière d’un gros arbre qui protégeait le blessé contre les atteintes des balles ennemies.

Le soleil était encore sous l'horizon, mais il faisait déjà jour, et les reflets rosés de l'aurore venaient animer la figure de Bienville, qui, sans cela, aurait parue terriblement pâle.

—Ne pleure pas,.…..mon bon Pierre, disait le jeune homme à Bras-de Fer qui sanglottait en se rongeant les poings. ‘Je sens bien.....que je m'en vais..…...Que veux-tu ?.....c'est le sort d’un soldat...

Tu feras... mes adieux...à ma bonne

mère... à mes frères aussi...

On put entendre à cet instant, un chant étrange et sauvage qui semblait ébranler les pans de la maison en flamme.

L'Iroquois est brave ; il meurt en riant ! ” hurlait le chœur.

Une voix puissante, celle de Dent-de- Loup, continuait seule :

En ai-je couché des faces pâles sur le ‘ sentier de guerre ! Mon bras s’est lassé à ‘ les tuer et mon œil à les compter ! Je ‘ n’en sais plus le nombre ! Les scalps des ‘ blancs garnissent le ouigouam du chef ‘en si grand nombre, qu'ils arrêtaient la “ pluie qui en pénétraient la toiture dans ‘* les soirées d'orage.”

Et le chœur reprenait.

“ L’Iroquois est brave ; il meurt en chantant!”

Mélé aux craquements du bois que la flamme étreignait, ce chant de mort était terrible.

__ Le chevalier de Crisasy et M. de Vaudreuil s'approchèrent de Bienville.

Celui-ci qui avaitencore .a force de leur sourire, n’eut pourtant ras celle de leur tendre la main qu’il leur voulait présenter.

Ses deux amis ne pouvant cacher les larmes qui ruisselaient sur leurs joues :

—Ne me pleurez pas...….leurdit-il. Nous nous retrouverons......là-haut..…..Donnezmoi...ma croix d’or...là, sur ma poitrine.

Dent-de-

les sur le est lassé à apter ! Je scalps des du chef taient la ure dans

en chan-

s que la ort était

de Vau-

de leur de leur ‘ésenter.

‘her les )ULeS :

Page 1