ACTES
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et lui arracha son tomohahk. Alors tous les deux se saisirent à bras le corps et roul&.
rent sur le sol.
En ce moment les soldats et les Sauvages alliés, Hurons et Algonquins, arrivaient à la rescousse du commandant et se jetaient sur les assaillants, passant tous par-dessus Mornac et Griffe-d'Ours qui se déchiraient par terre avec leurs ongles et leurs dents.
Le Renard-Noir et Joncas voulurent secourir le chevalier, mais le flot des soldats les rejeta en avant, au milieu de
l'ardente môlée. de
Les [roquois qui avaient maintenant tous escaladé le fort, se trouvaient une quarantaine à l'intérieur des retranchements.
M. de Sorel, à la tète des siens, charge avec furie. Pendant quelques minutes le combat est terrible. Les coups de crosse répondent aux coups de tomohahk, fendent les crânes, fracassent les membres. Le sang pleut partout. Animés par son odeur âcre, les hommes deviennent féroces et hurlent comme des bêtes fauves qui s'entredévorent.
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Les Iroquois inférieurs en nombre, et qui avaient pensé prendre les Français par surprise n’ont ni l'habitude ni ia force de lutter longtemps en ligne rangée contre des soldats bien disciplinés.
Aussi leur faut-il bientôt battre en retraite et laisser, contre leur coutume, leurs blessés et leurs morts au pouvoir de l'ennemi. |
Ils sautent par-dessus le rempart et disparaissent au milieu du bois.
Griffe-d'Ours et Mornac en roulant alternativement l’un sur l’autre, n'avaient pu se saisir de leurs dagues et continuaient à s'entre-déchirer par terre à belles dents.
Griffe-d'Ours vit la défaite et la fuite des siens. Il fit un suprème effort, renversa sous lui le chevalier, lui saisit les deux poignets d'une main, et de l’autre lui prit les cheveux à. poignée et se mit à traîner Mornac reduit à l'impuissance, en, gagnant le rempart dans un endroit désert et opposé à celui où tous les combattants s'étaient postés.
Le Sauvage monta sur le parapet en soulevant Mornac pour l’entraîner en bas
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avec lui. Il enjambait déjà le rempart, lorsque le chevalier enroula ses jambes autour d’une pièce de bois qui gisait sur le parapet.
—Sandious ! grommela le Gascon, tu m'arracheras plutôt les bras du corps, mais du moins mes jambes resteront ici !
Griffe-d'Ours tira de toutes ses forces.
Mornac sentit les angles de la poutre lui entrer dans les chaïirs, mais ne bougea point.
—Tu mourras ici, si tu Le préfères, vociféra l’froquois, mais tu mourras !
Il tira son couteau, se pencha sur Mornac et leva son arme. Mais il n’eut pas le temps de frapper ; il se sentit saisi par derrière.
Gritfe-d'Ours lâcha Mornac et voulut sauter dans le fossé: Mais une main de fer le tenait à la gorge.
Il brandit son couteau et frappa, en se retournant, son adversaire à la poitrine.
Celui-ci chancela, mais tint bon. C'était le Renard-Noir.
Griffe-d'Ours allait lui porter un second coup, lorsque Mornac, Joncas et trois
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Hurons se jetèrent sur le chef agnier qu’ils renversèrent sur le parapet.
Pendant qu'ils s’efforcaient de le lier, Griffe-d'Ours accablait ses ennemis d’injures, et les mordait comme un dogue enragé. Enfin, on 5e rendit maître de lui et on le garrotta.
—Etes-vous blessé ? demanda Joncas à Mornac.
—Non, seulement quelques morsures de ce chien et bon nombre d’égratignures dont il ne paraîtra rien dans trois jours.
—Et vous, chef? dit le Canadien au Renard-Noir.
Celui-ci était appuyé sur la courtine. Il pressait de sa main le côté droit de sa poitrine, d’où l’on vit le sang couler.
—Le couteau de l’Iroquois.....répondit-il.
—Vite, le chirurgien! s'écriaMornac qui partit en courant.
Les nôtres restaient maitres du terrain.
—Qu'on fasse une décharge générale !
commanda AM. de Sorel.
Les soldats montèrent sur le parapet,
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épaulèrent leurs armes et firent feu de toutes parts. Cent éclairs entourèrent le sommet du fort comme une ceinture de feu. :
Les balles sifflèrent à travers les feuilles et parmi les branches des arbres, et l’on entendit les cris d’épouvante des fuyards qui s’enfonçaient au loin dans la forêt.
On ranima le feu pour se reconnaître et :
compter les pertes. |
Outre la sentinelle que l’on trouva poignardée, dans le bastion de l’ouest, deux soldats avaient élé tués. Dix autres étaient blessés, mais légèrement. Quinze [roquois étaient restés hors de combat au dedans du fort. |
Le reste de la nuit fut employé à panser les blessés et à se remettre des fatigues de la bataille.
Au jour M. de Sorel, qui s'était retiré sous l’appentis, fut réveillé par l'officier de service. Celui-ci venais: l’avertir que les Hurons et les Algonquins étaient en train de brûler
le chef iroquois.
Le commandant se leva à la hâte et'sortit.
Il aperçcut les Sauvages alliés groupés
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autour de Griffe-d'Ours, et occupés à le lier à un poteau qu'ils venaient de planter au milieu du fort.
M. de Sorel s'approcha d'eux et les supplia de laisser vivre le chef iroquois.
Les Sauvages gardèrent d’abord le silence et puis, sur le signal qu’endonna le Renard- Noir, qui était assis sur une poutre, ils se mirent à murmurer.
| Le commandant voulut insister et leur représenter combien leur coutume était barbare à l'égard de leurs prisonniers de guerre.
Le Renard-Noir se leva, bien qu'avec peine, s'avança vers M. de Sorel et.luf dit d'une voix creuse et tremblante :
—Le capitaine-blanc sait-il que cet homme —il montrait Griffe-d'Ours impassible—a massacré ma femme et six de mes fils ?
Ignores-tu que cet lroquois a tué de ses propres mains les robes noirs Echon et Achiendase ? * Ne sais-tu pas qu'il a causé la ruine entière de ma nation? Et moi-
* Les Pères Brébeuf et Lalemant,
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même qui combattais pour vous la nuit dernière, il m'a frappé d’un coup mortel.
Cet homme doit mourir !
—1l doit mourir ! répétèrent les Sauvages alliés d'un ton qui n’admettait pas de réplique.
Devant leur attitude décidée, M. de Sorel vit bien qu'il fallait céder. Il n'aurait pas été prudent de se brouiller avec ces Sauvages.
—Eh bien! s'écria-til, que son sang retombe sur vous ; mais comme ce fort est propriété du roi de France, et que mon maitre ne permet pas de pareilles atrocités chez lui, emmenez le prisonnier hors des retranchements !
Les Sauvages saisirent Griffe-d'Ours par les épaules et les pieds, et sortirent de l'enceinte.
Le Renard-Noir se leva pour les suivre :
mais ses forces le trahirent et il chancela.
Joncas qui était à côté de lui l’empêcha de tomber et lui dit:
—Pourquoi mon frère veut-il s'obstiner à rester debout ? Le chirurgien a dit que
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vous en reviendriez peut-être en gardant un repos absolu.
—L'homme aux petits couteaux ne sait pas ce qu’il dit. Je sens que je dois mourir avant que le soleil monte droit au-dessus des arbres. Et tu crois, visage pâle, que le chef huron voudra bien expirer couché sur le dos, comme une femme, tandis que son ennemi mortel palpitera sous le couteau de mes frères ! Ah! tu ne peux point lire dans le cœur d’un vrai Huron, si tu crois que le Renard-Noir n’aura pas la force d'aller voir le beau feu rouge manger les chairs et griller les os de la Main-Sanglante !
Joncas essaya doucement de le fauie asseoir ; mais le Huron lui dit d’ün air à fendre le cœur :
—Seul ami qui me reste au monde, est-ce donc toi qui va m'’arracher le bonheur suprème de repaitre mes yeux mourants de l’'agonie du meurtrier de ma famille !......
Le coureur des bois passa son bras derrière le dos du Sauvage, et, le soutenant ainsi, sortit du fort avec lui.
L’astre du jour se levait radieux et poudroyait à travers les arbres.
+ {li ! lebon soleil! murmura le Renard- Noir, et que le dernier de mes jours est beau !
[Il y avait, à quelques pas du fort, un tertre qui s'élevait de cinq ou six pieds audessus du niveau du sol. Cet endroit fut choisi pour le supplice.
Tandis qu’on plantait un poteau sur cette petite éminence, le Renard-Noir dit aux Hurons :
—Je désire scalper le prisonnier moimême. Ce sera la detnière chevelure que mes mains débiles enlèveront !
Bien qu'on eût murmuré contre lui, lors des désastres de la nation, le chef huron, vu sa bravoure et sa qualité de grand chef, jouissait encore d’une haute considération parmi les siens.
Ou lui fit place en le regardant avec curiosité. Car l'état de faiblesse où il semblait être ne paraissait pas devoir lui permettre de scalper la victime.
Le Renard-Noir parut faire un effort
suprème et se dégagea du bras de Joncas qui l'avait toujours soutenu. Il fit trois
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pas vers Griffe-d'Ours, étendu garrotté par terre, tira son couteau de la gaîne qui pendait à sa ceinture, se baissa, souleva péniblement l’Iroquois par sa touffe de cheveux, et, enfin, l’assit tout à fait. Puis il appuya de toute sa pesanteur son genoux gauche sur le dos de Griffe-d'Ours, lui cerna la peau du crâne d'un coup de la pointe de son couteau à scalper, saisit la chevelure à deux mains et tira violemment dessus.
Mais ses forces le trahirent et il s’affaissa à genoux auprès de sa victime. On vit le sang couler à travers les bandages qui couvraient la blessure du Huron.
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Joncas s’avança pour le relever et l’entrainer à l'écart. Le Renard-Noir lui jeta un regard de reproche ebse releva seul en chancelant.
Le Canadien le laissa faire.
Le Huron appuya son pied gauche sur l'épaule de Griffe-d'Ours, raidit tous ses muscles et donna un coup terrible sur la chevelure, qui lui resta dans les mains toute dégouttante de sang. .
Mais, épuisé par cet effort et manquant tout à coup de point d'appui, le chef huron tomba à la renverse.
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Joncas le reçut dans ses bras.
Griffe-d'Ours ne poussa pas une plainte.
On ne vit remuer aucun des muscles de son visage. Avec un mépris extrêrae, il regarda le Huron et lui dit :
—D'un seul coup de couteau j'ai tellement affaibli le bras du Huron qu’il ne lui reste pas plus Ge force qu’à celui d’une femme ! Quand je scalpai Fleur-d’Etoile et tes fils, je leur enlevai la chevelure du premier coup !
A ces horribles souvenirs le Renard-Noir sentit la rage brûler son cœur. Il fit un mouvement pour repousser Joncas et se jeter sur Griffe-d'Ours. Mais un éclair de réflexion le retints
—Non! murmura:til, je suis à bout de forces et mourrais avantiui. Mon frère, ditil à Joncas, assieds-moi sur cet arbre renversé, que je voie tout.
Le poteau était solidement pianté sur le pointculminant du tertre. On releva Griffed'Ours pour l’y attacher.
Alors on commença à torturer le chef iroquois. Les uns lui coupaient des lam-
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beaux de chair avec leurs couteaux ou lui désarticulaient les doigts ; d'autres lui appliquaient des tisons sur ses plaies sai gnantes. Celui-ci lui jetait des cendres chaudes dans les yeux ou lui ouvrait les mâchoires avec la lame d’un couteau pour lui faire entrer de force dans la bouche un charbon ardent. Ceux-là promenaient par tout son corps des flambeaux allumés.
Griffe-d'Ours, impassible au milieu des tortures, semblait désirer d’aiguillonner la rage de ses bourreaux.
—Allez donc. chiens! disait-il avec un
mépris écrasant, où avêz-vous appris à tourmenter un guerrier ? Vous n'y entendez rien! Oh! si vous m'aviez vu caresser vos parents, lorsque nous détruisimes vos bourgades sur les bords du grand lac!
Ces paroles redoublaient la frénésie des Hurons. Enfin, quand tout le corps du chef iroquois ne fut plus qu’une plaie vive, les Sauvages entassèrent du bois à ses pieds et mirent le feu au bûcher. Alors, on vit griller les chairs de Griffe-d'Ours et la graisse couler en grésillant sur ses membres ensanglantés.
A cette vue la figure du Renard-Noir brilla d’un éclair de bonheur. Et lui qui tantôt chancelait entre les bras de Joncas, dit avec ravissement :
—Cela me réchauffe !
Mais tout à coup le feu ayant monté | entre le poteau et la victime, brûla les liens qui l’y retenaient attachée. Griffe-d'Ours | tomba en plein au milieu des flammes.
| Un instant il y demeure affaissé. On le croit mourant. Mais soudain il se redresse, saisit dans chacune de ses mains meurtries deux brandons enflammés, s€ lève et les lance au milieu Ves spectateurs ébahis.
A peine revenus de leur étonnement, | ceux-ci lui jettent tous les projectiles qui | leur tombent sous la main. Pierres, haches, tisons pleuvent sur lui. Il leur répond de même et repousse les assaillants qui veulent escalader le tertre.
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| C’est une horrible lutte !
En se baissant il glisse et tombe de nouveau dans le feu. Chacun se précipite sur lui pour le maintenir dans le brasier. Mais l’'Iroquois se roule dans les flammes, se
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débarrasse de toute étreinte, bondit encore une fois sur ses pieds, et, armé de tisons enflammés, se jette tète baissée sur ses ennemis qui, épouvantés, fuient devant cet homme terrible.
En poursuivant la cohue, Griffe-d'Ours passa devant le Renard-Noir qui lui barra les jambes et le fit tomber. Les autres revinrent et se jetèrent sur le chef iroquois Le Renard-Noir riait d’un rire muet.
On maintint Griffe-d’Ours à terre, et. en quatre coups de hache, on lui coupa Îles
pieds et les mains, et on le rejeta dans Îles 1mmes.
Anéanti un instant par le terrible choc que lui avait causé cette quadruple amputation, l’Iroquois resta sans bouger au milieu Ga brasier.
Mais tout à coup, à horreur! on vit ce corps mutilé, déchiré, brûlé, s'agiter encore, se rouler sur lui-même et se soulever à demi sur ces tisons ardents, et là, montrant à nu son crâne sanglant, ses membres incrustés de cendres chaudes et de charbons ardents qui sifflaient au contact du sang, il setraina dans les flammes et cracha
sl
une dernière insulte à ses bourreaux interdits.
C'était épouvantable. *
Un coup de feu partit du fort. Une balle sifla au milieu des Sauvages et fracassa la tête de Griffe-d'Ours qui, cette fois, retomba sans vie. Surexcité par cette scène affreusement émouvante, le Renard-Noir s'était levé debout.
Quand le projectile fit éclater la tête du chef iroquois, le Huron s’écria d'une voix tonnante : |
—Fleur d'Etoiie et vous, à mes enfants, je puis maintenant vous rejoindre en paix dans le pays des ombres, car vous êtesenfin vengés !
Un flot de sang lui jaillit par la bouche, et il tomba mort.
* Cette scène qui doit paraître invraisemblable n'e*t pourtant que la reproduction d'un épisode analogue raconté par le père Jérôme Lalemant.
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