‹ Le tomahahk et l'épée [microforme]Chapitre 5 sur 23 · DRE · texte numérisé non relu

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Les gardes postées à la porte, et les sentinelles de trois des bastions, allaient cet venaient sur le parapet pour ne pas se laisser saisir par la fraicheur du soir.

Seule dans le terre-plein du bastion de l’ouest, la sentinelle s'était arrêtée. Les deux mains sur la gueule de son arquebuse, les reins appuyés contre le rempart, dans l'angle flanqué, c'est-à-dire dans la partie la plus saillante du bastion, le soldat rêvait en laissant errer ses regards sur la forêt assombrie. À quoi songeait-il ? A la patrie sans doute ; à sa mère, à sa fiancée peutôtre, qui, dans ce moment égrenaient probablement là-bas, à son intention, leur chapelet au coin du feu de la chaumière.

Comme son regard plongeait dans l’obscur fouillis des arbres, à cinquante pieds du fort, il lui sembla tout à coup voir comme une ondulation du sol, sur une étendue assez considérable de terrain. Ce mouvement uniforme et peu prononcé ressemblait à celui de la poitrine d’une personne qui dort. Le soldat se frotta les yeux pour mieux voir. Mais l'obscurité était si épaisse qu'il ne put distinguer autre chose.

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Même il lui sembla que ce mouvement ne se produisait plus.

Tandis qu'il se demandait s'il n'était pas le jouet de quelque illusion d'optique, il était toujours appuyé sur le rempart, et tournait le dos à l'angle de l'épaule du bastion ainsi qu'à la courtine du fort.

Pourtant si le soldat eût fait quelques pas dans le terre-plein vers la gorge du bastion, et qu'il se fût tant soit peu penché sur le rempart, à gauche, il eût vu, à l'extérieur du fort, un homme qui, s'accrochant dans les interstices des pièces de la charpente qu’on n'avait pas encore eu le temps de revêtir de planches unies, montait, montait doucement dans l’angle formé par la courtine et le flanc du bastion. Sa tète apparut par-dessus le rempart. Ses dents serrées mordaient la lame d'un long couteau à scalper. À mesure que ses pieds s'élevaient, l'homme courbaïit sa tûte et sa poitrine sur la partie supérieure du rempart qu'il enjamba doucement et sans être vu. Il se laissa glisser sans bruit jusqu'au parapet, et, silencieux comme une ombre, rampa vers la sentinelle.

Le soldat qui croyait voir main!'enant

l'ondulation du sol recommencer et s’accentuer davantage en se rapprochant, pensa qu’il valait mieux donner l’alarme. Il soufflait sur sa mèche allumée afin d’en raviver la flamme, quand cinq doigts de fer tenaillèrent la gorge. Puis il ressentit un coup violent à la poitrine et le froid horrible d’une lame d’acier qui lui perçait le cœur. Sans pousser un seul cri, le malheureux tomba mort.

L’assassin lui ôta son mousquet et s’appuya, comme l'était auparavant la sentinelle, dans l'angle le plus avancé du bastion.

T1 regarda, prêta l'oreille. Personne ne bougeait dans le fort. Les sentinelles ne se doutaient de rien.

Il se pencha quelque peu par-dessus le rempart et imita deux fois les stridulations de la sauterelle.

Vingt, trente, quarante hommes lui apparurent au pied du bastion que les premiers arrivés se mirent à escalader sans le moindre bruit.

Une dizaine de tète surmontées de la houppe particulière aux Sauvages, se montraient déjà à l’aMlecrement du rempart,

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lorsque l'un de ceux qui montaient ainsi, en mettant la main dans l’un des interstices des poutres de l’escarpe, fit choir une tarrière qu'un ouvrier y avait oubliée.

L'instrument tomba la pointe la première en plein sur la tête de l’un des assiégeants qui attendaient en bas.

Celui-ci jela un: cri et s’affaissa sur le sol.

La sentinelle qui montait la garde sur le bastion d'en face entendit ce bruit, épaula son arme et tira.

Avec la détonation un hurlement épouvantable ébranla la forêt.

C'était le cri de guerre de Gritte-d'Ours.

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Mornac, l’un des premiers à s’éveiller, reconnut ce redoutable signal de combat du grand chef des Agniers.

—Aux armes ! aux armes ! criait-on de ioutes parts.

Il y eut un brouhaha imdescriptible et la mêlée commença.

Les dix Iroquois qui avaient déjà escaladé le fort s'étaient rnés en avant le tomohahk au poing.

M. de Sorel et les ofliciers couchaient

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sous un appentis élevé au milieu du fort et tout près du feu. Comme ils s’élançaient tous au dehors, les Sauvages tombèrent, la hache levée, sur eux.

Le petit groupe d'officiers rompit de trois pas pour éviter la première attaque.

—AÀ moi, Carignan! cria M. de Sorel d’une voix de tonnerre.

Et sans attendre davantage, il chargea, avec les quelques afficiers de la compagnie, les assaillants qui, surpris de cette brusque résistance, reculèrent de quelques pas à leur tour.

Les coups portaient mal au milieu des ténèbres.

—Nous allons nous massacrer les uns les autres, si ce feu n’est pas rallumé ! s’écria M. de Sorel entre deux estocades portées à un Sauvage qui le serrait de trop pres.

—Je m'en charge, dit Mornac. !l prit son élan pour bondir auprès du feu.

—Attendez-nous, monsieur! cria en arrière la grosse voix de Joncas, et laissvzmoi faire !

Le Canadien et son fidèle ami, le Renard-

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Noir, vinrent se placer de chaque côté du chevalier. Tous trois, tête baissée, s’élancèrent au milieu des assaillants qui s’interposaient entre eux et le feu. Leur élan fut irrésistible et ils firent leur trouée.

Pendant que Mornac et le Renard-Noir faisaient face aux ennemis, Joncas remua du pied les tisons encore ardents qui restaient, saisit un sapin sec qui se trouvait sur un amas°de bois à brüler et le jeta sur le brasier.

Les [roquois comprirent que le feu qui

allait éclairer le combat leur serait désa-

vantageux, et tombèrent ensemble sur les trois braves.

Le sapin s’embrasa tout d’un coup en jetant une éclatante lumière.

Griffe-d'Ours reconnut Mornac, poussa un cri de rage et brandit son tomohahk.

Le Gascon fit un saut de côté en portant un estocade en prime au chef iroquois.

Mais celui-ci, d’un coup de revers de sa hache, cassa l’épée à quelques pouces de la garde.

Mornac désarmé s’élanca sur le Sauvage

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