CHAPITRE VI
RÉFUTATION DES OBJECTIONS FAITES A L’IDENTIEICATION DU TOMBEAU AVEC CELUI D'OS IBIS EN ABYDOS
Le 15 avril 1898, j'eus l’honueur d annoncer oi'ticiellement à V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres la déeouveiie l'aile cette année du lomI:)eau d’Osiris au cours de mes fouilles d'Abydos. iNla communication l'ut écoutée avec une grande attenlion de la part de tous les membres de l’Académie présents à la séance et, M. Maspero ayant annoncé l’intention de présenter quelques observations sur cette communication, M. le président voulut bien m’inviter à revenir le vendredi suivant pour entendre les observations de M. Maspero et les discuter s’il y avait lieu. Le vendredi 22 avril, je me trouvai au rendez-vous et, ((uand la séance fut ouverte aux communicalions des savants étranofers à l’Académie — il était exactement 4 heures — M. Maspero prit la parole et la garda pendant 55 minutes. Il me restait cim| minutes pour répondre à un très grand nombre d’argunients, la pluj>art en dehors du sujet, un petit nombre visant directement la (piestion dont il s'agissait. Mais la séance fut prolongée extraordinairement pendant un (piarl d’heure et M. le président Lenignon, voyani que j’avais de nouvelles raisons à apporter contre mon ll•cs savant adversaire, voulut bien encore m'invitei' à revenir à la séaiu'e suivante, le 29 avril, pour donner au débat toute l'ampleur qu’il mérilail. Ce Cul donc dans la séance du 29 avril <pie se termina une discussion <[ui n’avail [>as fait avam'.er la «piestion d’un pas, puiscpie les deux advei-saires aux piises maintenaimit fermement les idées «pi’ils
LE TOMBEAU h'OSIRIS
avaient émises. D’ailleurs la discussion étant nécessairement devenue pliilologique cl M. Maspero m’ayant entraîné sur ce terrain, l’Académie n’était [)eul-6tre pas l’auditoire désigné pour enlendre le débat. Toutefois, une chose a dù paraître clairement à tous les yeux, c’est la parfaite bonne foi que j’ap[)ortais dansle débat. M, lesecrétaireperpéluel a bien voulu jniblier ma communication dans le Compte rendu (\eîi séances de l’Académie, et M. Maspero a fait suivre ma communication d’un abrégé de ses observations, ,1e dois dire ici (|ue l'abrégé ne reflétait cpie de fort loin les idées (jue l'boiiorable ac'adémicien avait émisesà laséance du 22 avril, et auxquelles j’avais répondu ce même jour et dans la séance du 29; j’ai été à même de faiia^ suivi'e l’abrégé de M. Maspero d’un aufiai abrégé de ma réponse, j’ai préféré reprendre ici celte réponse et la donner dans toute son ampleur. Il ne m'en reste' jias moins b; devoir de remercier [)u])liqucment l’Académie des Inscriplions et Belles-Lettres d’avoir bien voulu m’écouler pendant trois séances consécutives et en particulier les membres du bureau île l’Aeadémie de la parfaite bonne grâce avec laepielle ils m'ont accorde' te)ul le temps nécessaire à ma réponse.
.le reproduis ici le résumé eles e)bse'rvalie)ns tel epie M. iMaspero l’a publié dans le Compte, rendu des sénnees de V Académie , afin epie l'auteur ne puisse m’accuser cette fois el’avoir elénaturé sa pensée ou simplement ele lui avoir fait perdre ele sa valeui' en la ti'aeluisant élans un style epii n égale pas le sien. Ve)iei elonc le résumé :
<e M. Amélineau a elécouverl un lond)eau ou une ebapelb' funéraire eTOsiris, et la découverte est eles plus importantes; mais j’estime epi’il aurait elù s'en tenii' au fait même tel epi'il se présentait, et ne pas y je)ineli'e* une tbée)i'ie évbémériste eles mieux caractérisées. .Je ne puis creei re avee' lui epi’Osiris a été un roi réel, epie .Sel et florus ont été eles bommes e'omme Osii'is, ayant régné eommee lui réelb'inenl, et epie nous avons b's tombeaux ou leurs cadavi'cs autbentiepies emt été eléposés, jniis aelorés lorscpie ces |)crse)nnages elevinrenl elieux élans un âge peisiérie'ur.
« Le peu epie M. Amedineau nous a élit lui-même' ele l’apiiareiu'e' montre epie le inonunieni a|)|)arlienl, par la ceinsl riie'lion et par la dispeisilion,
LE TOMItEAU D’OSllUS
aux mémos temps que les tombeaux environnants. Or ceux-ci ne nous ont rendu jusqu’à présent cpie des noms de rois ayant appartenu aux trois premières dynasties manélhoniennes : le plus ancien est un Manou, qui est un Menés répondant peut-être au ^lénès légendaire; le plus moderne paraît être ce roi llor-Set Khàsokhmoui, en qui M. Amélineau veut reconnaître les deux dieux Ilorus et Set, et que la façon dont il est associé à la reine Hapounimâït nous engage à ranger parmi les derniers souverains de la IIP dynastie. La construction du monument consacré aujourd’hui à Osiris doit donc vraisemblablement se placer entre ces deux termes : commencement de la première, lin de la IIP dynastie, et comme les édifices les plus rapprochés sont ceux des rois Pirsenou et Danon de la IIP dynastie, il y a des chances pour que le tombeau puisse être classé plutôt dans la IIP ou dans la IP que dans la l'“ dynastie. Je suis porté, pour ma part, à penser que c’était un sépulcre royal qui fut transformé plus tard en sépulcre divin. Peut-être le roi qui roccupait portait-il un nom ([ui prêtait au rapprochement avec celui d’Osiris : l’Oiiénépliès, Ouénéplirès delà P'’ dynastie, dont le nom est une transcription fort exacte de celui d'Ouonnofriou, Ouonnofiri, attribué à Osiris-roi, ])ourrait entrer en ligne de compte. Sans insister sur cette conjecture, on agira prudemment si l’on admet que le tombeau d’Osiris des dynasties thébaines a pu être à l’origine le tombeau d’un souverain des dynasties tbinites.
« Le lit qu’il contient et qui représente Osiris mort est-il ancien ? Tous ceux qui ont pu en juger directement, sauf M. Amélineau, pensent qu’il n’est pas antérieur à la XVni° dynastie. Après avoir vu les photograplu’es, je me suis demandé s’il n’y avait pas lieu d’en reculer la date jus- ((u’au Moyen Empire; c’est la toutefois une (jueslion (]ui ne devra être Irancbée qu’a|)rès une étude attentive de l’original. La forme du protocole l'oyal gravé sur l’olijet cm pêche (pi’on puisse le reculer au delà de celte date. L’important maintenant, (-’est de livrer l’ensemble de la trouvailh' au pidjlic le plutôt (pi’il sera possible. La science ne gagne rien aux retai'ds apportés dans la publication des monuments, et les savants (|uionl fait une découvei'lc y gagnent rarement (|U(d([ue chose. Une