I.r, TOMliKAlI t)’(tsir,is
mièrepage des manuscrils coptes, des grecques, des oiseaux invi'aisemblables, d’une exécution naïve, comme ceux que les enluminures de certains manuscrits de même origine contiennent dans les marges, au haut et au i)as des pages : c’est le même style, la même facture, la même naïveté dans l’exécution et dans le rendu. (Quelques-uns de ces dessins ont été trouvés dans la couche supérieure des décombres, mais d’autres au contraire ont été rencontrés au fond des tombeaux, notamment du toml)eau d’Osiris. En particulier au fond de la chambre I a été trouvé sur un fragment de vase cylindri(|ue en albâtre une tête dessinée au charbon que tout [)orte à croire être une tête de Christ; de même, au fond d’un tombeau boialant celui d’Osiris un vase cylindrique, le plus grand (|ue j’aie jamais vu et trouvé, portait écrit à l’extérieur les deux lettres coptes Enfin, prcs(pie à la fin des fouilles de la grande colline, je trouvai un fragment de poterie contenant des noms propres tous jiortés jiar des moines célèbres; Schenoudi, Paul, Victor, Démétrius : UJeitoD-Tc, llevT'Aoc, BoKTtop, AiAuipioT, etc. Que souhaiter de plusPLes spoliateurs ont été tellement consciencieux dans leur œuvre, ipi’ils n’ont pas su résister à celte manie si profondément humaine, (|ui consiste à écrire son nom dans un lieu oïi l’on a passé ; le scribe (|ui écrivit ces noms ne se contenta pas du sien et écrivit aussi ceux de ses compagnons, persuadé qu'ils arriveraient à la postérité, et sur ce point il ne s’est pas trompé, mais il a été dans une profonde erreur s’il a cru ([ue la postérité admirerait l’œuvre dont il souhaitait de faire savoir (pi’il avait été l’un des auteurs. De ce côté donc, il n’y a aucun doute possible : la nécropole d’Om el-Ga’ab a bien été spoliée par les Coptes ou les moines de Moyse et. comme l’effort des spoliateurs s’est borné à cette partie de la nécropole abydenienne, il n’y a pas à chercher ailleurs le site que spoliôi’ent les moines de Moyse. Par conséquent, la première condition dans la- (pielle devait être la tombe d’Osiris (pie j’ai trouvée dans cette partie de la nécropole était le pillage de la tomlie elle-même et des tombes avoisinantes, supposé tout d’abord cpi’il y en eût. Le lecteui- sait dès maintenant que malheureusement pour moi cette condition a été amplement réalisée.
LE TOMHEAU IVOSIRIS
Mais celte première condition n’était qu’une condition extérieure, si je puis m’exprimer de la sorte, et par l’époque à laquelle elle est entrée en ligne de compte et par son origine; il y en avait d’autres plus importantes sur lesquelles je dois maintenant attirer l’attention du lecteur.
La mention du tombeau d’Osiris en Abydos est fréquente dans les textes égyptiens qui y font des allusions plus ou moins étendues. L’une des allusions consiste à nommer ce tombeau par l’une de ses parties, lacpielle avait paru tellement merveilleuse aux contemporains que, longtemps après, alors que l’emploi de cette construction fut devenu ordinaire dans la civilisation égyptienne, on continua d’employer cette désignation d’une manière courante pour parler du tombeau d’Osiris : on l'appelait Yescalier du Dieu Grand. La métaphore comportait nécessairement l’existence de l’escalier, car, si cet escalier n’eùt pas existé, la métaphore ne se serait pas comprise. Donc la première condition à l’identification d’un tombeau avec celui d’Osiris était que ce tombeau eût un escalier. Mais la présence de cet escalier ne suffisait pas à elle seule pour prouver que la tombe était celle d’Osiris, car j’en ai rencontré d’autres qui avaient également un escalier : par exemple le tombeau de Den, que j’avais exi)loré au cours de ma première campagne de fouilles avait un escalier, et aussi un autre dont je ne sais pas quel était l’occupant, car il ne contenait pas le nom de son possesseur. L’escalier qui se trouvait dans le tombeau de Den était extérieur à la tombe et à deux paliers; celui de l’autre tombe était double, je veux dire parla qu'il y en avait deux, l’un à l’est, l’autre à l’ouest. Mais, outre que les deux escaliers de cette dernière tombe étaient de petites dimensions puis- (pi’ils ne comprenaient chacun que six ou huit marches, ce tombeau était loin d’être grand ; il indiquait ainsi qu’il était de peu d’importance, car j’avais observé ([ ne les tombes vraiment importantes étaient d’une surface considérable et avaient des murs extérieurs d’une forte épaisseur: les tombeaux des quatre pharaons (|ue j’avais trouvés au cours de ma première campagne réj)ondaient à ces conditions, et Osiris qui avait été de même un pharaon, c’est-à-dire le maître de l’Egypte à un moment dot\né, un roi dont le souvenir avait été ladigieusemenl conservé, ne
LE TOMBEAU D'OSIBIS
[)oiivait selon toute ap|)arence avoir été moins bien partagé que ses suceesseurs immédiats, tout en tenant compte des progrès de la civilisation et de l’architecture. II fallait donc ajouter, à la première condition de l’escalier, la présence d'une habitation considérable pour l’époque, avant des murs extérieurs d’une é])aisseur plus (ju’ordinaire. Cependant il faut dire ([ue la présence de ces deux dernières particularités n’était pas d’une nécessité absolue. .le dois prévenir le lecteur (ju’elles se sont trouvées toutes deux réalisées.
A ces j)remières conditions s’en ajoutait une autre; il ne fallait pas rencontrer dans ce tombeau le squelette entier d’Osii is, mais seulement la tête. La légende grecque à nous (mnservée par le faux-Plutar(|ue i-aconte en effet qu’Isis, ayant retrouvé à Hyblos la caisse dans laquelle Osiris avait été étouffé par son frère Set, l’avait apportée dans le Delta. Elle se reposait un soir, lorsque Set chassant au clair de lune l’aperçut, lui enleva la précieuse caisse et, afin qu’elle ne pût jamais plus reconstituer le cadavre entier, il le prit, le découpa en quatorze morceaux qu’il jeta dans différents lieux de l’Egypte afin d’en rendre la découverte plus difficile. Isis, que ce nouveau malheur n’abattit point, se mit à la recherche du cadavre coupé en morceaux de son mari : elle en retrouva sans peine tons les fragments et sur chaque fragment (|u’elle rencontrait elle bâtissait un tombeau*. Elle retrouva la tête à Abydos et construisit pour elle le sépulcre célèbre de cette ville. Et non seulement la légende grecque raconte ces faits, mais les textes d’origine purement égyptienne racontent également ces particularités ou y font des allusions dans lesquelles on reconnaît facilement certaines parties de la légende que nous a transmis(‘ l’auteur grec. fiCS murailles de certains temples ptolémaïques sont couvei tes de scènes et de récits se rapportant au mythe d'Osiris : il me suffira de citer ici le temple de Dendérah, celui d’Edfou et celui de Philée. M. Victor Loret a traduit dans le Recueil de moutinie/its relatifs a f archéologie et à la. philologie égypt ien nés etassyrienacs-
(1) De Iside et O.siride, ùd. l’ariliey, p. .'!0.
(2) Recueil de monuments relatifs a rurchéologie et à lu philologie égyptiennes et assyriennes, tomes lit, IV et V.
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une partie des textes ayant trait aux l’êtes célébrées en Égypte en souvenir de la passion d’Osiris ; dans ces textes empruntés au temple de Dendérah, mais qui se retrouvent ailleurs, le chef d’Osiris est dit avoir été enterré à Abydos' et l’on note soigneusement les différents rites spéciaux à cette ville à l’occasion de la relique célèbre que renfermait sa nécropole.
S’il faut en croire la manière dont on explique habituellement certains des bas-reliefs qui ornent le temple de Séti P’’ à Abydos*, le chef d’Osiris aurait été placé dans une sorte de reposoir ou de châsse, ayant la forme d’un arbre ébrancbé, revêtu dans sa partie supérieure d’étoffes ayant quelque ressemblance avec celles dont on voile actuellement le tabernacle dans les églises catholiques. D’autre part, j’ai rencontré pendant la première année de fouilles en explorant la tombe du grand prêtre d’Anhour, Mesmîn, lequel vivait à l’époque de Ramsès II, la représentation de la châsse d’Osiris, celle même où l’on conservait la tête \ 11 n’y a pas grande différence entre les deux représentations. Par conséquent, si je découvrais le tombeau d’Osiris, je pouvais m’attendre à rencontrer à la fois le chef d’Osiris et la châsse dans laquelle ce chef était conservé. Le lecteur verra plus loin si j’ai réellement rencontré l’un ou l’autre de ces deux objets. Dès à présent je dois faire une réflexion qui montrera si je pouvais m’attendre à retrouver la tête et la châsse d’Osiris ; le tombeau, tel que je l’ai mis au jour avant de le recombler, avait été non seulement indignement spolié, saccagé, pillé, mais encore incendié de la manière la plus brutale. On avait allumé des incendies partiels à peu près dans chaque chambre de la tombe et un plus grand dans la cour centrale sur trois côtés de laquelle on avait construit des chambres pour contenir les approvisionnements. Ce serait donc trop demander en présence de circonstances aussi défavorables
(1) Recueil de monuments relatifs it l'archéologie et à la philologie égyptiennes et assyriennes, lome III.
(2) Cette exjjlicatiou est jjurement orale cl je l'ai entendue à l’Ecole des Hautes-Etudes.
(3) Les textes qui acconijjagnenl ces représentations sont publiés dans le compte rendu in extenso que je lais paraître sui- la première année de mes ti'avaux.
LE TOMBEAU l> OSIRIS
que d’exiger la trouvaille du chef et de la châsse d'(')siris, car on doit regarder comme tort pi'obable que la châsse en bois aura été une victime, pendant (pi’elle aura l'ourni en partie l’aliment de l’incendie et il ne serait pas étonnant non plus que le chef sacré eût disparu. Je le répète encore, le lecteur trouvera plus loin les renseignements à ce sujet.
Une autre condition est encore nécessaire à remplir jmur pouvoir identifier avec quelque vraisemblance un tombeau avec celui d’Osiris : il faut rencontrer autour de la tombe du dieu d’autres tombeaux encore assez nombreux. L’auteur du traité De Iside et Osiride affirme en etfet (pie tous les grands seigneurs de l’Egypte tenaient à grand honneur de se faire enterrer près du tombeau d'Osiris et ipie leurs héritiers y faisaient transporter leurs restes après la mort*. Ce renseignement dans sa généralité ne peut pas être tenu pour sérieux, car alors la nécropole d’Abydos aurait dù avoir d’autres dimensions qu’elle n’a et l’on n’aurait pas: retrouvé d’autres tombeaux de |)ersonnages importants dans les autres nécropoles de l’Egypte ; d’ailleurs Mariette a déjà fait observer dans l'un de ses ouvrages sur Abydos (pie l’on ne rencontrait dans la nécropole abydénienne que des tombeaux de gens originaires d’Abydos ou y ayant vécu L II faut donc nécessairement prendre le témoignage de l’auteur égypto-grec dans un sens beaucoup plus restreint. Or, il existe en Egypte une coutume pres([ue générale surtout jiour les plus hautes époipies de l’histoire égyptienne, consistant à enterrer près du tombeau d’un phai'aon ([uelconque les hauts personnages de sa cour et tous ceu.x de sa tamille (pii ne s’élevaient pas au tn'me : je n’ai pas besoin de citer ici des exemples qui sont connus de tout le monde. Or, Osiris ayant été, d’après les légendes grecque et égyptienne et d’après les listes de dynasties ante-historiques, un roi (pii régna jadis sur l’Egyiile avant de devenir le juge suprême des morts dans le royaume d’outre tombe, il n’est pas étonnant (pi’oii ait fait pour lui ce qui se faisait sans doute avant lui (>l (pi on ait réuni près de la tombe principale desqua-
(1) De Jside et Osiride, éd. Piu-llu-y, j). B'i.
(2) Miiriette, Catalogue général des monuments ici ueillis pendant les fouilles d Ahydos.
f>. vt.
torze tombes qui contenaient chacune une partie de ses ossements, certains grands personnages qui lui aient tenu de près pendant la vie, soit ses parents, soit ceux qui avaient embrassé son parti avant d’embrasser celui de son fils, Horus. Le fait que non loin de son tombeau j’ai trouvé également le tombeau dans lequel on avait réuni Set et ïlorus^ les deux grands adversaires d’une guerre civile qui, dit-on, se perpétua pendant quarante années, prouverait à lui seul qu’on a pu agir de la sorte. Mais je crois qu’il y a eu autre chose, que l’horreur soulevée dans l’Égypte de ce temps-là par la vengeance criminelle de Set et la sympathie qui fut le privilège de celui qu’on appelait communément le Dieu Bon purent inciter certains grands personnages de cette lointaine époque à se faire enterrer près du tombeau d’Osiris, ce qui sera par la suite devenu un souhait légendaire en Egypte où l’on souhaitait une bonne sépulture près de l’escalier du Dieu Grand comme un suprême honneur qu’il était difficile même d’ambitionner, absolument comme les auteurs égyptiens disaient qu’on n’avait jamais rien vu de pareil depuis le temps du dieu Râ. De là vient sans doute la confusion faite par l’auteur gréco-égyptien qui a pris pour la réalité ce qui n’était qu’une optation poétique dans le langage courant. Quoi qu’il en soit, cette dernière condition a été réalisée, puisque sous la grande butte de décombres qui recouvrait le tombeau d’üsiris, il y avait environ 160 tombes et que, si l’on compte les autres tombeaux épars sur les plateaux oriental et occidental, plus les autres tombeaux situés au nord et au sud il y en avait de 350 à 400, Et j e prie le lecteur d’observer ici qu’il ne s’agit pas de la nécropole entière d’Abydos, car il y avait dans cette ville des morts beaucoup plus lie tombeaux, ce que tout le monde comprendra facilement, mais sim- |)lement de la nécropole parfaitement localisée d’Om el-Ga’al). Si l’on i-estreint donc aux générations contemporaines et immédiatement postérieures à Osiris le renseignement que nous a fourni l’auteur grécoégyplien il est parfaitement exact. Dire dès à présent ijuels ont (‘lé les personnages ayant joui de cet excès d’honneur, c’est ce dont je ne me cliarge [las, car si l’on a les noms de quelques-uns de ces personnages, le plus grand nombre des tomlieaux avoisinant la tombe d’Osiris est anonyme.