‹ Le Tombeau de Charles BaudelaireChapitre 41 sur 44 · ICONOGRAPHIE DE CHARLES BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE DE CHARLES BAUDELAIRE

« ...Le portrait peint par Deroy — mort à l'hôpital trois ans après — fut exécuté en quatre séances, à la lampe, à l'hôtel Pimodan, où on se rendait après avoir dîné chez le père Cousinet, au restaurant alors fameux de la Tour d'Argent. L'excellent Cousinet était mieux que notre restaurateur, souvent notre banquier... Assistants ou de passage à ces séances : l'inséparable de Deroy, Fauré, comme lui nourri de la moelle de Delacroix, Arondet, locataire du î" étage, Banville, Songeon (mort président du Conseil municipal et sénateur, dans le fauteuil de Hugo.)

[Lettre de Nadar à Léon Deschamps)

X. — Portrait peint par Courbet, 1S48. (Asselioeau p. 54) gravé par Bracquemond.

Le poète est représenté assis, lisant un gros bouquin, la pipe a la bouche. La chevelure dessine bien les pointes du casque sarrasin dont parle Théophile Gautier dan- sa notice, si souvent citée. La gravure signifiante — une simple vignette.

Etude avant dû servir pour le tableau intitulé : l'atelier de Courbet.

Cette étude est aujourd'hui au Musée Fabre (ex Bruyas) à Montpellier.

(Note Ourousof complétée par Bracquemond).

D'autre part, le poète Paul Redonnel nous donne la ivante sur le Baudelaire de Montpellier:

« Baudelaire est vu de profil, du cote droit. Il c-i des coussins rouges et il tient de la main gauche un livre, rouge sur tranches, qu 'il appuie sur une table de chêne, très simple de goût

Sur cette table divers objets : un petit encrier en verre, .le forme cubique régulière, d'où s'érige une plume d'oie : un regi-tre vert et des carnets. Le poète fume une pipe, bien culottée, du fourneau de laquelle s'échappe de la fumée.

Il est dans la fleur de la jeunesse. Sa lèvre est mince et finement mordante, son nez caractéristique n esl point pour démentir l'expression de sa lèvre et |i malice de son regard.

Les cheveux sont coupés ras et des reflets de lumière blanche y jouent.

Baudelaire e-t vêtu de son costume marron qu'il tionnait. 11 est cravate d'une superbe et large oie d'un jaune d'or éclatant, sur laquelle -.■ 1al1.it le col de la chemise qui est bleue. Courbet a fait ce portrait à l'époque où la première édition des Fleurs du Mal passait de mains en mains dans le quartier Latin. La peinture est du reste 1res sobre de • i'i. ois et en ce moment-là était beaucoup prisée de Baudelaire qui, depuis.... détesta « Courbet et son œuvre. »

M. Bracquemond non- a dit ivoil gravé le portrait oie dans le livre d'Asselineau, d'après une copie par I.egros du tableau de Courbet conforme, d'ailleurs, à la description qu'en donne M. Paul Redonnel.

XI. — Portrait peint et gravé par Manet en 1862. (Asselineau. p. 78).

En profil, coiffé d'un haut-de-forme ; imberbe, cheveux longs.

Ce portrait est un croquis au trait, sans ombre, sans relief. Simple renseignement documentaire mais charmant. C'est le calque du portrait peint par Manet dans son tableau : La Musique aux Tuileries. Dans ce tableau Baudelaire parle avec Th. Gautier.

(Sote Ourousof complétée par Bracquemond).

XII. — Portrait peint et gravé par Edouard Manet en 1865 (Asselineau, page 98). Celui-là est très beau, d'une magnifique facture. Le visage glabre, aux longs che\eux. e-t violemment éclaire du côté droit et s'enlève sur un fond noir. La chevelure est soignée, la toilette, correcte et sobre ; l'aspect est celui d'un poète docte et d'un visionnaire savant. Peut-être ces yeux aux pupilles noires et comme dilatées recèlent-ils la vague inquiétude de la deene, l'horreur du coup de sonnette qui annonce le créancier ou l'homme au papier timbre.

(Note Ourousof).

XIII. — Portrait dessiné par Charles Baudelaire en 1S48, gravé par Bracquemond (Asselineau Charles Baudelaire p. 28). En trois-quart, les joues rasées, les cheveux tondus ras, mince moustache et mouche au menton. La pupille de l'œil est très noire, l'aspect est déjà celui que les Goncourt noteront plus tard : la tête du condamné à mort. Il y a dans cette physionomie comme un reflet de l'ivresse révolutionnaire de 1848, ivresse, que le poète partage, 1 s'inféoder à aucun parti, -s Le poète, a-t-il écrit dans Mon Cœur mis à nu, n'est d'au -un parti, autrement il serait un homme comme les autre-

Le dessin n'est qu'un croquis mais qui dénote une certaine habileté, comme tous ceux, fort nombreux, du reste, que le poète a laissés.

(Xote Ourousif, revue par le graveur Bracquemond).

XIV. — Suite de portraits dessinés par Ch. Baudelaire. (Voir au frontispice de ce volume une page en fac-similé, inédite, que nous devons à l'extrême amabilité de Nadar, ami intime du poète.)

XV. — Portrait dessiné par Alcide Sauvairb, d'après une photographie de Nadar. publie par La Plume en 1S90 et reproduit dans le présent volume, page 104.

XVI. — Portrait dessiné par Paul Verlaine, Verlaine a dessine un portrait du poète des Fleurs du Mal, simple croquis, qui a tout l'intérêt d'un document rare, en ce sens qu'il donne « l'image que l'auteur de Sagesse avait dans l'esprit de la personne physique de Baudelaire. »

Ce croquis appartient au poète Yvanhoé Rambosson, qui le reçut en don de Verlaine.

XVII. — Caricatures far Béguin. Deux grandes caricatures de Baudelaire parues dans le Panthéon Nadar et bâclées d'un coup de crayon, vers 1S51.

D'un sentiment plus profond, plus intime, comme ressemblance et caractère que n'importe quelle photographie.

Les deux originaux sont entre les mains de M. Nadar qui nous les a signalés.

XVIII. — Photographie de la maison Goupil et 0« faite pour être placée dans la galerie contemporaine de Baschet. Haut. 23X >8. Baudelaire vu jusqu'à mi-corps avec un vêtement flasque et flottant, un col de chemise non empesé, une cravate de couleur unie nouée mollement. Figure rasée, cheveux se faisant rares et courts, ramenés sur le front. Aspect maladif et pauvre. Très belle photographie.

(Pièce communiquée par M. Albert Catel).

Le Catalogue Grosjean Maupin, à Nancy, (n° 51. fév.-mars 1896) contient, sous le n° 8290 l'indication suivante : « Album de la galerie contemporaine. Biographie* et Portraits, Paris, s. d. in-4°, carton-toile angl. gris-perle avec fers spéciaux dorés sur fond teinté (62) 10 fr.

Très bel album monté sur onglets, renfermant outre les notices avec fac-similé d'autographes, le* portraits photographies de : A. Houssaye, Th. de Banville, Chanzy, F. Fabre, Ch. Baudelaire, H. Monnier, Gondinet, E. Legouvé, L. Blanc, O. Feuillet, Denfert- Rochereau, Spuller.

(Note de M. Louis de S f -Jacques)

XIX. — Portrait dessiné par Mokin. Le volume de Champfleury, Les Chats (1869) contient la reproduction d'un dessin de Morin représentant le poète Baudelaire, les bras croisas, appuyé sur l'accotoir d'une fenêtre. Grâce à la draperie sombre du fond, la tête pâle se détache fière, sévère, hautaine. Le visage glabre connu ; le front haut et large ; les cheveux blancs, rejeté* en arrière, cachant à demi les oreilles ; les sourcils bien arqués et légèrement froncés ; l'œil noir grand ouvert est vif, fouilleur ; le nez est fort, le bout arrondi ; la bouche est amèrement close ; la lèvre inférieure avance légèrement ; le menton est rond, — l'ensemble du visage est amaigri, osseux — le poète est en paletot croisé, ample, a col de velours, — un chat sur son épaule gauche arque le dos et se caresse aux longs cheveux du poète en ronronnant — probablement ! —

(Communiqué par

M. Edmond Goor, de Valenciennes) .

XX. — Portrait en phototvpie, ii cent. X 7 1 .2 avec fac-similé : Ridentem ferient ruinae. a Mou Ami Auguste Malassis, le setil être dont le rire ait allégé ma tristesse en Belgique. C. B.

Ce magnifique portrait orne le volume des Œuvres posthumes et Correspondances inédites, éditées par Eugène Crepet. Paris-Quantin, 1887.

Les cheveux bouclés ont blanchi, le paletot et l'habit à col de velours paraissent râpés. Le visage a une

expression sublime d'eu tant le sort. Un

reflet de l'Immortalité qui s'avance luit dans l'œil du voyant.

Ce portrait doit être de 1864-1865. C'est le plus beau que je connaisse. Loin de l'enlaidir, Vàge a idéalisé le masque du poète, en y gravant sa destinée arrière el son avenir lumineux, sa fougue sensuelle et se* aspirations à la Beauté divine. C'est plus qu'un portrait: c'est le symbole du poète. Et la photographie a fixé ici ce que l'Art même n'a pu exprimer avec autant de vérité et de profondeur.

(Xote Ourousof)

XX! — Portrut en PHOTOTVPIE: Charles Baudelaire en 1861, en tête de l'étude de Et. Charavay : C. Baudelaire et Al/, de Vigny candidats à l'Académie. Paris, Charavay frères, 1879. Les cheveux si et bouclés, grisonnants. Le visage est glabre. Le pli énergique de la bouche décèle une volonté et une puissance terribles. L'œil est tout illuminé des visions splendules du poète.

(Xote Ourc:

XXTI. — Portrait dessiné par félix régamey. ...Laissez-moi vous signaler le portrait que j'ai fait du poète vers 1866, sur un feuillet d'album, au café de Bade.

Il est assis écrivant à une table de marbre; la tète penchée, rappelle comme développement de crâne, mon Verlaine, frontispice de * Verlaine dessinateur » paru récemment chez Floury.

En ce temps-là «faire peur aux femmes » était pour Baudelaire un passe-temps favori. Il ne dédaignait pas non plus de mystifier les gens. A Jule, \ lIIi ■ qu'on lui présente, ses premiers mots sont :

— >s Monsieur, quand j'avais la gale... y interrompu* par Jules qui ne se laissait pas démonter facilement : « Vous êtes guen ? »

Le portrait en question a été joint jadi* a un exemplaire des Fleurs du Mal appartenant a M. Thibeaudon, amateur d'art de Londres.

XXIII. — Photographie Carjat, faite peu de temps avant la mort de Baudelaire. Cette tête avec son front d'une ampleur presque anormale est atterrante par son aspect amaigri et son air accablé. On assiste presque à l'effondrement de cette splendide intelligence. Les épreuves mises dans le commerce portent : Cm. Baudelaire, né à Paris en 1821, mort en 1S67.

(Communiqué par M. Maurice Bazalgette)

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