LETTRE DE M. CHARLES LE GOFFIC
]\Ion cher ami,
Il y a quelque tristesse à se dire qu'un poète comme Louis Alénard aura passé presque inaperçu et que les contemporains, indifférents ou hostiles, ne l'auront point distingué du vague troupeau des imitateurs de Leconte de Lisle. Car il n'y avait rien de moins grec que Leconte de Lisle, lequel était hindou, tartare, pawnie, samoyède et yoloff à volonté, mais ne sacrifiait point aux Grâces ni à la Raison. Et ce furent les divinités de Louis Ménard. Il leur avait élevé un autel dans ses vers et, comme il ne trouva point que ce fut assez, il leur en éleva un dans son appartement, non pas pour le vain plaisir de procéder à des rites abolis, mais pour apaiser leurs mânes et les consoler du discrédit oii elles étaient tombées. Ainsi les dieux d'Athènes gardaient encore un croyant. Mais ce fut le dernier et ils n'ont plus qu'à mourir...
Vous me demandez mon sentiment sur Louis Ménard ?
Je crois qu'une clarté extrêmement pure et subtile s'est éteinte avec lui et qu'il y a un peu plus d'ombre désormais sur notre occident.
Votre bien dévoué,
Charles Le GoFFiç.