‹ Le tombeau de Louis MénardChapitre 38 sur 54 · LETTRE DE M. JULES BRETON · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. JULES BRETON

Monsieur,

Je ne vous serai pas d'une grande utilité pour votre pieuse étude sur Louis Ménard Bien qu'en excellents termes avec lui et malgré le plaisir que j'avais à rencontrer ce philosophe poète, chez Leconte de Lisle ou ailleurs, je ne l'ai jamais fréquenté d'une façon suivie et nos courtes conversations, sur des sujets d'actualité, n'avaient pour nous que l'intérêt d'une bienveillance réciproque.

J'ai mieux connu son frère, René, — le père du jeune René dont nous apprécions le talent, — car il fut comme moi élève de Drolling.

Leconte de Lisle faisait un cas tout particulier de l'intelligence de Louis Ménard et j'ai été plusieurs fois à même d'apprécier la finesse de son esprit et l'originalité un peu bizarre de son caractère indépendant.

Son neveu a très bien rendu sa physionomie dans le portrait qu'on voit au Luxembourg, cette face à la fois calme et pétillante, irré-

gulière et ridée à l'excès, avec son menton trop court.

Je ne connais ses poésies que pour le bien qui m'en a été dit par des confrères.

Je l'ai entendu citer comme un helléniste très fort. Je n'ai pas eu à le constater et pour cause d'avoir trop peu pratiqué cette langue des Dieux.

Je regrette mon ignorance à propos d'un homme supérieur et qui m'était sympathique et je vous prie de m' excuser de n'apporter que si peu d'éléments à votre étude.

Je vous prie d'agréer, Monsieur l'expression de mes meilleurs sentiments.

Jules Breton.

SONNET DE M. LEONCE DEFONT (i)

A Lo'uis Ménard.

Fier et charmant rêveur, esprit harmonieux, Qu'a sans doute nourri quelque essaim de l'Hymetle, Pour que la grâce attique à tes lois se soumette, Et pour que le ciel grec étincelle en tes yeux;

Ton verbe a su mêler, mystiquement pieux, Plein de noble sagesse et de force discrète. L'ardeur du philosophe et l'élan du poète. Car la gloire déjà te place au rang des Dieux.

Ainsi C|u'on immolait jadis Tagneau qui bêle A Faunus, et le bouc impudique à Cybèle, Sur le tertre rustique ou sur l'agreste autel;

J'offre à ta vie auguste, à ton œuvre sacrée. A ta mémoire pure, à ton nom immortel, Cel hommage attendri de ma lyre ignorée !

Léonce Défont.

{i; Élève et ami de M. de Hérédia, M. Léonce Depint. auteur des Sérénités et des Déclins, est un maître sonnettiste, encore peu connu du grand public, mais apprécié des délicats. Sa contribution à no'.r^ œuvre en devient deux fois prjceuse.

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