XXX PRÉFACE
de sa propre sensibilité. Mais, bien vite, on copia son personnage; on devint malheureux parce qu'on se persuadait être tel; on se lamenta sans cause bien digne et bien apparente : le Romantisme allait naître. Et avec lui, ne devenait-il pas évident qu'il faut toujours à l'homme une chimère ? L'existence lui en est aussi nécessaire que celle de l'hygiène. Elle est la condition primordiale et perverse de son bonheur. ..
Chimère pour chimère, Ménard la voulut faire plus noble, la sienne, moins égoïste, moins emphatique. Bien que né au XIX® siècle, il ne se crut pas malheureux sans remède. Il se persuada que sa vie pouvait avoir une orientation dilBFérente de celle de Werther. Et puisque les temps présents ne pouvaient suffire, dès son adolescence, à sa culture intellectuelle^ il se réserva, au lieu d'accepter à l'aveugle son idéal, de le choisir dignement.