‹ Le tombeau de Louis Ménard: monument du souvenir élevéChapitre 31 sur 81 · PREFACE XLI · texte numérisé non relu

PREFACE XLI

Ils ont fait luire sur nous-mêmes une lumière qui ne s'éteint jamais.

Et s'il arrive parfois que l'homme sente en lui comme un legs d'existences antérieures qu'il imagine siennes, ce sont alors les ancêtres obscurs de sa pensée qui chantent en lui.

Ecoutons M. Jules Soury :

« Le respect, en quelque sorte filial, de » nos anciens maîtres, de ces pères de » nos intelligences, n'est pas seulement la » justice: c'est aussi, à mon sens, le plus » doux des devoirs. La source où ces sen- » timents s'alimentent est une tendre et » pieuse reconnaissance envers ceux dont » nous tenons toute existence spirituelle.

» De même que nous sommes la conti- » nuité de nos parents, de notre père et de » notre mère, de qui nous tenons Têtre, » dont les âmes et les corps vivent encore » en nous et par nous, et qui mourront

XLTI rUtFACE

» enfin tout entiers avec nous, nous nous » sentons aussi les enfants de cette famille » d'esprits défunts dont les pensées, les » rêveries même, n'ont plus d'échos que » dans nos cœurs, agrandis et sanctifiés » comme des temples par ce culte des » ancêtres.

» Nous savons par nous-mêmes com- » bien ils ont souffert et durement expié » la vie qui leur fut transmise. Nous les » honorons et nous les adorons comme » des divinités, victimes de leur amour » pour nous, qu'ils n'ont souvent pas » connus, mais qu'ils ont aimés jusqu'à la » mort.

« Nous leur offrons chaque jour le sacri- » fice qu'offre le prêtre à son Dieu.

<( Nous croyons que ces morts revivent » en nous qui, à chaque instant, devenons » ce qu'ils sont devenus — des ombres qui » passent — et^ devant l'insondable hor-

PKEFACE XLIII

» reur de Tunivers et de la vie, nous nous » prosternons, éperdus, vaguement conso- » lés de savoir que notre vie n'a pas e'té » plus heureuse ni meilleure que celle » qu'ils ont ve'cu ; que nous avons travaillé » et souffert comme eux; que, comme eux, » nous mourrons en jetant dans Tabîme » un cri de détresse que notre existence, » à tout prendre, n'a été qu'une lente des- » truction, une lutte, une agonie, mais » qu'au moins nous n'avons jamais cessé de » les aimer, et que, par delà les temps, » jusqu'à l'heure de l'anéantissement de » toute mémoire et de tout souvenir, nous » sommes restés unis dans la communion » des vivants et des morts. »

Il convenait, mon cher Maître, qu'avant de vous quitter, nous bercions notre esprit au rhythme voluptueux des graves et fortes pensées du sage.

Voilà bien, résumé dans une éloquence

XMV l'KEKACE

admirable, renseignement que je vous dois et que j'ai tout entier puisé en votre œuvre. Je vous offre donc mon livre en remerciement de cette religion des Morts dont vous m'avez appris les prières, et pour votre beau mépris de la foule, qui elle-même dédaigne les plus méritants, et se refuse à honorer ces bienfaiteurs suprêmes de son intelligence.

Edouard Champion.

de Louis Ménard

... C'était une coutume, à la fin de la cérémonie funèbre, d'appeler trois fois l'àme du mort par le nom qu'il avait porté. On lui souhaitait de vivre heureuse sous la terre.

Tio's fois on lui disait : « Porte-toi bien ». On ajoutait : « Que la terre te soit légère »>. Tant on croyait que l'ôtre allait continuer à vivre sous cette terre et qu'il y conserverait le sentiment du bien-être et de la souffrance ! On écrivait sur le tombeau que l'homme reposait là ; expression qui a survécu à ces croyances et qui, de siècle en siècle, est arrivée jusqu'à nous. Nous l'employons encore, bien que personne aujourd'hui ne pense qu'un être immortel repose dans un tombeau.

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