‹ Le tombeau de Louis Ménard: monument du souvenir élevéChapitre 37 sur 81 · LETTRE DE M. F. PILLON · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. F. PILLON

Monsieur,

Voici, brièvement exprimé, mon jugement sur Louis Ménard :

Ce qui le caractérise et le distingue entre les écrivains de son temps, c'est l'intelligence du génie grec, la sympathie pour la vie morale, politique et religieuse du peuple qui a créé la civilisation, ce qu'on peut appeler d'un mot, le sentiment polythéiste, — un sentiment qui était comme effacé de l'âme humaine, et qu'il a, pour ainsi dire, retrouvé et restitué.

Vous savez que le sentiment panthéiste et le sentiment polythéiste étaient, au XVir et XVIII® siècles, fort étrangers à l'esprit européen, à l'âme européenne. Le théisme chréthien et le théisme philosophique faisaient alors méconnaître le rôle que ces deux sen-

(i) M. F. Pillon fut, avec M. Renouvier, le directeur de la Critique philosophique, où Louis Ménard publia quelques-uns de ses chefs-d'œuvre. Il resta, jusqu'à la mort, l'intime ami de notre délicieux polythéiste.

timents avaient joué, comme principes inspirateurs, en de grandes sociétés. Ce n'est qu'au XIX® siècle que l'on s'en est rendu compte. A partir de l'époque littéraire du romantisme, sous des influences diverses, le sentiment panthéiste s'est manifesté avec éclat dans un grand nombre d'ouvrages. Quant au sentiment polythéiste, personne ne se l'est assimilé au même degré et n'a contribué autant à le faire comprendre que Louis Ménard.

Il me paraît que l'on peut aisément expliquer par le sentiment polythéiste, redevenu vivant en son esprit, certaines contradictions apparentes de sa pensée en matière religieuse.

Veuillez, Monsieur, agréer l'assurance de mes sentiments sympathiques.

F. PiLLON.

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