PRÉFACE XI
Bataille était de lui écrire : Vous fie vous nommei pas Bataille, mais Victoire (i)^ n*est-il pas vrai que M. de Latouche en publiant les poëmes d'André Chènier, fai- -sait œuvre pieuse ? Sans doute, il lui arrivait parfois de confondre ses propres vers nvec ceux de notre délicieux grec André; mais, voyez son zèle à courir chez les libraires Baudouin, éditeurs de Marie- Joseph Chénier, dès qu'il apprend qu'on le ur avait, « par convenance et comme assortiment de magasin, proposé d'acheter un volume de vers composés par un frère inconnu.» Plus tard, dans la Revue des Deux Mondes^ George Sand faisait un commencement de renommée à l'auteur du Centaure tt par la révélation de quelques proses délicieuses et graves de Maurice de
(i) A quoi, conte-on, Ch. Bataille répondit : « Vous vous trompez, cher Maître, c'est ma bonne qui se nomme Victoire »
XII I RëFACE
Guérin, hâtait ainsi la renaissance de cette beauté simple et vraie, dont M. Renan devait un jour nous entretenir du haut de TAcropole. Et comme les frères de Concourt, en leurs intimité clandestine, lisaient les petits auteurs du XVIII* siècle dans les éditions rares, reliées de maroquin aux tranches dorées, il leur arrivait de trouver, avec la complicité de ces vieux livres, les formules d'un art nouveau.
Il semble qu'on se soit désintéressé aujourd'hui de ces recherches littéraires et qu'on en veuille laisser la généreuse surprise aux historiens à venir.
Le public contemporain, d'ailleurs, qui prête une attention soutenue à l'histoire généalogique des comédiens, à l'agileté de singes bien éduqués, à la poésie belge, aux courses de vélocipèdes, ne daignerait pas seulement remarquer ces sortes d'exhumations de génies méconnus.