Le tombeau de Petosiris
Le Tombeau de Petosiris est construit en plaine, dans cette partie des immenses nécropoles de Tounah-Derouah, que l'on appelle le «Fassaqiw ^^L-JJi''', à i5oo mètres environ au sud de la stèle-limite d'Aménophis IV, et à 200 mètres de l'un des puits donnant accès à Vi§ioTaÇ)£Îov, le vaste cimetière souterrain des ibis sacrés**'.
Pour s'y rendre, on peut, venant du Nil, gagner Ashmounein et de là Minshafel-Maghalqa; mais le mieux est de partir de Mallawi, d'où une bonne route agricole, carrossable ''', conduit, par le village précité, au Bahr-Yousef que l'on franchit au bac d'El-Birka. Une heure et quart encore de marche à travers les dernières terres cultivées , puis à travers des landes marécageuses , des dunes , le gebel, et l'on arrive à une série de larges kôms, atteignant par endroits 7 à 8 mètres de hauteur. Ces kôms renferment une multitude de constructions en briques crues : ce ne sont pas des habitations, mais des chapelles funéraires à coupoles, constituant un vaste cimetière, dont la physionomie, avant l'envahissement des sables, devait rappeler la nécropole célèbre d'El-Bagaouât, à Khargéh, ou les grandes nécropoles musulmanes de Zaouyet-el-Amouat et d'Assiout. Ces chapelles, pour autant que j'aie pu voir, sont de basse époque grecque et des temps de la domination romaine '*\ postérieures au Tombeau de Petosiris. Mais il n'est pas impossible qu'elles soient construites sur des sépultures plus anciennes, dont quelques-unes avaient peut-être l'importance du tombeau que nous avons mis au jour, et qui n'était vraisemblablement pas isolé '*\
") Voir pt. 4 , — 1 .
'^' Cf. Hérodote, II, 67 : Tas Se îëts [àTTolyovat) is Èp^iéu ttSXiv.
"' Le voyage peut se faire en automobile jusqu'au Bahr-Yousef.
'*' Les quelques inscriptions peintes qu'on y lit, les masques de plâtre qu'on y recueille, sont plutôt du début de l'époque impériale; d'autre part, j'ai trouvé à la surface des kôms, au hasard de mes promenades, des pièces de monnaie à l'effigie de Trajan et de Maximin.
'*' On voit du reste à l'est des kôms, en plusieurs endroits, les substructions en pierre de grands monuments funéraires, qui ont été complètement détruits à une époque relativement récente.
La découverte de ce tombeau remonte à la fin de l'année 1919. Dans les derniers jours de novembre, un babitant d'Ashmounein informait la Direction du Service des Antiquités qu'il connaissait un w temple v (mahad) dans la montagne de Derouah, et sollicitait l'autorisation d'y pratiquer «une fouille de dix jours w. Sans donner suite à cette demande, nous prescrivîmes à notre inspecteur de Miniéh, Antoun effendi Yousef, de faire redoubler de vigilance dans cette partie du gehel et de nous renseigner éventuellement sur l'existence et la nature du monument signalé. Quelques jours plus tard, le chef-ghafir du district, passant à Tounah, recueillait de la bouche d'un paysan de ce village des informations qui corroboraient les dires de l'homme d'Ashmounein : comme on offrait cette fois de nous révéler, contre récompense, l'emplacement du k temple w, je pressai Antoun effendi Yousef d'aller sans retard vérifler sur place le renseignement. Le 27 décembre, il se rendit donc à la montagne, accompagné de r« indicateur w de Tounah, fît des sondages à l'endroit que cet homme lui désigna, et dégagea, après quelques coups de pioche, les assises supérieures de deux murs d'angle dudit mabad, qui était en réabté un tombeau, le Tombeau de Petosiris.
Les fouilles méthodiques se poursuivirent, sous ma direction, jusqu'au 8 mars 1920, date à laquelle j'avais terminé le déblaiement du Tombeau et des chapelles voisines''^, la copie des inscriptions, l'étude sommaire des textes et des bas-reliefs, tous résultats que je fis connaître immédiatement dans un Rapport préliminaire (Annales du Serv. des Antiquités, XX, p. /n-121).
M. Lacau, Directeur général du Service des Antiquités, qui, pendant le déblaiement, visita deux fois le Tombeau et reconnut l'exceptionnelle valeur de cette découverte, ne négligea rien pour assurer la protection du monument et en préparer la pubhcation. Il envoya tout de suite sur les lieux M. Ed. Barsanti, avec mission de restaurer l'édifice, c'est-à-dire de compléter la partie supérieure des murs et des colonnes, et de rétabhr la toiture qui avait complètement disparu'^'. D'autre part, il réussit à obtenir le concours d'un artiste de grand talent, bien connu au Caire, Mr. Hamzéh Carr, qui, en quelques mois, au cours de l'hiver 1920-1921, reproduisit soit au crayon, soit à l'aquarelle, la presque totaUté des bas-reliefs du Tombeau.
(" Voir pi. 4, — 2 et pi. 5, — 1.
'■^' La photo 2 de la planche 5 donne une vue du Tombeau restauré par M. Ed. Barsanti.
Je ne pouvais souhaiter plus précieuse collaboration. L'illustration a, dans une publication de ce genre, une part capitale : la réduire à des photographies, que l'état des bas-reUefs et les conditions d'éclairage rendent souvent difficiles et toujours insuffisantes, eût été diminuer singulièrement l'intérêt de la documentation archéologique; grâce à Mr. Hamzéh Garr, les lecteurs de cet ouvrage auront sous les yeux une série de dessins et d'aquarelles exécutés avec une fidélité, une sûreté, un goût artistique, qui font le plus grand honneur à leur auteur.
L'ouvrage que je consacre aujourd'hui au Tombeau de Petosiris comprend trois parties''*.
La première est une Description détaillée du monument : elle renferme des études sur Petosiris et sa famille, sur l'architecture, l'art, la date du tombeau, ainsi que la traduction et le commentaire de toutes ou presque toutes les inscriptions. Un certain nombre de celles-ci ont été déjà pubhées dans les Annales du Service des Antiquités^^^ et le Recueil Champollion^^^ : on ne sera pas surpris qu'une plus longue pratique de ces textes m'ait permis d'améUorer ma première interprétation; j'ai profité aussi, comme on le verra, des remarques que m'ont présentées, avec beaucoup de bienveillance, plusieurs de mes savants collègues, notamment M. W. GolénischefT et Mr. Battiscombe Gunn , que je suis heureux de remercier de l'intérêt qu'ils ont témoigné à mes essais. Toutefois, il reste beaucoup à faire — personne plus que moi ne s'en rend compte — pour éclaircir complètement ces inscriptions, non moins que celles dont le texte et la traduction sont publiés ici pour la première fois. Cette considération m'a empêché de rédiger la « Grammaire des inscriptions du Tombeau de Petosiris n, à laquelle j'avais un instant songé ; on en trouvera cependant les principaux éléments dans le cours du commentaire et au Vocabulaire.
La seconde partie est un recueil des Textes, classés dans l'ordre suivant : inscriptions du portail, — de la façade, — du pronaos, — de la chapelle, — des sarcophages provenant du caveau. Chaque texte est précédé d'un lemme décrivant sa
(»' Elles ont été imprimées, ta a' (Textes) en igaS, la 3' (Vocabulaire) en igaS-iga/i, la T* (Description ) en 192/1.
(^' XX, p. 307; XXI, p. Ao,p. 145, p. 392; XXII, p. 33, p. 139; et cf. XXIII, p. 65.
<*' Recueil d'Études égyptologiques dédiées à la mémoire de Jean-François Champollion (Paris, 1922), p. ^^■
position, le nombre (ïes lignes, leur longueur, leur état de conservation : une flèche indique quel est, sur l'original, le sens de la ledure^^K Un bref apparat critique fait suite au texte.
La troisième partie comprend le Vocabulaire et les Planches.
Gomme la Grammaire que j'avais projetée, le Vocabulaire est peut-être une œuvre prématurée; et de fait, on ne manquera pas d'y relever des incertitudes, des hésitations et, sans doute, quelques erreurs; cependant, il m'a semblé qu'il n'était pas sans utilité de dresser la liste des mots employés par le scribe, de distinguer leurs graphies et leurs acceptions diverses , de mentionner quelques-unes des particularités grammaticales qui se rencontrent dans ces inscriptions de basse époque , dût ce travail paraître, dans une certaine mesure, incomplet et provisoire. Les noms des divinités , des personnes , des lieux sont réunis , par catégories , en tête du Vocabulaire.
Quant aux planches, au nombre de cinquante-huit, elles se composent en majeure partie, comme je l'ai dit, des dessins et aquarelles de Mr. Hamzéh Garr'^^; trois d'entre elles (pi. 1-3) reproduisent des plans qui sont l'œuvre de M. Ed. Barsanti, et vingt-trois reproduisent des photographies qui sont dues soit à M. Busuttil (clichés 18 X 2 4), soit à moi-même (clichés i3x 18).
'" Par conséquent, la flèche »— veut dire que l'inscription se Ht en commençant par la droite et en poursuivant vers la gauche; le contraire pour la flèche •— .
(^' Vingt-deux dessins, dix aquarelles, portant, comme signature, les deux lettres HA accolées.
LE
TOMBEAU DE PETOSIRIS