SECTION V. — PILIER C
A. Côté nord. — Inscription de six lignes verticales, incomplètes au sommet (voir pi. 56, — i) : la lacune en tête de chaque ligne est de cinq à six cadrats [inscr. 127] :
J [Vtmakhou d'Osiris, seigneur de Mendès, Osiris i'Ibis], Osiris le Cynocéphale, le Grand des Cinq, maître des sièges, second prophète de Khnoum-Rè maître d'Hirourt et d'Hathor dame de Neferoust, phylarque de la deuxième classe sacerdotale du temple d'Hirourt et (de celui de) Neferoust, Sishou, j. v., lils du Grand des Cinq, maître des sièges, Zedthotefankh , ^ [j. v., et né de la dame Tatoukem. Il dit :]
rO (tous) ceux qui viendront après, ô tous hommes pouvant lire les inscriptions, venez, lisez ces inscriptions qui sont dans ce tombeau. Je vous guiderai vers le chemin de la vie, je vous dicterai votre conduite, f [pour que vous puissiez aborder au port de la] ville des générations. Si vous vous attachez à mes paroles, vous en éprouverez l'utilité, et vous m'en [hr-s) remercierez.
Buvez, enivrez-vous, ne cessez pas de'" (faire) la fête. Suivez (les inspirations de) vos cœurs, dans le
temps (que vous êtes) sur la terre. . . | [ ]. . . Quand un homme s'en va, ses biens s'en
vont : c'est celui qui y aura part'^' qui satisfera ses désirs (^h(r)l-'ib-f) a volonté'". Il n'y a plus de soleil
pour le riche; il n'y a pas. . . (wV?) de la mort (?) ^ [ ] ... il s'en va aussitôt
comme un rêve. Il n'est personne qui connaisse le jour où (la mort) vient; c'est l'œuvre de Dieu de rendre
les cœurs oublieux (? smh îbw) a cet égard (? r-s) ^ [ ] • • • '''^^^ Dieu qui le (?)
met dans le cœur de celui qu'il hait, afin de donner ses biens à un autre qu'il aime, car c'est lui le dispensateur (??) de ses biens, et il les transmet i^iwd-f si) à leur'*' maître (légitime?). C'est un béni, celui qui fait des sacrifices'" à son Dieu pour mettre cela dans son cœur'*'r.
La première partie de l'inscription (jusque vers le milieu de la ligne 3) est très claire. Pour les lignes i et a , mes restitutions correspondent exactement à la longueur de la lacune initiale; elles sont empruntées respectivement à l'inscription 137, début de la ligne 1, et à l'inscription 115, fin de la ligne i. D'autre part, plusieurs membres de phrase des lignes 2 et 3 se sont déjà rencontrés à l'inscription 57, 1. 1, et surtout à l'inscription 116, lignes 2 et 3.
La suite de l'inscription est, par contre, hérissée de difiicultés, provenant en partie du fait que le texte est non seulement incomplet, mais fortement corrompu en plusieurs endroits. Il est difficile de saisir, sinon de façon approximative, l'idée générale. Les mots
'•' n pour m.
t^' psi-^-fj tm rcelui qui y aura partn (comme héritier, probablement).
'" m phrw -en cerclesn, de façoa répétée (c'est-à-dire : à volonté, — ou : à son leur?).
'*' "^ est pronom absolu après smd-f, et le même mot joue le rôle de suffixe dans '•^^^„ qui suit : cf. inscr. U2, 1. 6.
'" Je suppose qu'il faut supprimer/ de wdn-f, et voir dans ce mot un participe : (f c'est un béni, le sacrifiant. . . i".
'*' C'est-à-dire, probablement : rpour que Dieu mette ces pensées dans son cœuru.
Le Tombeau de Petotirit, 1" partie. **
c Buvez, amusez-vous rî ne doivent pas, à mon avis, laisser supposer que Sishou invite ses auditeurs à pratiquer la doctrine facile du Cmye diem. Un pareil thème contrasterait trop vivement avec les idées, en somme assez élevées, qui caractérisent l'enseignement moral donné dans ce tombeau; il ne serait pas moins en contradiction avec les premières paroles du mort, annonçant son intention de guider vers le chemin de vie, et de mener à Dieu, les vivants qui l'écoutent et la postérité qui recueillera ses leçons. Je serais donc enclin à penser que les mots «Buvez, amusez-vous. . . v devaient être immédiatement réfutés par une phrase disparue dans la lacune de la ligne A, et que le sens du discours pouvait être : ff Buvez, amusez-vous. . ., [mais, quel profit''^ en tirerez-vous pour votre vie morale? A quoi bon surtout attacher votre cœur aux richesses, puisque] quand Ihomme s'en va, ses biens ne l'accompagnent pas?» Et la leçon se poursuivait : «C'est un autre qui jouira de la fortune que vous aurez passé votre vie à amasser, sans même avoir accordé une pensée à la mort, qui un jour vous surprendra; et cette fortune, Dieu la donnera à celui qui lui aura été fidèle et qui en deviendra le digne détenteur».
Cèdes, et exstructis in altum
Divitiis potietur hères
(HoR., Oies, 11,3.)
L'idée que Dieu se plaît à combler de richesses l'homme pieux, est familière à notre moraliste. Ajoutait-il à cet enseignement qu'il faut estimer à leur juste valeur les biens de ce monde et que leur recherche ne doit pas détourner notre esprit de la pensée de la mort, c'est ce qui, semble-t-il, ressort de ce texte, fort original mais encore plus obscur.
B. Côté sud. — Inscription de six lignes verticales, incomplètes au sommet : la lacune en tête de chaque ligne est d'environ cinq cadrats [inscr. 128] :
] [Uimakhou de ... , seigneur de . . . '^', le Grand des Cinq, maître des sièges] , qui n'a dans (?) [la bouche (?)] aucune sentence (<s) mauvaise (?), et qui dit la vérité à son maître, second prophète de Khnoum- Rê maître dHirourt et d'Halhordame de Neferoust, Sishou, fils du Grand des Cinq, Zedthotefankh.
^ [L'ttnakhou d'Osiris-Khentamentit, adoré dans'''] Ount, le Grand des Cinq, maître des sièges, que son maître favorise [hé s(w) nb-f) à cause de ce qui sort de sa bouche, et dont les paroles ont pour but la vérité (r bt-m''), phylarque de la seconde classe sacerdotale du temple d'Hirourt et (de celui) de Neferoust, Sishou, né de la dame Tatoukem, j. v.
^ [Vimakhou d'Osiris-Khentamentit (?) adoré dans'*'] Hesrit, le Grand des Cinq, maître des sièges,
"' Noter que le dernier mot de la ligne 3 est ]^ j|.
^^^ La lacune initiale de o m. 5o, commune aux six lignes, est en outre suivie ici d'une lacune de o m. 35 représentant quatre groupes de signes, soit i" le nom d'une localité, 9° les mots tvr-dlw, 3° les mots hrp-nswt, h" le signe —- du mot [■— ] ~^ .
''' Restitution possible : cf. inscr. 53, 1. a; 91 , 1. lo.
'*' Il s'agirait encore d'une forme d'Osiris, dont les inscriptions 92, 1. lo, et 102, 1. i disent qu'il est adoré, ou réside, dans Hesril.
maître de douceur pour qui assure son repos, tendant la main à celui qu'il favorise, second prophète, etc.i".
* [Vtmakhou de '^'j, le Grand des Cinq, maître des sièges, ouvrant [son] cœur {wbl ib[-/\)
dans le temps de la calamité, dirigeant le gouvernail pendant la tempête, phylarque, etc.'".
^ [Vimakiiou de ], le Grand des Cinq, maître des sièges, travaillant pour son Dieu, cherchant
ce qui est utile à ses concitoyens, second prophète, etc."''.
^ [\Jttnakliou d'Anoup, dieu grand, maître de] Sheto^^\ le Grand des Cinq, maître des sièges, protecteur [mk) des gens'^' de sa ville, défenseur (/in) de son nome, soutien {mnf) de qui na plus'^' de père, phylarque, etc.'".
Nous retrouverons une litanie analogue à l'inscription 138 (où le dëbut des lignes est généralement intact), se composant : i" des mots I «^ ^Yimakhou de», suivis du nom d'une divinité et de la mention d'un de ses lieux de culte; 2° du double titre «le Grand des Cinq, maître des sièges»; 3° de deux formules laudatives; k° des titres sacerdotaux et du nom du défunt.
1 I J, mais je ne sais que faire de __ qui précède ^^ (peut-être r sddl).
Ligne 3 , nb bnr n irt(=ir'\ mdnw-f : il s'agit ici du mot V ^>— J^ s , V ^= — |/>«.<«a ^ sur lequel Maspero a attiré l'attention dans P. S. B. A., Xlil, 1891, p. ^aS. C'est un substantif, qui paraît signifier et repos, tranquillité'' (copte mton). «Faire le repos de quelqu'un» c'est le ff satisfaire r. On notera que, dans notre texte, le mot est employé sans déterminatif'^'.
«Tendant la main à celui qu'il favorise», c'est-à-dire : revenant en aide à qui a mérité ses faveurs».
Ligne ^ , ® V pp| est à lire soit hr wdn ''°' « pendant la tempête », soit hft wdn cf contre les flots qui montent». — Sur le mot wdn (pour wdnw), cf. Vogelsang, Kommenlar zu den Klagen des Bauern, p. 96.
'') Comme à la ligne i.
'^' Le mot "*■ qui subsiste peut être le démonstratif féminin (par exemple : «maître de cette nécropoles).
•" Comme à la ligne 2.
'*' Comme à la ligne 1.
'*' Le maître de Shelo est soit Sokaris (inscr. 15, 1. 2), soit Anoup (inscr. 138, 1. 3).
(*' Littéralement : trdes corps» h'w.
(7) ~^^ à moins qu'il ne faille transposer «~a et lire ' — '^ " ''»!/.■ mais, les deux précédents génitifs ne sont pas introduits par n.
'*' Comme à la ligne 2.
'"' J'écarte l'hypolbèse oiî '*^'%^'**' »V ' devrait être compris Irt (=tr) Mi«nw-/"tf faisant, aplanissant ses cheminsTi. L'expression serait insolite, et mpi, d'autre part, est écrit dans nos textes ^*ït •''^ '^ Jl,*** ('^*'"' sonne —, et délerminatif ttt).
'"" Un exemple de • pour • , à l'inscription 69, 1. lo.
C. Côté est. — Décoration analogue à celle des côtés nord et sud du pilier A, et comprenant quatre tableaux superposés; mais ici Sishou n'est en adoration que devant une seule divinité. La légende placée au-dessus de Sishou est rédigée de façon uniforme, en trois courtes lignes (1. i-3) :
L'Osiris Grand des Cinq, maître des sièges, Sishou, j. v.
Chaque dieu, d'autre part, est surmonté d'une légende qui, naturellement, diffère suivant le tableau (1. 4-6).
Premier tableau [inscr. 129]. Il ne reste du dieu que les jambes; le texte est également très mutilé et inutilisable.
Deuxième tableau [inscr. 130]. Dieu hiéracocéphale, vêtu de la shenti, les chairs vertes; il tient en mains le sceptre 1 et la croix ansée •¥■'''•
* Dit par Hor-Khentmerti (^Hr-hntj-mrtj) : «Je viens à toi, Osiris Grand des Cinq, maître des sièges, ^ Sishou, j. V.; (j')étabiis fermement pour toi tes chairs en ta qualité de dieu vivant '2', devant durer pour l'éternité; ^ (je) te protégerai de (tes) ennemis, tu ne mourras pas, jamais, jamais (''».
Troisième tableau [inscr. 131]. Shou, la plume I sur la tête, les chairs rouges.
* Dit par Shou, fils de Rê : «Je dresse ton visage, Osiris Grand des Cinq, maître des sièges, Sishou, ^ j. V., résidant dans le monde souterrain, pour donner la brise à ton nez et le vent du nord ^ qui sort de Toum. Que te soit donné'*' le ciel, et que la brise t'arrive à ta narine, éternellement, à jamais. 55
Quatrième tableau [inscr. 132]. La déesse Tefnout, coiffée du disque tGX, vêtue d'une longue robe sur laquelle se rabattent ses ailes, «Y" et J en mains.
^ Dit par Tefnout, fille de Rê : «Je donne que soit doux l'amour de l'Osiris Grand des Cinq, maître des sièges, Sishou, ^ j. v. , aux cœurs des dieux et des hommes; je donne que tous les humains prient ^ à sa vue, comme (à la vue de) Rê lorsqu'il se lève'''', éternellement w.
D. Côté ouest. — Même décoration, disposée de la même façon. Premier tableau [inscr. 133]. Il n'en reste rien.
(" De même, la plupart des dieux représentés sur ce pilier.
(2) û*~ps^ lire 'nh-{lj), nouvel exemple du pseudo-participe, dont la désinence est exprimée par &=. '■*' Littéralement : (f pendant l'éternité de l'élernilé (n dt dt)v. (*' Ou faut-il comprendre : «pour te donner le ciel* (r) rdjtn-k pt'l
'^' Comparer la phrase de noire inscription 61, 1. 16 (ci-dessus, p. 102) : rLes habitants d'Ount le rendent hommage quand ils (te) voient, comme on rend hommage au dieu grand (?) lorsqu'il apparaît^.
Deuxième tableau [inscr. 134]. Le dieu Khepré (coiffure disparue).
i' Dit par Khepré : ^Je donne que l'Osiris Grand des Cinq, maître des sièges, Sishou, j. v., soit 1 avec mes suivants. Je le fais prospérer parmi les serviteurs de Rê. Tu ne mourras pas, ^ tu ne seras pas anéanti avec ton âme dans la Douât, jamais, jamais'", v
Troisième tableau [inscr. 135]. Le dieu Amsit.
' Dit par Amsit : ^J'ai mis à l'abri mon père l'Osiris Grand des Cinq, maître des sièges, Sishou, ^ j. v, J'(ai) rassemblé tes chairs (iu/), j'ai réuni tes membres ['wl), j'ai eu soin ^ pour toi de ton corps [h'w), en (ta) qualité de dieu, comme (j'ai fait pour) Celui qui réside dans l'Amentit '■", — toi, vivant, te renouvelant, rajeunissant W, à toujours et à jamais.»
Quatrième tableau [inscr. 136]. Le dieu Anoup, tête de chacal, les chairs noires.
* Dit par Anoup, qui réside dans la salle divine : rÔ Osiris Grand des Cinq, maître des sièges, Sishou, ^ j. V. Je viens à toi, je guéris tes maux (mn(/)-Â;), (je) remets en place pourtoi tes membres, * je rassemble pour toi tes os, je fais que tu sois comme un dieu à l'égard de (?) tes ennemis, éternellement.»
'" Littéralement : (f éternellement, à jamais n. (2) Osiris.
'*' Noter les trois façons d'indiquer le pseudo-participe : i° par ],(■¥•],), 2° par s=> (^^==)i 3° sans désinence ([^).