‹ Le tombeau de Theophile GautierChapitre 15 sur 23 · MOPSUS · texte numérisé non relu

MOPSUS

Nymphes, pleurez! pleurez, chênes! pleurez, buissons!

Hélas! Daphnis est mort dans la fleur des années.

Vénus invoque en vain ses rudes destinées,

Et se penche en pleurant sur le corps de son fils,

L'écho répète au loin : Daphnis! pauvre Daphnis!

La campagne à Daphnis rend les honneurs funèbres;

Le fleuve et le ruisseau se couvrent de ténèbres;

Les bœufs ont oublié l'eau pure et le gazon ;

Tout languit et se perd dans ce morne horizon.

L'écho raconte au bois des choses lamentables :

Les lions ont versé des larmes formidables.

Le tigre obéissant s'attelait à son char;

Il apprit de Bacchus à parer avec art

Le thyrse entremêlé de pampres et de lierre.

Autant la vigne à Forme est charmante et légère,

Autant Daphnis plaisait au sillon enchanté.

Notre soleil d'hiver, la paix de notre été ,

Lui mort, ils sont partis les dieux de nos campagnes.

Paies appelle au loin ses fidèles compagnes.

Dans ces étroits sillons, plus de germe, il n'est plus Que semence inutile et labours superflus. La ronce avec l'épine à nos jardins s'impose, Plus d'oeillets, de jasmin, ô Vénus! plus de rose.

Mais Daphnis ne veut pas qu'on s'abandonne ainsi. Bergers, consolez-vous; pasteurs, plus de souci! Plantez des arbres verts sur le bord des fontaines, Fécondez vos sillons et cultivez vos plaines. Que la main d'un ami grave sur son tombeau : Cy repose Daphnis, berger d'un fier troupeau; Il aimait les forêts, les beaux vers, les étoiles!

JULES Jc4V^I^K.

Qâ THÉOPHILE GQÂUTIE^

1 oè'tes, vous chantez! Votre plainte infinie S'exhale dans les airs en un rhythme enchanté, Votre douleur s'épanche en longs flots d'harmonie, Poètes, vous chantez l'éternelle agonie, L'éternelle beauté !

Vos rêves cadencés en un savant murmure S'envolent dispersés à tous les vents du ciel, Et le cœur prisonnier, brisant la triple armure, Laisse couler le sang de sa large blessure Comme un ruisseau de miel.

O poètes ! Souffrez, pleurez, chantez encore ! Ainsi le vieil Homère, errant sur le chemin, Récitait au passant le poëme sonore; L'œil plein d'ombre, évoquant les clartés de l'Aurore, Il étendait la main.

A chacun de vos pas un compagnon succombe, De la Mort vous portez les sinistres couleurs, L'Athlète en souriant regarde l'hécatombe, Sur le sable du cirque il chancelle et retombe... Salut, gladiateurs!

Vous aimez les parfums, les accords et les roses. O chercheurs d'Idéal^ ivres de volupté, Eblouis des splendeurs de ses métamorphoses, Fils des dieux, renaissez dans les apothéoses De l'immortalité!

Gautier, console-nous des misères humaines, Toi qui chantais l'Amour, la Liberté, le Beau ; Dans l'implacable azur de ces hauteurs sereines, Rallume aux cœurs amis les fiertés souveraines Comme un divin flambeau.

Les hommes de tes chants garderont la mémoire, Ton nom sera l'égal du nom des dieux mortels ; O maître sculptural, poëte amant de gloire, Tu reçois la clef d'or à la porte d'ivoire Des Temples éternels.

CHqA%LES JOLIE*!.

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