‹ Le tombeau de Theophile GautierChapitre 16 sur 23 · SO^C^CET · texte numérisé non relu

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'œthe expirant criait : « Du jour ! du jour encor ! » « Des chants ! » murmurait Gluck à son heure dernière. O splendide Harmonie ! ô vibrante Lumière ! Fée aux ailes de pourpre ! Ange à la harpe d'or !

Il vous aimait aussi le poëte qui dort

Dans la Nuit du Silence ! Hélas ! la lourde pierre

Qui recouvre ses os, pèse moins sur sa bière

Que cette Ombre sans Voix où meurt même la Mort !

C'est l'Art qu'il adorait, Muses, sous vos figures ! Mozart de la Lumière, il rhythmait des peintures, Titien de l'Harmonie, il peignait des chansons ;

Ses Poëmes-Tableaux charmaient l'Œil et l'Ouïe

Et faisaient ruisseler sur la foule éblouie

La gamme des Couleurs et le prisme des Sons.

LOUIS JUVICIS.

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iToëte, ta ferveur fait grande ta mémoire ! Absorbé tout entier dans ton culte béni, Tu préféras la Muse à tout, même à la gloire, Maître! qui dans ton art égalas Cellini.

Amours, honneurs, trésors, tout ce que l'homme envie, Moins qu'un beau vers touchaient ton cœur épris du beau, A tout indifférent, tu passas dans la vie, L'âme et les yeux fixés sur l'idéal flambeau.

Tu ne savais rien voir qu'au jour de sa lumière : Tu voulais beau le bien et belle la vertu. Diamant affranchi de sa gangue première Le vrai ne te charmait que de beauté vêtu.

Des rhythmes d'or portant allègrement la chaîne, Tu ciselais en vers ton rêve et ton ardeur. Ton esprit pur de fiel ne connut qu'une haine, Cette haine du Mal que trahit sa laideur.

Comme l'abeille au lis, l'expression heureuse, Rimes et mots ailés, accourait à ta voix. L'image éblouissait dans ta strophe nombreuse, Les mètres se teignaient de pourpre sous tes doigts.

Le nombre et la couleur, le rhythme au long vocable Épousaient dans ton vers la ligne au fier contour. La forme avait ton culte, ô poëte impeccable ! Et de ses dons la forme a payé ton amour.

Artiste exquis, tu fus un ouvrier modèle : Patient, obstiné, tendant sans cesse au mieux, Ta pensée et ton coeur, sous ton pinceau fidèle, En de vivants tableaux se traduisaient aux yeux.

Ta parole peignait; pour toi l'inexprimable N'existait pas : les mots t' obéissaient soumis. Mais sévère à toi seul, Maître ! ta force aimable Accueillait tout effort de ses bravos amis.

Dans tes savantes mains la plume du critique Conseillait sans blesser. Ta clémente équité Savait mêler l'éloge au blâme sympathique : Tu fus grand par la force et grand par la bonté.

Et tu pars, et la tombe a clos ta destinée ; Mais de la lice au moins tu sors ayant vaincu. Tu peux croiser tes bras : ton œuvre est terminée, Maître! et tu n'es pas mort, toi, sans avoir vécu!

Comme un fleuve dont l'eau féconde au loin les plages, Pars du sol des vivants sans remords ni regrets : Tu laisses après toi d'harmonieux feuillages; L'oiseau du souvenir chante dans ton cyprès.

La Muse romantique au front ceint d'hyacinthe, Évoquant en son deuil les chants où tu survis, Debout, veille sur toi, dans l'attitude sainte D'une mère pleurant au tombeau de son fils.

Près d'elle je viendrai dans mes ferveurs discrètes Méditer sur ta tombe, au pied des saules verts; Et, visiteur pieux, sur tes cendres muettes, Fleurs d'un cœur qui t'aima, j'effeuillerai mes vers.

oAUGUSTE LgACqAUSSgAT>E.

QÂ THÉOPHILE GoAUTIE^

fier ami du soleil et des sources rieuses,

Toi qui, du nord au sud, comme un gai vendangeur,

Cueillais sur les chemins tes strophes radieuses,

Déchirant, d'un regard pacifique et songeur,

Le grand voile où dormait la splendeur de la terre,

Te voilà donc remis en route, ô voyageur!

L'Egypte, cette fois, gardera son mystère, La Castille poudreuse a fermé ses Sierras, Stamboul ne t'attend plus, ni la Maremme austère,

Et la Grèce à son fils n'a pas tendu les bras.

Plus loin, plus haut tu pars, loin des hommes qui pleurent.

Dans des pays sans nom chercher des Alhambras !

Sans guide, hélas î combien de poètes demeurent ! Qu'ils retiennent pourtant leurs sanglots et leur cri ! Les temps sont bien passés de plaindre ceux qui meurent,

Et la tombe aux vivants jamais n'a tant souri. Qu'aurais-tu fait ici> La Discorde maudite, La Violence infâme ont pour longtemps flétri

Ce cher temple du Monde où, ceint de clématite,

Immobile servant d'un culte déserté,

Tu sonnais, enlacé par l'ombre d'Aphrodite,

Ton hymne mâle et doux à l'antique Beauté ! Noble supplicié des hautes nostalgies, Mélancolique amant de la Sérénité,

Pars! Tu n'entendras plus, dans nos landes rougies, Gémir nos morts d'hier sans linceul enterrés Au sacrilège écho des nouvelles orgies,

Ni le troupeau criard des rhéteurs effarés S'entre-mordre en livrant la patrie encor chaude Au viol du lourd Germain tapi dans les fourrés.

Pars! Tu ne verras plus, déguisée en ribaude, Se vautrer dans les bras avinés des valets, La Muse au front divin étoile d'émeraude,

Ni tomber, éventré par les lâches boulets, Le beau peintre oublieux de l'épouse parée, Ni pleurer les sculpteurs aux débris des palais !

Mais nous, suivant ta fuite à travers Pempyrée Où tu bois à longs traits l'azur oriental, Contemplateur ravi de la forme ignorée,

Nous t'irons voir monter dans les nuits de cristal; Et tu feras alors scintiller dans sa flamme, Comme un œil indulgent qui rit au sol natal,

L'astre consolateur où s'enivre ton âme!

GEORGES LoÉFE^ESITlE.

QA THÉOTHILE GoAUTIE^

oi, dont les yeux erraient, altérés de lumière, De la couleur divine au contour immortel, Et de la chair vivante à la splendeur du ciel, Dors en paix dans la nuit qui scelle ta paupière.

Voir, entendre et sentir? Vent, fumée et poussière. Aimer? La coupe d'or ne contient que du fiel. Comme un dieu plein d'ennui qui déserte Tau tel, Rentre et disperse-toi dans l'immense matière.

Sur ton muet sépulcre et tes os consumés Qu'un autre verse ou non les pleurs accoutumés; Que ton siècle banal t'oublie ou te renomme;

Moi, je t'envie, au fond du tombeau calme et noir, D'être affranchi de vivre, et de ne plus savoir La honte de penser et l'horreur d'être un homme.

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