OT>E
VAielle fleur, ô mort, quel joyau, quel chant, Quel vent, quel rayon de soleil couchant, Sur ton front penché, sur ta main avide, Sur Tàpre pâleur de ta lèvre aride,
Vibre encore et luit?
Ton sein est sans lait^ ton oreille est vide,
Ton œil fait de nuit.
Ta bouche est sans souffle et ton front sans ride ; Mais Téclair voilé d'une flamme humide, Flamme éclose au cœur d'un ciel pluvieux, Rallume ta lèvre et remplit tes yeux
De lueurs d'opale ; Ta bouche est vermeille et ton front joyeux,
O toi qui fus pâle.
Comme aux jours divins la mère des dieux, Reine au sein fécond, au corps radieux, Tu surgis au bord de la tombe amère ;
Tu nous apparais, ô Mort, vierge et mère,
Effroi des humains, Le divin laurier sur la tête altière
Et la lyre aux mains.
Nous reconnaissons, courbés sur la terre, Que c'est la splendeur de ta face austère Qui dore la nuit de nos longs malheurs; Que la vie ailée aux mille couleurs,
Dont tu n'es que l'âme, Refait par tes mains les deux et les fleurs, La rose et la femme.
Lune constante ! astre ami des douleurs Qui luis à travers la brume des pleurs! Quelle flamme au fond de ta clarté molle Éclate et rougit, nouvelle auréole,
Ton doux front voilé ) Quelle étoile, ouvrant ses ailes, s'envole
Du ciel étoile?
Pleurant ce rayon de jour qu'on lui vole, L'homme exècre en vain la mort triste et folle ; Mais l'astre qui fut à nos yeux si beau Là-haut, loin d'ici, dans un ciel nouveau
Plein d'autres étoiles, Se lève, et pour lui la nuit du tombeau Entr'ouvre ses voiles.
L'âme est dans le corps comme un jeune oiseau Dont l'aile s'agite au bord du berceau ; La mort, déliant cette aile inquiète, Quand nous écoutons la bouche muette
Qui nous dit adieu, Fait de l'homme infime et sombre un poëte, Du poëte un dieu.
swi&cbutiwie.