Livre aux yeux arrogants
Des ouragans
Celle. qui rend
La flûte de Sicile,
Et tire du roseau
Des chants d'oiseau;
Celle qui, dans son réveil
Farouche, porte an glaive .1
Frissonnant
Taché de sang;- .>:
Et celle ;qui se joue,
Et, pour, orner sa joue,'
Prend; aux coteaux voisins
Les noirs raisins^ ̃'<
Et la plus intrépide,
La Nymphe'au pied rapide,
Celle qui, sur les monts
Ou nous l'aimons, ? T
Fait voir, Chansori;vivante^^
Tous les Rhythmes. dansants
Et bondissants Uh Oui, toutes se lamentent Et pieusement chantent Dans l'ombre où leur ami
S'est endormi.
Car il n'en est pas une Qui n'ait eu la fortune D'obtenir à son tour
Son fier amour; Pas une qu'en sa vie II n'ait prise et ravie Par un chant immortel
Empli de ciel!
Ses pas foulaient ta cime, Mont neigeux et sublime Où nul dieu sans effroi
Ne passe, et ioi, Fontaine violette, Il a vu, ce poète, Errer dans tes ravins
Les choeurs divins 1 Et toi, monstre qui passes A travers les espaces, • Usant ton sabot sur
Les cieux d'azur, Cheval aux ailes blanches Comme les avalanches! :/1 i Tu prenais ton vol, l'œil s
Ivre d'orgueil,: ?
Quand sa main blanche et nue T'empoignait sous la nue, Ainsi que tu le veux, ?:
Par les cheveux Mais, ô déesses pures, m H Ornez vos chevelures *?£ s '1 De couronnes de fleurs; e
Séchez vos pleurs ni Car le divin poëte m'\ *>,q t •.̃̃̃?; Que votre voix regrette Va sortir du tombeau, nij
Joyeux et beau. ̃:> Les Odes qu'il fit naître su i Lui redonneront Têtre ? U A leur tour, et feront ^̃•̃«̃«3
Croître à son front ^j Victorieux de Fombre, $«; L'illustre launer sombre .4, f Que rien ne peut faner
Ni profaner.
Toujours, parmi les hommes,
Sur la terre où nous sommes
Il restera vivant,
Maître savant
De l'Ode cadencée,
Et sa noble pensée
v Que notre âge adora,
Joyeuse, aura, jPoat volet sur, Jes .lèvres
Que brûleront les ^fièvres
De. novre, humanité </ïv»i
L'éternité!^»;
THÉODOliE °DE 'Ba^V^'VïLLË.
Jeudi 7 novembre 187a. 0 toi, Gautier i sags parmi les sages
Aux regards éblouisse Toi, dont resprit vécut dans tous les âges
Et dans tous les pays, ?
Tu fiis surtout un Grec, et tu contemples
Dç tes yeux immortels Les purs profils harmonieux 'des temples
Dans les Meus archipets.
Tu les aimas, les doux porteurs de glaive
Plus fbrîf que la douleur, Et dans le rêve où bouillonnait la séve
De ta pensée en fleur, Tu fus rapsode, et pour charmer les heures
chez les rois étrangers, Tu leur charmas dans les hautes demcures
Achille a«v pieds légers.
DE THEOPHILE GAUTIER. tg.
Tu modelas auprès de Polyclète,
Car tu n'ignorais rien,
Et tu sculptais des figures d'athlète
Avec ce Dorien..
Sur ies gazons où rit la marguerite,
Des Dieux même enviés,
Ta claire enfance apprit de Théocrite
Les chansons des bouviers.
.Avec Pindare aimant la sainte règle.
Aux oiseleurs pareil,
Tu üs monter les Odes au vol d'aigle
Vers le rouge soleil,
Et tu raillas avec Aristophane,
Par des mots odieux, Le philosophe indocile et profane,
Vil contempteur des Dieux.
Et maintenant qu'avrj des pleurs moroses,
Tristes, nous nous plaignons,
Tu reconnais sous les grands lauriers-roses
Tes anciens compagnons.
Pour que ta lèvre enfin se rassasie,
Dans le festin charmant.
Au milieu d'eux, tu goûtes l'ambroisie
En causant longuement. ,,ici ̃̃ ±M' TOMBEAU ̃̃ Auprès de toi lé riant paysage
Est fait comme tu veux, Et tu souris a côté de là sage
Hélène aux beaux cheveux, Çai déchaîna l'effroyable désastre
Des guerriers et des rois, Et sa beauté resplendissante d'Astre, '"i^-
A présent, tu j!a vois
THEO'DO'R.Ë DE 'Bat&CVlLLE.
V^EUE LEGÉtN^DE
Der Herr der ewigen Schaaren Sitzt hôch auf goldenem Thron; Vereint, harmonisch, in Paaren, Umstehen ihn Vater und Sohn.
Der einst Homeros àuf Erderi Hxlt Beethoven an der Hand; Shakespaere, Angelo, sie werden--- Mit einem Namen genannt.
Umhüllt mit einem Gewande, An Raphael, Mozart sich lehnt; Sie fesseln heiiige Bande Der Seelen, die laengst sich ersehnt.
Dicht bei da Vinci steht Dante, Verklxrt! er laechelt jetzt oft,- Dass er ein'st, der Gottesgesandte, Menschen zu bessern gehoff't. Was je sich auf Erden geahnet, Was geistig im Innern verwandt, Dran unklar,. doch glühend gemahnet, Sich freudig, sich jauchzend hier fand.
Wer zshlte die einigen Geister, Die weilen im himmlischen Haus?
Wie jauchzend sie preisen den Meisier, Den Anblick, wer hielte ihn aus ?
Nur einer ist einsam, verlassen, Steht dusier in Gram er gehiillt Betrachtet voll Sehnsucht die Massen, Das Auge mit Thrxnen gefdllt.
Denn nur dem Geiste dem gleichen, Gesellt sich der gleiche zu Armer Cellini! er»eichen Musst noch den Brudergeist du.
Einst trat mit fragenden Worten Der Herr auf ihn zu « Cellin, « Wer weilte an himmlischen Orten; « Mit gramumdüstertem Sinn?
« Ist Himmel ein Erden geworden?
̃I Drang trostlose Trauer hier ein?
« Was thxte die Freude dir morden?
Was schafft dir so arge Pein? »
DE THÉOPHILE GAUTIER. a3 Herr mœgest in Gnaden gedenken « Der Zeit, als du heischtest von mir, Il Der Erde auf Kurzem zu schenken « Den Sohn, ihr zur ewigen Zier.
« Ich that es, wie's alle einst thaten, Il Die wiedergeeirigt ich sehe; « Verjüngt, aus geistigen Saaten, « Erstaîid mein geliebter Gautier.
« Ruhmvoll setzt fort er auf Erden, « Was ahnend ich einstens begann « Krone und Lorbeer, sie werden « Gereicht dem. erhabenen Mann « Du siehst es oh Hernscher 1 nicht mehren « Kann Ruhm sich, den er dort £and « Doch schmerzlich muss ich ihn entbehren.
« Der einst mir zur Seite stand.
« So gieb ihm was alle hier fanden
Unsterblichkeit! Würdiger Lohn!
« Mach frei ihn von irdischen Banden- « Vereine uns, Vater und Sohn. »
Der Herr, mit gnaed'ger Geberde, Winkt rasch einem Engel, hchr «;Elle hinunter zur Erde,
Erfulle Cellini's Begehr. » Der faehrt wie Blitz, in die sieche, Erbarmende Menschengruft, Zertheilend die Modergerüche, Mit Balsamisch würzigem Duft.
Vor einem der traurigen Graîber, Stolz « Haeuser » auf Erden genannt, Hxlt an der gesàndte Beleber, Der wohl mit dem Orte bekannt.
Eintritt er. Helle verdrsenget Das Dunkei, das denRaum; Gautier schlaeft drinnen beengetf Er traBÙmet den irdischen Traum.
Ahnt er diehimmlische Naehe?
Fühlt frei sich, leichter die Brust ?
Lasehelnd, als ob er ihn saehe, Bebt Wang' ihm und Ailge, vor Lust.
Der Engel betrachtet ihiï lange,- Nickt holde dann, als wie zum Gruss Beriihrt ihm die Stirne, die bange, Und kiissst ihn mit zaertiichem Kuss.
Aufthut sich die ewige Pforte, ̃-- Hervor tritt Gautier/ stolz und kuhn Schon kennt er die himmlischëriOrte, Stellt dicht zu Cellini sieh hin.– Drum gaben an jenem Morgen Wir Mutter Erde zuriiek, Was sie dem Gèiste that borgen Die Hülle, mit thraenendem Blick.
Und schauten, vcp Wehmuth ergriffen, Zur traurigen Sonne empor, Die unsere Schmerzen begriffen, Sich einhilllt in nebligem Flor.
Oh Sonne acht' nicht unsrer Qualen, Stgig auf in die lachende Hœh!
Vor Freude musst du jetzt strahlen, Du hast unsern Dichter Gautier!
LV'DWIG 'BEVÇE'DICrUS. 26 LF TOMBEAU
V ENSEVELI S S EiMEV^T Des gens en blouse, doux et forts, Sont venus apporter la bière.
Elle est moins mesurée au corps Qu'à son volume de poussière.
Mais que le chêne eu est épiais Au festin des vers quelle table!
Qui donc prétend qu'on dort- en paix Dans cette boîte épouvantable ?
Est-ce Ik pour l'éternité Dans ce coffre étouffant et sombre Que ce grand chasseur de clarté Sera couché, dévoré d'ombre Lui, qui dans l'épaisseur des nuits Submergé de terreurs funèbres, Comme un aigle au profond d'un puits Disputait son rêve aux ténèbres. Pour la première fois qu'il dort En soixante ans de vie humaine, Il a bien le droit d'être mort Sans qu'on lz cloue et qu'on l'emmène Comme son beau front de héros Fait face au ciel et le défie!
Il a les blancheurs du paros Et semble refléter sa vie!
Pareille à du granit soyeux, Sa barbe a des reflets d'aurore Et sa bouche est moulée encore Sur un sourire de ses yeux; Ainsi qu'en ses ières estampes Qui nous le rendaient à vingt ans, Ses cheveux bouclés et flottants Naissent en gerbes de ses tempes, Et, séparés par le milieu, Ils marquent déjà le sillage De l'aile qui remporte à Dieu Cette âme éprise de voyage.
A quel dieu ce front raffermi Ne fait-il pas encore envie?
Est-ce un mort que cet endormi Qui se réveille de la vie? Que veut donc ce cercueil béant?
Et son vainqueur, qui le lui livre Qui jette en pâture au néant Celui que la Mort laisse vivre?
Vain combat Nous ne verrons plus Cette face pâle et superbe, Qui déjà défiait le Verbe Dans le langage des Élus! ->, ̃<, Voilé! Le drap encore ondoie!
De la tête aux pieds un sillon; Blanc se creuse Le papillon h Est clos dans son cocon de soie!
Ils le soulèvent doucement Et, comme un glaive ,dans sa gaine, Le glissent dans ce vêtement Tissu des fibres d'un vieux; chêne v D'un vieux chêne fort comme lui Comme lui frappé dans sa force Et dépouillé de son écorce Ainsi que lui de son ennui Et quand dans une étreinte brève Cette tête a heurté ce bois, rér ̃ Crâne sans vie et bois sans sève Ont sonné le vide à la fois. > Sous ce crâne de leurs mains froides Ils ont mis un oreiller blanc; De chaque côté, sur le flanc, Ils ont ramené ses bras roides..
O Mort, contemple ton soldat, Sur les rangs et dans la tenue!
Attendant la grande Revue Et le clairon de Josaphat Sur la poitrine qu'il consacre Un chapelet aux grains rivés Épand-' de sa grappe de nacre Le vin mystique des avés:
Et, dernier présent d'une année Qui meurt, elle! pour refleurir, Une rose blanche et fanée Cherche son cœur pour y mourir!- Et c'est tout! l'horreur est gravie!
Sur ce front deux fois dérobé, Porte suprême de la vie, L'épais couvercle est retombé.- 2$ octobre 187a. 3o LE TOMBEAU