SOUVENIR
DU VIO^GT-CI^CQ^ OCTO<B%E
.Maladie do cœur, la maladie de ceux
dont le génie palpite dans l'âme.
Lamartine.
Et chacun s'arrêtait, tous étaient attendris; Et ces longs boulevards autour du grand Paris, Si déserts d'habitude et d'aspect monotone, Étaient, par ce jour gris et ce matin d'automne, Vivants de tout un peuple ému qui saluait; Et de tous les côtés une foule affluait, Et le passant disait se découvrant la tête C'est plus qu'un grand, c'est plus qu'un roi, c'est un poëte Et recouvert de fleurs, pas à pas, lentement, Le char allait à ce repos l'enterrement C'est un poëte ô perte irréparable et sombre Dans ce monde si trouble, hélàs encore une ombre 1 O dernier soleil pâle, ô derniers chants des bois, Faites-lui vos adieux pour la dernière fois C'est un poëte! ô nuit après tant de lumière! 1 O silence après tant d'allégresse première, Tant d'admirable azur, tant d'essor à pleins cieux, Eblouissements d'âme, enchantements des yeux, Sérénades, chansons, paysages, féeries, Et tant de gaieté simple et tant de causeries! En ce temps si lugubre et noir où nous vivons, Ce temps sans idéal, sans brises, sans rayons, Où l'oeil humain hésite, où la raison se voile, Où dans le ciel fermé ne luit pas une étoile, C'est un deuil plus profond que tous ceux qu'on rêva Qu'une âme de poëte accablé qui s'en va!
O vous les doux et fiers, assembleurs de nuages, Vous, habitants du rêve, ô vous les fous et sages, Qui dans ce monde laid épris de l'oripeau Contents de n'être rien restez prêtres du beau, Et laissant s'agiter les passions nouvelles Demeurez serviteurs des choses éternelles, Ne rapportant jamais des marchés d'ici-bas Que l'âpre amour de tout ce qu'on n'y trouve pas La liberté, la paix, la dignité, l'étude, Et ce gain sans pareil l'or de la Solitude O désintéressés, incurables songeurs, Ouvriers d'idéal, artistes, voyageurs, A cette âme lassée et qui nous abandonne Portez votre tendresse avec votre couronne O dernier soleil pâle, ô derniers chants des bois, Faites-lui vos adieux pour la dernière fnis
ai. m. 'Bl.o4V^CHECOTTE.
STodWlCES Fils d'un siècle énervé qui de mélancolie Pleurait, comme un automne ou meurt le son du cor, Il fit hardiment boire à la France pâlie Un grand coup de via pur dans une coupe d'or. Il fut superbement Oiate, étant né poëte; ̃ Et dans le prosaïque exil des feuilletons, Tel qu'Apollon paissant les troupeaux chez Admète, Dieu des hauts firmaments, il parqua les moutons. En lui s'enflait un hymne à la beauté du monde! Des sentiments amers sa Muse, en triomphant, Sortait, comme des flots salés la Vénus blonde, Et l'Amour la suivait, comme un aveugle enfant. Lumineux, chaud; fécond, plus que la clarté même, Vainqueur des ouragans, de l'ombre et des hivers,- Intarissable éclat, sérénité suprême, Il ensoleillait tout dans ce morne univers. La Mort, chauffant son vieux squelette en cette flamme, Vivait, se transformait, et splendeur sans défauts, Jeune déesse aussi coquette qu'une femme, En riant se mirait dans l'acier de sa faux.
Ce n'était plus la Mort; la Proserpine antique, La cueilleuse de fleurs, qu'un Dieu sombre entraîna, Semblait ressuscitée, et du laurier mystique Couronnait le poëte au doux vallon d'Enna.
JDeauteous as Venuses emerging fresh
From the calm lymph, wherein they lurk all lone,
Some thoughts there be, inadequately shown Except in Song their beauty we enflesh; And such the sweet symphonious thoughts which press
Round thee, great THÉO, whom unknown I've known,
And loved most lovingly, whose faintest tone Prismatic dazes me with magic stress.
So Death at length hath ta'en thy hand black Death
With whom, when drunk with golden Light and joy, 'T was thy quaint whim to dally, no wise coy, Death hath for true-love kissed thee, still whose breath
Pipes the same tune for ever « éMy repose Is more than sunshine sweeter than the Rosé!
WiLLIoAZM
VI^GT-Clt^dQ^ OCTOtBeI{E La mort l'avait surpris, il dormait solitaire, Pour la première fois sur sa tâche affaissé; Tous ses rêves légers fuyaient son front austère Et son livre à ses pieds raidis avait glissé. Toujours les mêmes lois et le même mystere L'homme, à l'aube debout, le soir est terrassé; Quatre planches qu'on cloue, une motte de terre, Une larme qui tombe. et tout est effacé!
Les abeilles venant de Grèce, leur patrie, Ne trouvant plus de miel sur sa lèvre flétrie, Bourdonnaient tristement et regrettaient leurs cieux. Abeilles, butinez sur le livre qu'il laisse; Ses vers ont le parfum des fleurs de votre Grèce, Faites-y votée miel et le portez aux dieux.
GEORGES liOC-TELLEoiU.
CI ?HÉOPHILE GoAUTIE% Moi, je dirai sa voix douce et si pénétrante! Timbre d'or de Hugo, de Gérard de Nerval, De Rogier, de Stadler, de Houssaye et Dbrval,? De ce groupe d'amis que la Muse apparente.- O douce voix! soupir de flûte au fond du val! '̃ Écho de la syrinx, mélodie enivrante, Pour quel divin concert votre choeur sans rival y A-t-il reçu le la de quelque Fée errante?
Toujours jusqu'au tombeau; mon âme l'entendra Tel un Brahmine écoute et croit entendre Indra r–W La chère voix, aux sons caressants et -h Aux plaintives rumeurs des bois, quand vient le jour, A la Guzla qui pleure et chante un chant d'amour Lorsque la tribu dort et que l'amante veille.
jALFUE'D VUSQUE-T.
mÈTESM'PSYÇOSES
Sous les eaux, à cinq brasses profondes, ton père est couché
Ses os en corail sont changés;
En perles est changé ce qui était ses yeux
Rien de lui ne peut s'anéantir,
Mais tout subira sa métamorphose
En quelque chose de riche et de merveilleux.
:̃̃>••̃ (La chanson d'Arielj Si l'esprit ne meurt pas; mais retourne à l'espiif,
Si les flots de la mort profonde, En roulant dans leur sein ceux que la mort surprit,
Les emportent au fond d'un monde Où tout se fait plus beau, plus riche et merveilleux
Maître, puisque ainsi rien n'arrêté La course de notre âme ou du vent dans les cieux,
Qu'es-tu maintenant, ô poëte> Toi qui créais, peux-tu continuer ailleurs
Tes créations commencées ?
Sur une étoile d'or, verses-tu dans les fleurs,
Pour les enflammer, tes pensées ? Artiste heureux, fais-tu dans un coin de l'azur,
Gouverné par ta fantaisie, Surgir une cité, toute de marbre pur
Comme ta blanche poésie, Cité plus radieuse et mieux rhythmée encor
Que Constantinople ou Venise, On les yeux à jamais ivres de pourpre et d'or
Ignoreront la couleur grise?
Ou bien présides-tu, sous un autre soleil
D'où sans fin coule l'harmonie, Un astre plus aimant, plus jeune, plus vermeil,
Plus hospitalier au génie ?
Sur un monde idéal, maître, n'erres-tu pas t f
Parmi de fières :'patriciennes, Belles, comme autrefois les voyaient ici-bas r?;; ir.i
Les étoiles des nuits' anciennes?
Car tu l'as mérité, cet éden inconnue •- >
Ce paradis de belles formes,"1-' Songeur aux fèves purs, pour être ainsi venu
Dans ce temps de laideurs énormes s j ïH )
C4SMICUS qASMICO si ton corps est dans le suaire,
Ton esprit vivra daes les ans.
J'ai vu ta chambre mortuaire,
Tes deux filles pleurer dedans.
Ce n'est plus qu'un lieu funéraire
Où tu recevais tes aimants;
Hélas adieu le sanctuaire
Se sont dit tous les assistants.
Adieu, mon immense poëte,
Plus grand art et plus noble tête
Ne se verront pendant longtemps
Et si j'ai -peint un jour ta face,
Tu fis la splendide préface
De mon livre. Un jour de printemps i
04VGVSTE DE CHq4T1LLOV£-
o4 u m(mP~^
JVloi, rante les bois, les prés, >.
Dans ma rugueuse et rouge prose ̃
OU marchent les désespérés a
Au regard farouche et morose,
J'aime tes vers h si mesurés y
Qu'une lumière pure arrose
De rayons d'or inaltérés,
0 grand poëte blanc et rose! s
Triomphe en ce pays divin, ̃̃. m <̃. ,m
OU ne germe ni blé ni
Que tu peuplas d tant de marbres, x s:*n 4 Toi qui nie fais trahir les arbres;
Et déserter mon vert* sentier,1 4
Peintre du Rêve, toi, Gautier!
f.KOt\; CL&fDEL.
IHÉO'PHILE GQ4UTIETI Un jour, dans un sonnet magique de splendeur II peignit les contours de la fleur de Hollande, La tulipe superbe, altière, droite et grande, Plus hautaine qu'un lis belle mais sans odeur. Fière, et se blasonnant, or avec pourpre en bande, Sa poésie était semblable à cette fleur, Mais, tulipe embaumée oû se cachait un pleur, Elle avait lé parfum exquis de la lavande.
Turc d'Athènes flânant sur notre boulevard, Rimeur oriental et chercheur de hasard, Lui, fils de Rabelais qui chérissait Homère, Il errait, poursuivant, fidèle à tous ses dieux, La beauté strophe ardente ou marbre radieux, Où coulât le sang pur de la Gaule, sa mère!
JULES CLafRETlE.
THÉOTHILE GoâUTIE^ Quand l'immense décor de ces milliers de tentes, Qu'Ismaïlia naissante au désert déroula, Nous apparut, sculpté sur trois zones flottantes D'or, de pourpre et d'azur! son œil étincela. Au signal du canon, les foules haletantes, Pour voir passer des rois se ruaient ce jour-là, Bonds sauvages, suivis de stupides attentes.
J'allai vers lui, pensant Le vrai roi, le voilà Songeur, il caressait le cou d'un dromadaire; Avec ce parler lent que le rêve modère, Il me dit « On voudrait peindre en vers ce tableau :.? Il Noces de mer, jeux africains, pompe d'Asie.» Oui, mais j'en chasserais ces rois sans poésie, Pour n'y voir acclame que vous Seul;' dieu du Beau »
t. O VISE COI. ET.
THÉOTHILE GvWTIE<K
x ÉLÉGIZ4QUE --Maître, l'envieux n'a pu satisfaire
Sur toi son cruel et lâche désir.
Ton nom restera pareil à la sphère,
Qui n'a pas de point par où la saisir.
Pourtant il fallait nier quelque chose
A l'œuvre parfaite où tu mis ton sceau.
Splendeur et parfum, c'est trop pour la rose,
Ailes et chanson, c'est trop pour l'oiseau.
Ils ont dit Ces vers sent trop purs. Le mètre,
La rime et le- style y sont sans défauts.
C'en est fait de l'art qui consiste à mettre
Une émotion sincère en vers faux.
Tu leur prodiguais tes odes nouvelles,
Embaitmant l'Avril et couleur du ciel.
Eux, ils répétaient Ces fleurs sont trop belles.
Tout cela doit être artificiel. Et poussant bien fort dé longs cris d'alarmes, Ils t'ont refusé blessure et tourments, Parce que ton sang, parce que tes larmes Étaient des rubis et des diamants.
L'artiste grandit, la critique tombe.
Mais nous, tes fervents, ô maître vainqueur Nous voulons écrire aux murs de ta tombe, Que ton clair génie eùt aussi du cœur.
Nous savons le coin où se réfugie, -̃ v\ Sous les fleurs de pourpre et d'or enfoui, Le parfum discret de ton élégie, ?T;^ Bleu myosotis frais épanoui.
Oui, nous l'envions, ce spectre de rosé Sur un jeune sein morte un soir de bal; Et notre tristesse est souvent éclose En nous rappelant l'air du carnaval.
Nous avons aussi perdu notre amante, Nous l'avons poussé, ce soupir amer Du pêcheur qui souffre et qui se lamente, Seul et sans amour, d'aller sur la mer.
Celle que tout bas tu nommes petite, Celle à qui tu dis Le monde est méchant, Nous a bien prouvé, l'enfant hypocrite, ?
Qu'elle avait un coeur, en nous trahissant. De ses yeux d'azur la larme tombée, Diamant du coeur par ta main serti, Nous l'avons tous bue, à la dérobée, Sur un billet doux qui nous a menti.
Et sur les joujoux laissés par la morte, Aujourd'hui muets et si gais jadis, Nous prions encor pour que Dieu supporte Le bruit des enfants dans le paradis.
COTVÊÈ.
qA THÉOTHJLE GqAUTIEI^ IN on L'ouragan qui traîne après lui tant de pertes, Ni la mort qui le suit en préparant ses coups, O France, ne pourront te jeter à genoux; Tes flammes, par leurs soins, ne seront pas couvert Ton sang fécondera, dans les plaines désertes, D'abondantes moissons aux bienfaits les plus doux En vain t'enchaîneraient les barbares jaloux, Tes entrailles toujours demeurent entr'ouvertes. Celui que nous pleurons, dans ta mâle vertu 'T'admirait; il est mort par ta peine abattu Tant est plein, ton amour, d'une puissance occulte Mais lorsqu'un de tes fils, ô France, disparaît, Le progrès indécis subit un long arrêt; A tes héros tombés le monde doit son culte!
R. COlilipi.
QJJo^U^D IL ÉTQAIT ÉCOLIER Joh père nous disait « Théophile travaille, Mais à 'sa fantaisie, à son heure, en son lieu Sous la règle scolaire il se range assez peu, Et, quand on l'y contraint, il ne fait rien qui vaille. « Donc, je le laisse libre; et'maint pédant me raille De ce que je le gâte et joue un si gros jeu.
N'importe! qu'il fleurisse au souffle du bon Dieu! Dans le moule banal je ne veux pas qu'il aille! » O père de Gautier, mon vieux chef à l'Octroi, Je te l'avais prédit que ton fils serait roi Ta méthode était bonne, et l'autre détestable. Prosateur, et poëte aux rhythmes souverains, Encor qu'il ait été romantique à tous crins, Il n'imita personne, et reste inimitable.
mO%QALE Orner le monde avec son corps, avec son âme, Être aussi beau qu'on peut dans nos sombres milieux, Dire haut ce qu'on rêve et qu'on aime le mieux, C'est le devoir, pour tout Homme et pour toute Femme Seuls; les déshérités du ciel, qui n'ont ni flamme Sous le front, ni rayons attirants dans les peux, S'efi'arant de tes bonds, Lion insoucieux, T'en voulaient. Mais le vent moqueur a pris leur blâme. La splendeur de ta vie, et tes vers scintillantes Te défendent, ainsi que les treize volants Gardent rose, dans leurs froufrous, ta Moribonde' Elle et toi, jeunes, beau, pour ceux qui t'auront lu, Vous vivrez. C'est le prix de quiconque a voulu Avec son corps, avec son âme, orner le monde.
CHaîilLES CHOS.
OA THÉOPHILE GQâUTIE^, -i™ Peintre des vives rutilances,
Grand estampeur de vers nacrés,
Doux enchanteur qui nous balances 3 Parmi les firmaments dorés,
Chantre des chaudes indolences,
Barde des amants abhorrés
Pour leurs fougueuses violences,
Mais par ton art transfigurés
Loin de ce monde ridicule,
Au sein de l'Éther flamboyant
Qu aucune tache ne macule
Tu- te dérobes souriant,
Et comme un soleil d'Orient "Tu te couches sans crépuscule.
G. -DoiliGE^CTY. A vingt ans, le Poète, enivré de sa force, J Jette d'un front joyeux l'exorbitant 1.
Et pour les voluptés viriles du combats Sculpte l'or d'un kandgiar superbe à lame torse. Mais la sève fougueuse assouplit son écorce s Sur les tentes la paix glorieuse:
Au-dessus de la Mort en fête et du Sabbat Vénus calme déploie en souriant son torse.iM Comme un riche platane élargi dans le ciel,.
L'Artiste rêve; il suit dans la forme des choses L'harmonieux dessein de leurs métempsycoses; Et dans son culte il règne et repose, immortel. O visibilité de Dieu, Beauté suprême, Tu n'as pas besoin d'âme,; étant l'âme elle-même.
•'ï/'S,fi# Va4VL cDELatI%.
DE THEOPHILE GAUTIER. Si
LM COMÉDIE 'DE LqA $MO?iT o Mort, dont Théophile a peint la comédie, As-tu tranché ses jours assez cruellement?
Son puissant cœur lutta contre la maladie; Sa verve se jouait de ton acharnement.
Tu le voulais punir de son oeuvre applaudie; Mais la gloire l'avait adopté pour amant.
Le cygne inanimé baisse sa mélodie L'écho répand les vers du poëte dormant.
Ton triomphe est manqué, reine des catacombes Le sien dure il a dit ton métier dans les tombes Nul peintre n'a rendu, mieux que lui, ta laideur. Ta faux, en le frappant, l'a sculpté Commandeur; Sa figure à jamais resplendit belle et grande! Il a fait ton histoire, et tu fais sa légende.
6 <P%OS'PEeR 7)ELo4éMc>lci{E.
TeALETTE MoÂGIQUE
« Peinture, la rivale et l'égale de Dieu
Th. GAUTIER fAlbertusJ.
Où donc l'as-tu trouvé ce bijou poétique
Aux bords de la Néva,, froid reptile apathique,
Ou dans l'Escufial, géant bastionné> f
Réponds, mort immortel de myrte couronné.
Par une nuit d'argent, fluide et magnétique,
Sur les degrés moirés d'un harem fantastique,
La Péri, dont l'œil noir s'ombrage de henné,
Pâmée en un baiser d'amour, me l'a donné. » i
Vous l'entendez, sculpteurs. Dans un groupe d'aimées,
Enlacez de son nom les syllabes aimées, j
Et brodez sa palette au front du monument •;
La couleur n'eut jamais de plus fidèle amant, ^,t T
Car il fait voir aux yeux ce que l'âme veut: lire;
Et sa plume, en peignant, chante comme une lyre: &
DE THEOPHILE GAUTIER, y?
SQ4LUT FUNÈBRE Ualut a toi, du fond de la vie éphémère, Salut à toi qui vis dans l'immortalité Où près de Goethe assis tu contemples Homère Salut Tu fus l'amant de la pure beauté Et dans ton cœur vibrant sous d'augustes présages Tu lui bâtis d'avance un palais enchanté Jeune Grec exilé dans la laideur des âges Tu te ressouvenais, en pleurant les retards De la beauté qui fait se lever les vieux sages Songeur mélancolique en nos siècles bâtards, Frère de Phidias, tu chantas loin d'Athènes, Mélodieux martyr des confus avatars Salut Tu fus l'amant des chimères lointaines Et tes yeux clairs cherchaient dans nos fleuves fangeux Le reflet dont jadis ont frémi ies fontaines J4 LE TOMBEAU Les Olympes toujours ont n*?s désirs pour jeux Mai, tu fus le croyant qui voulut toujours croire, A travers le bruit vain des peuples orageux.
Et c'est pourquoi d'en bas nous saluons ta gloire Et ton rêve vainqueur de l'ennui meurtrier, Triomphal invité du Temple de Victoire Entres-y, le front ceint da vivace laurier, Toi qui, sachant n'aimer que la beauté parfaite, Tout jeune sus la peindre en parfait ouvrier Après t'avoir pleuré, les Muses te font fête, Nostalgique chanteur, du seul paros épris, Doux comme un revenant, calme comme un prophète! Prêtre tardif, gardien du culte désappris, Tu détournas ton cœur des idoles grossières, ]- Le gardant à l'idole impeccable pour prix.
Honneur à toi parmi les .gloires devancières Et plus haut par l'oubli des illustres d'un jour, Tu verras s'écrouler leurs autels de poussières: Ils t'ont pris par la main ceux-là qui, tour à tour, Du bout d'un burin d'or nous gravant leur pensée, y, » Ont de l'oeuvre divine épuré le contour. j Reçois de fils pieux la couronne tressée Pour ceux qu'illuminait un éclair idéal Dont leur âme em naissant fièrement fut blessée. Siège, esprit lumineux, au Temple sidéral Lèvre attique parlant de suprême harmonie, Étanche enfin ta soif dans un nectar lustral La suprême beauté loin de nous est bannie Mais nous la revoyons dans le miroir de Fart, Depuis que le Rapsode erra dans l'Ionie.
Salut Tu: peux parler d'Hélène au grand Vieillard.
LÉOVÇ TIE11X.
UV^E LQéliéME -DE GISELLE Sur le cercueil, couché dans le fond de la tombe, On entend résonner la terre qui retombe A temps égaux. Le prêtre a fermé son psautier. La France pleure, en deuil, Théophile Gautier. La foule défila sous un ciel froid d'octobre. Et je rentrai chez moi. Le jour grisâtre et sobre Allongeait, en tombant, l'ombre sut le tapis. A la chaleur du feu, rêveur, je m'assoupis.
Mon foyer s'agrandit le chambranle de l'àtre S'ouvrit comme la baie immense d'un théâtre, Les bûches se changeaient en chênes, en bouleaux, En saules rabougris, en trembles, en roseaux. La lune au ciel brillait. La braise incandescente Imitait d'un étang la nappe miroitante Où de grands nénuphars découpaient des cœurs noirs. L'air,était vaporeux comme il est aux beaux soirs. Et soudain les Willis, danseuses fanatiques, Apparurent valsant leurs valses fantastiques; Puis leur reine Myrtha de son sceptre de fleurs Frappa le pied d'un saule aux verdâtres pâleurs. Et l'ombre de Giselle aussitôt de la terre Jaillit. Elle portait une tristesse austère Empreinte sujr rses} traits contractés et pâlis. De légers voiles noirs, de leurs funèbres plis, Enveloppaient son front baigné des lueurs blondes Que la lune versait en abondantes ondes.
Dans ses yeux frangés d'or une larme perla, Grossit^brûlàntei amerë^ et leiitêmekt roula tii^y?! Sur rurnequè^tëhài^sanaaiiî^blànché et petite. Le bronze au même Instant se fendille,'crépite, Éclate, et dè^séfs flanesune fîamtnë bondit:' i! Le zénith empourpré rayonne, resplendit, Et l'âme de Gautier, lumineuse et sereine, ̃ -'̃̃ Monte, envole çhèrcHer'Sa couronne de reine -011./ Dans les pays brillants où s'incarne le Beau j n î s Je m'éveillai, sans feu, sous le froid du tombeau.
F'R.É'DÉ'R.IC "DILLoA YE. Je ne suis pç^ls 4flçur; mais son par Je ne suis, pas, voix. •>:̃•) ;/1 Je ne suis.-pas- Mais mon lp 6uiyr@.
Poëtes d'aujourd'hui, PpëteiS d'autrefojig, h Comme un afarajsur. 4u -bel art qui, fait,vivre, noM Si je me ï;-a Mais je monte avec vous le chemin de la croix Ce luth, tombé du ciel pour "enchanter la Je crois l'entendre encor, quand il semble se taire Il. frémit sous le marbre. Une harmonie en sort. C'est sa voix !Laissons-nous charmer partant de charmes. L'ami que nous pleurions ne veut plus de nos larmes Il revit dans ses vers il chante Il n'est pas mort!
CvimiLLE D0VCE7.
-VOX HUSMILIS vJTautier, tu le disais dans leurs tentures blanches Quand les morts sont couchés, leurs membres sont bien froids, Mais leurs cœurs restent chauds; et, tristes, quelquefois Ils viennent écouter aux fentes de leurs planches. Eh bien écoute-nous, car nos larmes sont franches Et les sanglots sont. vrais qui déchirent nos voix; A ton bûcher funèbre, ô Gautier, tu le vois, Même les plus petits ont apporté des branches. Et toi, dont il chantait les ténébreux appas, O Mort, sois-lui bénigne, et ne refuse pas Au poëte impeccable une paisible couche, Où, comme un soir la R.eine à son poëte aimé, Les mortes par amour, poseront sur sa bouche L'hommage doux et pur d'un baiser parfumé. Prétre des anciens dieux, fils de la vieille Attiquë,! Tu n'as jamais aimé :1e squelette gothique;01 Et l'art plus consolant dès Pâïéiis" 'Vêtait cher a Voilant les os hideux des splendeurs de Pourtant sur ton front pâle on a cloué la bière, Poète, et'dans le noir gazon du cimetière, Sous le balancement 4ès longs ̃cyprës" en deuil, On a profondément enfoui' le cerëueil :'n'Ji 'l"i >'̃̃̃̃ ̃̃ Et nos cœurs étaient pleins d'une tristesse amère. Va, nous aurions voulu vers la Grèce ta mère T'emporter, ôtloux maître.'et, disciples pieux, uj j Te dresser sous l'azur un bûcher glorieux. 1!'t( ;i La flamme auraitrougi les vastes mers lointaines; Debout sur son tillac, le matelot d'Athènes Aurait pu voir, pensif, dans la tiédeur du soir,1 Pareils à la vapeur fine d'un encensoir ,Nt Ou bien à la fumée au loin d'un feu de pâtres^ J Monter, clairs et légers, les volutes bleuâtres. A l'aube nous aurions longtemps suivi des yeux Le suprême flocon envolé vers les cieux, Puis, récolteurs émus de tes cendres chéries, Traversant les vallons en longues théories, Nous aurions déposé l'urne de marbre blanc Au bord d'un fleuve bleu sous les branches tremblant. Dans le Paros, parmi les festons de l'acanthe, L'art aurait évoqué le faune et la bacchante Et les divinités indulgentes des bois Chœur dansant, visions exquises d'autrefois; Et les buissons fleuris seraient pleins de colombes, Car leur frêle blancheur est douce auprès des tombes. Dans ce bois consacré tori esprit souverain, Poëte, aurait plané sur le marbre serein, Et lorsque, le cœur las des hommes et des choses, Nous t'aurions visité parmi tes lauriers-roses, Pèlerins consolés,' nous aurions bu souvent Un peu de ta grande âme éparse dans le vent
TIE<H11E ELZÊoi%.
THÉOTHILE oo» il n'est pas éteint ce foyer dont là flamme Épandit ses rayons sur le monde «harnié s < Rien ne le Rien ne la brr8era( cette vaillante ldme. •> ? La Mort vint sur ta lèvre^ ô Poëte acclamé, u Poser furtivement son précieux dictâmes Délivré maintenant, maintenant transformé, Tu peux boire à longs traits l'idéal de ton âme. Vers le Gange sacré s'envole ton esso:
Ami du clair soleil et des nuits constellées, Tu traverses l'éther dans un: nuage d'or.
A tes yeux, à ton cœur les Sphères déroulées Vont livrer des couleurs et des strophes ailées. Dans l'infini des temps tu chanteras encor.
vtLF'RE'D 'DES ESSal^TS. V^/u'on proclame l'Aide éterateé parmi Les maîtres du grand Art radieux et prospère, J'adorerai Celui dont il fut ditî le Père Et dont nous, disions, 4 l'Ami, Mâle raison, courage affermi, Qui, de rares vertus Vint embrasser Pari$ 4an$ la chance contraire, Et ne sut ni. vouloir ni souffrir à demi; Être indulgent et toii, êoujevaot les poëte#, Tel qu'on voit Apollon sgr un £œje romain Tenir un petit dieu d'ivoire dans sa maia, Et qui, plein de pudeur en ses fiertés muettes, Voilait discrètement, hormis pour notre chœur, Le plus beau, le plus pur des diamants, son coeur!
EéM£Ma4$CUEL 'DES ESS&m7S 64 «O
Aux yeux L
Nuit sombre, ou lumineuse aurore ?.'=
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Parti pour le dernier voyage!
îH'ïLe voile du profond mystère i-wiq o>\
Il connaît le sort réservé
l'homme au sortir ^de la terre; Où les âmes vont, il le sait, Où le cœur lassé se repose, Et quand nous le pleurons il cause Avec Lamartine et Musset!
Ne nous diras-tu point, poète, Ce qu'on voit, franchi le grand pas ?
Ce voyage, lyre muette, Ne nous le conteras-tu pas?
Sous les couleurs étincelantes Dont ta palette eut le secret, Divin Maître, que ce serait Plein de charmes, et d'épouvantes Tu dirais si le ciel est pur, La plaine humide de rosées, Si le Styx est non' ou d'azur, S'ils sont verts les Champs Élysées; Quel batelier c'est que Caron, Et comment Minos délibère?
Tu nous montrerais l'Achéron, Et les trois têtes de Cerbère!
Tu dirais s'il est des damnés Plongés dans la fournaise ardente, Ou s'ils ne sont qu'imaginés Les cycles effrayants de Dante? Enfers païens ou ciel chrétien, Sous la terre ou dans les étoiles, Que tu Doux peindrais de ces toiles»
Maître, que tu peignais si bien t Regrets stériles • C'est dommage,; Mais on n'écrit point de là-bas, Et c'est, las ton plus beau voyage Que tu ne nous rediras pas ;.̃̃
V&1UL FE'UJIUE'R.
c4 THÉOPHILE G&WTIET^ Pendant ces mois maudits, amers au souvenir, Où Paris haletant fut séparé du monde, Sous les lâches boulets foudroyant à la ronde, Poëte, tu marchas jusqu'au bout sans faiblir- Mais, au seuil des maisons lorsque tu vis venir Nos ennemis, on dit qu'à ce contact immonde, Ton âmt frissonna d'une angoisse profonde Et ton corps défaillit. Tu savais donc souffrir Belle Muse sereine, aux formes magnifiques Comme le marbre exquis des .Vénus helléniques, Libre et sonore voix de l'Art pur et du Beau, Esprit charmant et bon, si prompt à l'indulgence, Que la plainte sur toi tombe avec abondance Tu n'étais Pas, hélas mûr pour l'affreux tombeau.