‹ Le tombeau de Théophile GautierChapitre 7 sur 14 · LES FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

LES FUNÉRAILLES

?)E THÉOTHILE GoâlJTIE^ Eh bien! monde affairé, monde brutal, qu'assomme L'Idéal et qui; plus que la bête de somme, Penches stupidement ton front vers le trottoir, Toi qui ne connais rien au-dessus du comptoir, O monde positif qui prends des airs moroses Si l'on vient à nommer les amoureux des rosés, Allons ouvre les yeux et vois donc aujourd'hui Le vide affreux que laisse un poëte après lui! Regarde ce cortége immense, cette escorte Qu'éblouit le reflet de la dépouille morte Etendue et fermant les yeux dans le cercueil. Pas de faux airs émusf Vois C'est bien un vrai deuil, Et tout ce que Paris compte d'illustre, austère, r Frissonnant, est venu pour voir rendre à la terre Cette argile pétrie autrefois par un dieu Et pourtant ce n'est point un homme de haut lieu, Un prince, un gros bonnet de la finance, un être Qu'un trône voit mourir, ainsi qu'il l'a vu naître,

lu Ce défunt qu'une foule entoure avec amour.

Jamais tu ne le vis au coin d'un carrefour Appeler les passants, « faire de la réclame! » Non! C'était un poëte épanchant sa belle âme En magnifiques vers, purement, simplement, Chantant le lis candide et le clair firmament; Et dans ces jours brumeux où l'ignoble ironie S'admire en insultant chaque jour le génie, Il inclinait son front olympien devant Le Maître qu'il avait connu soleil levant Et qu'il servit toujours d'une foi si profonde. Oh comme les hideurs banales de ce monde Disparaissaient devant Théophile Gautier!

Dévouant au seul art tout son cœur en entier, Comme ce grand poëte était bon et sensible Quand il passait ainsi qu'un beau lion paisible, On eût cru voir marcher un sage de ces temps Où la Lyre apaisait la fureur des Autans; Et l'on croyait ouïr chanter une sirène Quand en perles tombait sa voix douce et sereine. Ah parce qu'on a ri, parce que l'on rira De ceux que le laurier verdissant attira, Parce qu'il faudra bien toujours qu'un imbécile Soit là pour accomplir cette tâche facile D'ameuter le public contre les fronts hautains, Poëtes, bénissons largement nos destins Tout est beau, tout est bien et mon âme est en joie 1 Pour renaître à l'espoir, il suffit que je voie La stupeur que Paris, ce railleur sans remord^ Ressentit quand on dit que Gautier était mort. Quel triomphe plus grand et plus fier pour la Muse Le soleil perce enfin l'obscurité confuse Et dore de rayons éternels le laurier ̃ Qui croît sur le tombeau de ce digne ouvrier, Mort l'outil à la main, dans un calme sublime, Cherchant à suivre encor le vol pur d'une rime!

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QA THÉ OTHILE GcA UT I Eli Un n'a pas à pleurer sur son génie; il reste Tout entier immortel dans sa prose et ses vers. La mort qu'il a chantée aux chefs-d'oeuvre divers Met le lustre suprême et le sceau sans conteste. Mais vainement pour tous sa gloire manifeste Du jaloux avenir ne craint point de revers, Sa perte, qui s'ajoute à de sombres hivers, Pour ceux qui l'ont connu n'en est pas moins funeste. Sa grâce, sa douceur, son bienveillant accueil, Son parler qu'on aimait, tout cela, le cercueil Le leur dérobe, et nul ne saura le leur rendre. La bonté littéraire, il l'eut; à quel degré!

Lui qui, dans son essor altier, n'a pu comprendre Qu'à railler l'insuccès on prît le moindre gré

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