op. cit
3. Correspondance de Voltaire, éditée par M. Beuchot. Paris, inipr. de F. Didot, iSîg-iS;^, 70 vol. in-8.
raisons qui le retenaient à Londres, y recevoir, en 1787, la visite du duc de Lauzun.
La vie de Armand-Louis de Gontaut, d'abord duc de Lauzun, puis duc de Biron, fut assez remplie et est assez connue pour que nous n'ayons pas à la raconter ici. Après une jeunesse très brillante qui lui a valu la célébrité dont il jouit, il alla combattre en Amérique pour la cause de l'Indépendance. Il en revint en 1787, passa par Londres et fréquenta chez Le Texier dont il écouta les lectures.
Est-il exact, comme le prétend Le Texier dans la Préface que nous reproduisons plus loin, que le duc de Lauzun (il ne fut duc de Biron qu'en 1788), se soit laissé entraîner à y faire lire une pièce de sa composition et à en autoriser la publication posthume ? Nous n'avons pas de raisons d'en douter.
Il ne faut point chercher dans ces deux actes une pièce véritable. Le sujet en est assez mince : la vicomtesse de Sénanges, libre de M. de Marsal, parti pour l'armée et à qui elle doit plus que de l'amour puisqu'il a payé ses dettes, se laisse pourtant aller à écouter le marquis de Mirville, dont tout le monde lui dit tant de mal qu'elle finit par le trouver fort bien. Un jour, Marsal revient et c'est au tour de Mirville d'aller rejoindre son régiment ; l'un et l'autre comprennent vite que les absents ont toujours tort et s'y résignent d'assez bonne grâce. Voilà bien un sujet pour amateur de ceux qui peuvent s'agrémenter de mille détails sans que l'ouvrage devienne meilleur ni pire. Mais ce sont ces détails mêmes qui nous ont paru faire à cette petite étude un mérite singulier. Rarement, au XVIIP siècle, il est donné de surprendre la vie du beau monde en pareille confidence. Il y a dans les scènes avec les domestiques, le mari, les parents, les amis, les documents les plus précieux sur la vie quotidienne. « Le Ton de Paris ou les Amans de bonne compagnie » pourrait passer pour un épisode des « Liaisons dangereuses » où Valmont aurait écrit de luimême.
On comprend que Le Texier ait tenu à faire figurer cette pièce dans son recueil ; il y retrouvait un écho de la société qui lui avait donné l'enivrement du succès et qui l'avait perdu. Dans l'exil où le tenait une erreur de jeunesse, l'âge, les infirmités, les difficultés de l'existence devaient lui être plus sensibles.
La guerre contre Napoléon y rendait le public peu favorable à ce qui était français. Vers 1805, Le Texier quitta l'Angleterre. Il parcourut l'Allemagne, y faisant des lectures. En 18 14, lorsque les bouleversements politiques et aussi la prescription eurent rendu possible son retour en France, il revint à Paris, où il mourut, à ce que disent les biographies, dans un âge avancé.
Ce fut une personnalité intéress inte, produit et victime de la société la plus brillante et la plus élégante qui ait jamais existé et qui méritait un peu de souvenir pour nous avoir conservé, dans Le Ton de Paris, un reflet de cet éclat et de cette élégance.
La Bibliothèque nationale (cote Yf 6137-6177) et le British Muséum (85 i-12-19) ne possédant de notre recueil que la première série et non le volume qui contient cette pièce ; le catalogue de la bibliothèque de Soleine n'en faisant pas mention ; enfin, les bibliothèques de l'Arsenal, de la Comédie-Française, de Lyon, de Marseille, etc., n'en possédant aucune trace, nous pouvons sans doute regarder notre exemplaire comme tout à fait rare.
Aussi cette unique comédie du duc de Lauzun est-elle absolument inconnue, et a-t-elle échappé même à M. Gaston Maugras lorsqu^il a écrit son intéressante biographie ^
Toutes ces raisons, sans oublier la qualité du style, jointe à celle de l'écrivain, nous ont décidés à la sauver enfin de l'oubli. Et quelque porté que l'on soit à surfaire le mérite de ce que l'on a découvert pour se donner une excuse de le publier, il nous semble pourtant qu'on trouverait difficilement, même au XVIIP siècle, un style plus naturel et plus élégant, une observation plus sûre et une façon de dire de meilleure compagnie que dans Le Toit de Paris par le duc de Lauzun.
P. S. — Le Texier eut des lecteurs de théâtre concurrents à Londres. — Nous avons sous les yeux un exemplaire de "■< Le \ comte de Strafford, \ tragédie | en cinq actes et en vers, | par | le comte de Lally-Tolendal | Londres | de l'Impri merie de T, Spilsbury et fils | m dcc xcv » un volume in-8° (xiv-138 p.) imprimé avec la liste de ses souscripteurs. — Cet exemplaire, rempli de corrections manuscrites, porte sur le plat de sa reliure l'étiquette « Mes Lectures à Londres > et sur une feuille de garde l'indication suivante : « Exemplaire, donné et corrigé par l'auteur, qui m'a servi dans mes lectures à Londres en 1796. — E. R. de Nugent ».
I. La Fin dune société. — Le duc de Lauzun et la cour de Marie-Antoinette, par Gaston Maugras. Pion, .N'ourrit, 1909.
Voici, avant de passer à 'la publication du texte, le relevé complet des ouvrages dont se compose notre recueil :