SCÈNE III
L'abbé de Goufières, Madame de Kell, Mirville, Campana, le Major.
L'Abbé.
Avez-vous pensé à moi, Monsieur Campana ?
Campana.
Oui, M. l'Abbé, et j'espère que vous serez content.
Mirville.
Ah ! Ah ! l'Abbé se fait peindre en bonne fortune.
L'Abbé.
Point du tout, Marquis, vous êtes un mauvais plaisant : et pourquoi ne seroit-il pas permis à un honnête ecclésiastique ... ?
Mirville.
Les honnêtes ecclésiastiques, comme l'A-bbé, se permettent beaucoup de choses ... mais il est changé ... que c'est affreux, ce petit Abbé I
L'Abbé.
Je le crois, en tout bien, tout honneur ; la société me tue : je me suis encore
couché à quatre heures.
Mirville.
Vous avez donc soupe avec mauvaise compagnie ?
L'Abbé.
Fi donc, Marquis, ne me faites pas de ces plaisanteries-là, vous êtes un
mauvais sujet. J'ai soupe chez la Duchesse avec Madame de Puismorin, et ce sont
deux lampes éternelles.
Mirville.
A propos, l'Abbé, avez-vous toujours cette grosse Présidente qui est si grasse?
L'Abbé.
Vraiment, vous me faites de la peine ; dites-moi plutôt si vous êtes content de mon petit cousin, du petit Gerval.
Le Major.
C'est un joli officier, mais il aime trop le billard, et il ne va pas assez dans les maisons; j'ai voulu lui donner des conseils, mais c'est bien jeune encore.
MiR VILLE.
Sans doute, s'il avoit voulu, le Major lui auroit fait voir la meilleure compagnie de Bouchain. Madame, nous gênons l'Abbé, il a des affaires avec M. Campana. Vous avez des commissions à me donner pour Strasbourg; allons nous asseoir
là-bas.
M'i'e DE KeLL (tout bas).
Tâchez de vous défaire du Major.
]MlRVILLE.
Major, si vous dînez chez mon père, allez-y, car vous savez qu'il se met à
table de bonne heure. '
Le Major.
Je vais faire appeler un iîacre.
Mme DE Kell.
J'ai un carrosse de remise, si M. le Major veut le prendre, il aura la bonté de
me le renvoyer tout de suite.
Le Ma.jor.
J'en profiterai avec bien du plaisir. Voilà une femme bien aimable, (il sort.)