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ASPECT ET RESSOURCES DU TONKIN

Tout ce pays arrosé par de nombreux cours d'eau, dont trois principaux, est fertile en grains, fruits ; couvert de forêts et riche en mines d*or, argent, cuivre, plomb, étain,etc.

{Lettre du P. le Pavbc, missionnaire au Tonkin, 1790-97.)

A partir de Kouen-ce, écrit J. Dupuis dans la relation de sa première excursion sur le fleuve Rouge, les collines qui, sur chaque rive, bordent le fleuve vont s^abaissant de plus en plus, pour se terminer à la limite des forêts.. Au-dessus de Hung-boa, la plaine, sur Tune et l'autre rive, s'élargit de plus en plus... A la limite des forêts, la culture fait sob apparition et se propage le long du fleuve ; les villages sont d*abord petits et pauvres d'apparence, mais bientôt ils se multiplient et prennent de l'importance pour devenir très populeux ; ils semblent aussi jouir d'une certaine aisance. Cela tient à deux causes : d'abord les terres sont plus fertiles dans le bas, ensuite les rebelles ont fait moins d^incursions dans ces parages que dans le Haut-Fleuve, plus à portée de' leur repaire.

Le pays produit en première ligne le riz, puis vient le sucre, ensuite le tabac, le coton, le ricin et toutes les espèces de graminées. Les montagnes sont également riches on cannelle et plantes tinctoriales.

{Voyage au Yun-nariy par J. Dupuis, 1871, paru en 1877.)

Avec le Bourayne.., c'est surtout dans le Tong-king que nous avons pénétré... Nous sommes allés dans les villes de quatre provinces... Nous avons vu par conséquent le plus beau pays du monde, «t nous avons pu penser à loisir à nos anciennes factoreries d'il y a plus de cent ans, et à la grande ligne commerciale du Yunnan avec le Golfe, par le fleuve qui doit se rouvrir sans doute un jour.

{Expédition du Bourayne, lettre de M. Legrand de Li- RATE, qui en faisait partie, à la Société de géographie ; datée de Saïgon, 21 décembre 1872).

Quand nous fîmes notre entrée au Tong-king, c'était l'époque de la moisson. L'immense plaine qui se développait à nos yeux, couverte à perte de vue de riz mûr et doré, semée de gros villages disparaissant dans la verdure des palmiers à arecs, offrait le spectacle d'une richesse et d'une abondance incomparables. Ce simple coup d'œil nous permettait de juger combien la population était compacte, et quelle différence il y avait, à cet égard, entre certains points de la Gochinchine et le Tong-king.

(Souvenirs du Tong-king^ par le D*" Harmand, 1873.)

Si la fertilité, les ressources de toute nature offertes par le Tonkin étaient signalées dès les premières explorations, on ne se dissimulait pas

non plus comme certains se Timaginent, les difficultés que rencontrerait roccupation prévue et souhaitée. Voici qui le prouve :

Si le Tonkin est, comme il y a lieu de l'espérer, destiné à prendre plus tard la place prépondérante dans nos établis* sements de rExtréme-Orient, il ne faut pas se dissimuler que de longues années se passeront encore avant que notre établissement y soit bien assis, et avant que nous puissions en tirer les avantages qu'il y a lieu d'en attendre... L'immense population du Tong-king, son étendue, son état de désorganisation politique, ses discordes civiles^ nous préparent une lutte dont nous ne sortirons vainqueurs qu'avec du temps et des sacrifices.

{Le Cambodge et les régions inexplorées de Vlndo-Chine centrale^ par L. Delaporte, lieutenant de vaisseau, chef de la mission d'exploration des ruines de Khmers, 1873.)

On s'accorde à reconnaître que c'est la population de Hanoï qui oifre le plus de ressources sous le rapport du caractère. Cette province peut assurément prétendre à être la première et la plus belle des royaumes du Tonkin et de la Cochincbine, à tous égards. Ninh-Binh lui est bien inférieure, mais elle a de remarquable des atterrissements prodigieux qui l'ont augmentée presque du double depuis 50 à 60 ans. Ces terrains nouveaux donnent do doubles moissons qui peuvent, les bonnes années, nourrir à elles seules tout le Tonkin.

{Aperçu sur lu géographie , les productions, V industrie, les mœurs et les coutumes du royaume d'Annamj paru dans \q Courrier de Saigon, 1875-1876.)

Le pays produit de la soie, et en produirait certainement en quantité suffisante pour Texportation, mais je la crois d'une qualité peu estimée en France. Malgré tout cela, des Français ou des Européens tireraient vingt fois plus de ce pays que n'en tire le gouvernement annamite. Autrefois, ce gouvernement retirait environ un million par an de la basse Gochincbine, qui, aujourd'hui, malgré les frais de la colonie, rapporte de 14 à IS millions.

{Note sur l'Annam^ par Dutreuil de Rhins, capitaine au long cours, au service du roi d'Annam ; Hué, 9 novembre 1876.)

Le Tonquin est un pays fertile et admirablement cultivé. Le riz, qui en est le principal produit, y vient en abondance et est de première qualité ; il rivalise avec celui de Siam, et il est de beaucoup supérieur à celui de la basse Cochincbine.

{Une mission au Tonquin, sur la canonnière la Massue, par le lieutenant de vaisseau Gros-Devaud, 1879.)

Le Tonkin est un pays très riche à tous les points de vue. Je ne parlerai pas de ses immenses forêts^ de ses mines de toute espèce dont Texploilation facile sera une source de revenus. Les mines de charbon de terre sont d'une exploitation facile... Les bœufs existent en grand nombre et produisent une viande de bonne qualité. A Hanoï, un marché a été passé par l'administration, et le fournisseur livre la viande au prix de 75 centimes le kilo. Je suis persuadé qu'on pourrait l'oblenir à moins. J'ai vu, à la mission d'Hanoï, du blé qui, semé en novembre, a donné en février des épis de belle qualité.

Le Tonkin, par ses mines, ses productions de toute espèce, est appelé à devenir un pays riche et prospère, où viendront affluer par le lleuve Rouge tous les produits du Yun-

nan et du sud de la Chine, lorsqu'il sera ouvert au commerce de l'Europe*

{Rapport sur les conditions d'installation des garnisons au Tonkin, par M« Ch. Hamon, médecin aide-major au %** régiment d'infanterie de marine, 1880.)

Les vivres abondent : le poisson, le gibier, les oeufs, la volaille, une viande de bœuf de qualité médiocre sont à vil prix ; peu de légumes et peu de céréales indigènes appropriés au goût de PËuropéen, mais quelques fruits.

D'après une appréciation très autorisée, le Tonkiù, entre les mains d*une administration régulière, pourrait, dès la première année, fournir une valeur de 40 millions de francs en nature, étant donné que TAnnam pour le môme temps en retire 20 millions.

(Etude d*ensemble sur le Tonkin, par le D' Magbt, chef du service de santé au Tonkin, 1880.)

Après le riz, la culture principale est la badiane, dont le fruit donne Thuile de badiane... Les Chinois, seuls ou à peu près, se livrent à l'extraction de cetie huile à Taide d'un alambic primitif. 60 kilogrammes de graines sèches donnent 5 à 6 kilogrammes d'huile qui se vendaient de lia 1,200 francs les 60 kilogrammes. Un impôt assez fort pèse sur ce produit.

La canne à sucre est cultivée... Le coton, le ouatier sont cultivés dans certains terrains secs et sablonneux... Le maïs... Le sésame...

Les animaux domestiques sont le buffle, le bœuf, la vache, le porc, le chien.

• Cette région, et surtout celle de Cao-Bang, produit une race de petits chevaux excellents. Les chèvres existent, mais en très petite quantité. La volaille est commune et à bon marché.

Les animaux sauvages habitent en grand nombre les montagnes : le tigre, Tours, le cerf, le chevreuil, la loutre et le chat tigre.

Les serpents y sont communs; aucun n*est venimeux, ou, du moins, nous n'avons jamais entendu parler, pendant notre séjour, d'accidents causés par leurs morsures.

En fait de gibier à plume, on y trouve des faisans, des paons, des coqs et poules sauvages, des perdrix, des cailles, des bécassines, des tourtei:elles.

{Onze mois de séjour à Lang-Son^ pas le D' F. Diacre,

Le Tonkin est un pays des plus fertiles et des plus peuplés; il s'y fait une production de riz considérable; on y cultive le tabac, le café, la canne à sucre, Tindigo. Ce pays est essentiellement agricole.

{Voyage dans V Indo-Chine^ par M. A. Petiton, ex-ingénieur en chef du service des mines au Tonkin, 1883).

Le Tonkin est un pays qui ne réclame pas de bras. Il y faut, d'une part, des capitaux ; d'autre part, des industriels, des contremaîtres, des mécaniciens, etc., des gens, en un mot, qui puissent servir de guide à une population déjà nombreuse et au sein de laquelle la main-d'œuvre est à trop bas prix pour que les Européens qui ne seraient que de simples manœuvres et n'auraiejit pas un métier spécial y puissent trouver à vivre.

En défmitive, le Tonkin est bien la colonie la plus convenable à rétat actuel de la France, en ce sens qu'elle ne demande pas une émigration considérable que nous serions liors d'état de fournir ; mais elle offre des débouchés sépkux à nos produits, si nous avons la précaution d'entrer dans la voie de la production à bon marché, et de faire ce

qu^ont fail nos rivaux en venant, chez nous, surprendre tous nos procédés de production élégante.

{Le Tonkiriy notice géographique par M. A. Gouin, lieutenant de vaisseau, résident de France à Nam-Dinb, 1884).

Vous connaissez le fleuve Rouge: tous les explorateurs et Yoyageurs ont parlé de la couleur de ses eaux et de ses rives basses et fertiles ; je ne ro*étendrai donc pas sur ce sujet; permettez-moi cependant de vous dire qu'en France, nUmporte où, on ne trouve pas de pays aussi bien cultivé que celui qui le borde.

{Haiphong et Hanoï^ les expéditions de marchandises au lonkin. Lettre adressée d'Hanoi à la Société de géographie commerciale de Paris, par M. Ch. Letourneux, négociant, 1884-85).

Quels trésors renferme le Tonkin, je l'ignore... Ce que j'ai vu, ce qui frapperait un voyageur qui regarderait simplement autour de lui en traversant ce beau pays, c^est la densité de sa population qui dénote déjà une terre fertile.

Eh bien, je me contenterai de soumettre les chiffres suivants aux partisans de l'abandon, à ceux qui pensent que le Tonkin ne peut être pour nous qu'une charge ruineuse. Ces chiffres, je les dois à M. Donnai, l'un des résidents au Tonkin. Lorsque nous avons pris la Cochinchinc, le roi d'Annam en tirait à grand'peine 15 à 1,600,000 francs ; aujourd'hui le budget s'élève à 35 millions d'après M. Donnai, et à 42 millions suivant les renseignements puisés à bonne source par M. de Chabannes ; 42 millions qui se décomposeraient ainsi : 28 millions de budget ordinaire, et 14 millions de budget d'arrondissement. Or, la Cochinchine n'a que 1,800,000 habitants, population seulement agricole, nullement industrielle ; le pays plat et marécageux ne pro*

duit que du riz ; c'est son unique produit ; on a essayé en Tain d'y faire d'autres cultures.

Au Tonkin, au contraire, et en Annam, le sol accidenté se prêle à toutes les cultures interlropicales. Ce u^est pas une supposition, c'est un fait constaté. Le Tonkin offre môme des produits spéciaux, comme la laque, qui ne se trouve pas sur des points plus rapprochés de l'Equateur. La population de TAnnam et du Tonkin est de 15 à 16 millions d'habitants, peut-être faudrait-il dire 20 millions. Le roi d'Annam enfm tire aujourd'hui (1884) 15 à 16 millions par le système d'impôt qu'il appliquait autrefois à la Cochinchine. Yoit-on maintenant par le calcul le plus élémentaire des probabilités quel chiffre pourrait atteindre le budget du Tonkin et de TAnnam entre les mains d une administration qui a porté les revenus de la Cochinchine de 1,600,000 francs à 42 millions, dans des conditions infiniment moins favorables que celles où elle serait placée au Tonkin !

Ainsi parle un homme d'une compétence toute particulière, M. Brau de Saint-Pol Lias, directeur des colons européens, en rendant compte d'une mission officielle, commerciale et scientifique accomplie par lui, en 1884-85, au Tonkin. Il conclut :

Voilà ce que le Tonkin nous donnera par les moyens les plus simples, sans qu'il soit besoin de vérifier s^il contient des placers d'or ou des mines de diamant, et quand même les merveilleuses richesses minières qu'on nous y a signalées seraient purement imaginaires (ce que nous n'avons aucun motif de supposer). Ce serait donc le cas de nous rappeler la fable du bon La Fontaine : le Laboureur et ses enfants, et de nous dire que « le trésor caché dedans j»

peut nous être sûrement donné par celle patience, celle persévérance, cette énergie calme, cet esprit de suite qui nous fait trop souvent défaut, et qui ont fait et continuent encore de faire la puissance et la fortune coloniale de TAngleterre.

(Au Tonkin, en Cochinchine et au Cambodge y compte rendu de la mission de M. Brâu de Saint-Pol Lias^ 1884-1885.)

La rivière Noire me parait appelée à un grand avenir comme exploitation agricole et forestière. La terre est très riche, le pays très peuplé, et Ton prétend que tout viendrait ici, le cacaoyer, les épices, le café, etc. L^atnidon donné par le riz de ce pays est d'une qualité tellement supérieure que Ton croit dans Tavenir à un débouché énorme. Il est probable, de plus, que la rivière Noire sera une des roules vers le Laos. El l'homme de labeur trouvera ici, chose rare au Tonkin, un pays pittoresque, montagneux, splendide de végétation, et dont les élévations lui permettront de se créer des sanatorium pendant les chaleurs.

{Vingt-cinq' milles dans la rivière Noire, par G. Baudens, lieutenant de vaisseau, 1885.)

D'après tout ce que nous venons de voir précédemment, il s'ensuit que le Tonkin est un pays très riche ; son sol se prête à toutes les cultures, ses nombreux cours d'eau peuvent fo irnir la force motrice nécessaire pour actionner un grand nombre d'usines, et, certes, elles ne manqueront pas, lorsque le pays sera en pleine exploitation. Que ne peut-on espérer d'un pays où toutes les matières premières se trouvent contenues?

(Le Tonkin industriel et commercial, par Calixte Imbert, négociant à Haïphong, 1885.)

Le Tonkin et rAnnam rendaient, autrefois, avant les derniers événements, plus de vingt millions, entrant dans les coffres royaux. Les cahiers des villages le prouvent; dans ces revenus ne sont compris ni les produits de la douane, qu'administraient les Européens et dont la destinalion était déterminée d'avance ; on n'y comprend pas davantage les impôts illégaux perçus par des mandarins : par exemple, les douanes qu'au mépris des traités certains d'entre eux avaient établies de province en province. Les vingt millions, mieux perçus, sans coulage, seraient doubl(?s, triplés, mieux encore peut-être, si ces pays étaient bien organisés, s'ils étaient administrés.

(Discours de M. Blanc$ubé^ député de la Cochinchine; Saigon, octobre 1886).

Devant la commission des crédits pour le Tonkin, en 1885, M. le lieutenant de vaisseau Hautefeuille faisait la déclaration suivante :

Cette opinion que j'ai eue dès 1873 sur le Tonkin, je Tai encore. Le Tonkin est une terre riche et admirable ; elle donne jusqu'à trois récoltes de riz par an. On en exportera considérablement un jour, mais il failt protéger notre industrie. Les Chinois, pendant que nous leur faisions la guerre^ venaient, avec des frais de déplacement quatre fois moins coûteux que pour les Français, prendre part aux adjudications.

(Procès-verbaux de la commission des crédits du Tonkin^ déposition de M. Hâutefeuille en 1885. Voir V Officiel de juillet 1886.)

Sur la rive droite de la rivière Noire, dans les montagnes, j*ai trouvé, à côté de camélias de la taille de nos beaux ceri-

siers d^Europe, des tiges de fougère mesurant 6 mètres et plus de hauteur, des châtaigniers sauvages en grand nombre, des frênes, des peupliers, des chênes, etc., et enfin des fraisiers et des framboisiers. Toutes ces collines sont superbes ; leurs vallons, arrosés par de délicieux petits cours d^eaa, rappellent ceux de nos montagnes d'Europe. Quels superbes champs à cultiver pour les travailleurs !

(Les rives du fleuve Rouge et de la rivière Noire ^ par M. Crozat de Fleury ; lettre adressée d'Hanoï à la Société de géographie commerciale, décembre 1886.)

Le Tonkin sera-t-il jamais une riche colonie ? Évidemment le Tonkin n'est pas le Pérou ; mais il est certain que si la France trouve utile de faire des sacrifices pour posséder la Guyane ou le Sénégal, elle doit être très satisfaite d'avoir le Tonkin. Les Anglais, avec leur esprit de suite et leur méthode pratique, en auraient déjà tiré meilleur parti que nous... Le Tonkin, au point de vue de la colonisation, peut se diviser en trois zones : le bas Délia, le Délia central (vache à lait des mandarins) et le haut Tonkin... Terres libres, fécondes, avec des moyens de communication et de la main-d'œuvre, toutes conditions nécessaires pour Tagriculture, se trouvent réunies dans le haut Tonkin. Ce pays, fait de montagnes et de vallons encore couverts de forêts, traversé par trois grands fleuves : la rivière Claire, le fleuve Rouge et la rivière Noire, est appelé cerlainement, dans un avenir plus ou moins long, à attirer les planteurs et les capitaux nécessaires pour l'exploiter. On pourra y entreprendre les cultures les plus riches et les plus diverses.

{La Vérité sur le Tonkin^ par M. Laffitte, directeur du Voltaire, 1886.)

Ce témoignage de M. Laffitte mérite doublement

l'attention : il émane d'un journaliste hostile dès l'abord à l'expédition; il vient d*un homme de bonne foi. Ayant des doutes sur la valeur du Tonkin, M. Laffitte a donné un exemple bien rare ; il a voulu voir par lui-même, il s*est embarqué pour l'Indo- Chîne. Il a vu ce pays si discuté, et comme tant d'autres adversaires du Tonkiri inconnu, il est devenu partisan du Tonkin exploré. Ce sont ses impressions qu'il a loyalement résumées dans la brochure que nous venons de citer.

Vous voudrez bien nous permettre de vous donner quelques détails sur ce beau pays si peu connu dont on écrit, dont on dit de si étonnantes choses. Par une mauvaise fortune, il sert d^enjeu aux fractions qui divisent notre grand parti républicain... Nous savons, nous voyons qu'il peut, s*il est intelligemment administré, rendre à la France les sacrifices déjà faits et ceux que nous sommes obligés de réclamer encore d'elle. (1883-86.)

C'est en ces termes que s'expriment, dans une lettre adressée aux Loges maçonniques de France, les membres de la Loge la Fraternité tonkinoise ^ qui habitent tous le pays, en apprécient les ressources et l'avenir depuis plusieurs années.

Les évaluations que nous avons disculées dans notre ouvrage V Indo-Chine française contemporaine portent à 50, 80 et 150 millions les ressources que nous pourrons tirer du Tonkin, sans pressurer les habitants. Avec le Cambodge et la Cochinchine, on aura un budget de 75 à 200 millions :

c'est là un heureux augure et une excellente présomption pour Tavenir.

{De l'organisation de r Indo-Chine française j par A. Pau- Lus, professeur agrégé de géographie, et A. Bouinais, chef de bataillon d'infanterie de noarine, membre de la commission de délimitation des frontières du Tonkin, 1887.)

Un correspondant de la Société de géographie commerciale de Paris lui écrit d'Hanoï, 29 mars 1887 :

Le pays est réellement d'une grande fertilité. Je ne veux pas parler des entreprises industrielles qui prospéreraient sans doute en d'autres mains que les nôtres... Ce pays-ci est certainement plein d'avenir ; son climat, sa fertilité, la diversité de ses terrains et la densité de la population sont des garanties suffisantes.

(Bulletin de la Société de géographie commerciale, no 7, 1887.)

Le Tonkin, dit M. le D' Harmand^ a beaucoup plus de valeur que la Cochinchine.

En outre, le Tonkin possède une supériorité inestimable sur le sud de la presqu'île et môme, remarquons-le bien, sur les pays les plus favorisés de l'Inde et de la Birmanie : c'est qu'il n'a pour ainsi dire que de la saison sèche... Il en résulte qu^au Tonkin, toutes sortes de cultures qu'on ne peut entreprendre au Bengale, par exemple, qu'au prix d'irrigations extrêmement coûteuses sont possibles avec des frais exceptionneUement bas... Puis il y a les mines...

tl8 LE TONKIN

... Pour toutes ces raisons, en faisant même abstraction du transit avec le Yunnan et les deux Quang, je ne crains pas d'être démenti par Texpérience en affirmant que si le Tonkin est bien administré^ il nous fournira à lui seul environ 200 millions ; et il ne nous sera sans doute pas nécessaire d'attendre pour cela 20 années, comme en Cochinchine.

{U Indo-Chine française, conférence faite à l'association républicaine du Centenaire de 1789, par M. le D' Har- MANO, ancien commissaire général civil au Tonkin, 1887.)

La flore de ce pays est vraiment inépuisable ; voilà plus d'un an que j'explore le mont Bavi, et je suis loin d'avoir tout découvert. Dans aucun de mes voyages antérieurs, je n'ai vu une semblable variété. A superficie égale, le Tonkin est bien certainement le pays du globe ayant la flore la plus riche, surtout si on considère la faible hauteur de ses montagnes.

(Lettre adressée à M. Poisson, professeur au Muséum, par M. Balansa, savant envoyé en mission officielle au Tonkin; datée de Fu-Phap, juillet 1887.)

Parti sans passion, j'ai essayé de regarder sans passion, sans parti pris, et je suis revenu sans passion comme sans parti pris, ayant pour les hommes qui ont accompli une pai t quelconque de l'œuvre nationale le respect qui appartient à tous ceux qui ont mis en avant leur responsabilité et qui n'ont pas craint de signer leurs actes...

... Voilà pour les conditions géographiques. Pays riche en somme. Vous avez le Delta de la Cochinchine et le Delta du Tonkin, d'une fertilité à laquelle aucun autre pays ne peut porter envie, ou plutôt à laquelle tout autre pays peut por-

ter envie ; l'Anaam, riche lui aussi, quoiqu'on l'ait consi* déré jusqu'à ce jour comme pauvre...

{Ulndo-Chine française^ conférence de M. dk LANESSAXt député, revenant d'an mission au Tonkin, devant la Société de géographie commerciale, 1887.)

La région montagneuse a été la plus décriée, la plus calomniée ; puis, peu à peu la lumière s'est faite sur cette partie du Tonkin comme sur les autres. Un journal d'Hanoï, très sérieux, et comme il nous en faudrait beaucoup en France, dit à ce sujet:

Nous nous souvenons encore du temps où nos avant-postes gardaient les entrées du Delta, et où Ton élaborait à Tétatmajor le projet de campagne de Lang-Son, avoir lu sur un journal des mieux informés (Figaro) un article intitulé : Le Tonkin où Von mange et le Tonkin où Von ne mange pas.,. Le Tonkin où Ton ne mange pas était, suivant l'expression d'une sommité militaire dont la gloire fut éphémère, la montagne boisée et inaccessible... Aujourd'hui que la pacification est complète, nous voyons, par les renseignements surgissant de tous côtés, que le complément de la région ajouté au Delta, tant vanté, est le clou de la colonie, en ce sens que les principaux produits, qui font la richesse du commerce tonkinois, sont tirés de là, que toute une brillante perspective s'ouvre devant les nombreuses mines qui y sont renfermées.

(Étude sur le haut Tonkin, parue dans V Avenir du Tonkin, 27 octobre 1888.)

Écoutons M. Constans, ancien gouverneur général du Tonkin, député, ministre de l'intérieur^

qui connaît bien la colonie et rExtrëmé-Orient ; à la Chambre des députés, voici comment il s'exprimait le 20 novembre 1888, au cours de la discussion du budget des colonies.

... Je ne me pardonnerais pasd*étre monté à la tribune... sans terminer en vous donnant mon opinion sur un pays dont on a dit beaucoup de mal et dont, moi, je pense beaucoup de bien.

Je sais qu'il n'est pas de mode de dire du bien du Tonkin. Je ne crois pas qu'il faille un bien grand courage pour dire ce que Ton pense ; et le bien que je pense de ce pays, j'aurai Thonneur de le dire à cette tribune.

. Messieurs, je crois que le Tonkin peut et doit vivre. Je crois qu'il ne demande qu'à se développer et qu'il se développera si nous voulons y mettre du nôtre, lui donner une administration civile et débarrassée de tous les ennuis et de toutes les difficultés qu'on lui a créés jusqu'à ce jour. Je dis que le Tonkin peut vivre, parce que je le crois riche. Toute la partie comprise dans les bras des fleuves est absolument cultivée et partout cultivable. Personne ne contestera, parmi ceux qui ont visité le Tonkin, que le Delta ne soit une grande source de richesse pour le pays. Il en est de même de TAjanam.

En dehors du Delta, vous trouvez une population beaucoup moins dense.

... Le Tonkin est en état de guerre depuis dix ans. Tous les habitants des montagnes sont descendus dans les vallées pour éviter soit les attaques des étrangers, soit les incursions des rebelles, et se sont groupés en villages nombreux aux environs des rivières et des fleuves qui . leur donnent la sécurité. Voilà pourquoi le Delta a du trop-plein et pourquoi la montagne n^'est pas assez peuplée. Mais il est absolument certain que lo^rsque les Annamites compren-

dront qa^ils n ont rien à craindre de nous... ils se répandront sur les territoires qu^ils ont abandonnés, que j'ai visités, qui sont des territoires où Ton peut faire toutes tes cultures, et dans lesquels on les fera certainement et avec beaucoup de profit.

... Tai la confiance que Tœuvre entreprise, la colonisation du Tonkin, réussira pleinement ; je suis convaincu que d'ici à deux ans, si vous voulez, vous n*aurez plus à parler à cette tribune de dépenses pour le Tonkin, qui pourra se suffire à lui-même avec TefTort que fera la Cochinchine, dont vous pourrez bientôt diminuer la contribution.

Vous ne pouvez pas, dans tous les cas, mes chers collègues, incriminer le sentiment que j'exprime à cette tribune. 11 est basé sur les faits : c'est une conviction profonde, j'ai la foi que le Tonkin vivra et prospérera si nous le voulons, et voilà pourquoi je me suis fait un devoir de le dire.

Je n'ai aucun intérêt à le proclamer, et vous me rendrez au moins cette justice que mon intervention dans cette affaire, dût-elle me valoir le surnom de TonkinoiSj n'a été motivée que par mon attachement à notre colonie et le désir de voir la France mieux éclairée sur son avenir. {Applaudissements prolongés à gauche et au centre,)

{Journal officiel du 21 novembre 1888.)

Le 9 février 1889, en installant le Conseil supérieur de rindo-Chine, M. le gouverneur général Richaud a fait Texposé des budgets des protectorats ; nous y relevons ce qui suit :

Nous demandons environ 20 millions à une population de plus de 8 millions d'habitants ; ce n'est pas 2 fr. 50 par habitant. En Cochinchine l'impôt moyen est de 16 francs... Nous pouvons espérer que chaque année (au Tonkin) nos

ressources iront en augmentant ; mais pour arriver à nous passer du secours de la métropole, il faut que nous ayons une politique suivie, que nous pénétrions chaque jour davantage dans les rouages de Tadministration annamite, que la pacification surtout soit achevée, ce qui permettra à ce peuple laborieux de tirer de ce merveilleux pays toutes les ressources qu'il offre.

(Discours de M. Richaud, gouverneur général de Tlndo- Chine, février 1889.)

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