AGRICULTURE
Renseignements généraux. — La fertilité du sol, la diversité de ses produits, sa parfaite culture sont constatées unanimement et depuis fort longtemps, ainsi que vont l'établir les citations suivantes, classées comme celles qui précèdent, dans l'ordre chronologique.
Le document le plus intéressant auquel on peut se reporter tout d'abord est V Aperçu dont nous avons parlé déjà, et dans lequel ont été résumés vers 1859, les renseignements recueillis sur le Tonkin et TAnnam, par nombre de personnes autorisées. Cette étude est importante en raison de sa date, de son origine et de son extrême précision. On ne saurait donc hésiter à en donner ici d'assez long .extraits.
Le riz... C'est donc le riz qui, comme chez tous les peuples de i*Ëxtrême-Orient, est ici le grand aliment, Taliraent par excellence et le soutien de la vie... La grande quantité de riz du royaume vient dans les marécages, et certains endroits peu élevés qu'on peut irriguer à volonté, ou que Ton dispose de manière à retenir les eaux des pluies, qui sont abondantes aux mois d'août et de septembre; ces deux espèces de terrains donnent lieu aux deux principales moissons de Tannée : la moisson du cinquième et la moisson du dixième mois lunaire (juin et juillet, novembre et décembre). A la fin du mois de janvier, quand les eaux de Tinondation commencent à diminuer, on remue avec la charrue les tourbes et les herbes des terrains dont on peut disposer, et Ton pique aussitôt le plant de riz que Ton a fait germer dans un endroit à part, et qui a déjà de 20 à 30 centimètres de haut. Il en faut un dixième d'arpent pour planter un arpent... On distingue beaucoup d'espèces ou qualités de riz, en Ire autres le riz rouge et le riz blanc ; mais surtout le riz ordinaire « luà-lhé » et le riz gommeux « luà-nép. » Ce riz gommeux sert aux sacrifices et aux plats d^honneur des festins. Il sert aussi à faire du vin, c'est-à-dire un alcool dont l'usage n'est que trop répandu... Cet alcool a une certaine force à la seconde distillation, qui peut donner, je pense, 15 à 18 degrés. On en obtient de plus concenlié qui sert à faire des liqueurs aromatiques, très bonnes pour la santé... Le riz se conserve longtemps avec facilité; plus il vieillit et plus il a de qualité.
Le mais n'est pas de très ancienne date dans le pays; mais sa culture a pris de l'extension partout, dans les provinces peu favorisées de marécages et de rizières. Il est très beau, et il est devenu d'une grande ressource pour les pauvres gens... On se contcnle de le faire bouillir dans l'eau...
Le millet est en petite quantité ; sa culture n'offre pas assez d'avantages pour qu'on l'entreprenne en grand...
Le sésame a beaucoup plus de succès, parce qu^il est beaucoup plus précieux par sa qualité huileuse, et qu'il ^ert à plusieurs usages; on en voit des cultures remarquables.
Les tubercules. Il y en a qui viennent sur les terrains secs et sablonneux : ce sont les ignames^ dont on voit deux espèces, Tune rouge et Taulre jaune. Elles sont d'un bon rapport et de bonne qualité. Les 100 livres coûtent dix et quinze sous de notre monnaie... Il y a d*autres tubercules qui viennent dans les marais ; Tespèce de ceux-ci, la plus répandue et la meilleure, est le « Cù-<io », dont un arpent se vend sur place jusqu'à 100 ligatures... Outre ces deux espèces, il y a le navet.». Ensuite viennent les racines, dont la plus remarquable est le « Cu-mai »; on peut Tentretenir dans les jardins, mais elle vient dans les montagnes... Elle est très farineuse et d'excellente qualité, soit pour la simple nourriture, soit pour la médecine... Pour les pommes de terre d'Europe et les patates^ les Annamites ne les connaissent pas. Au Tong-King, on a essayé d'en planter à 'plusieurs reprises ; les essais, pour ces fruits comme pour d'autres graines, n'ont pas réussi. Quelquefois on a une première récolte, et Tannée suivante rien. J'ai semé beaucoup de graines et de pépins de toutes sortes, et je n'ai jamais pu avoir un bon résultat (1)... Légumes, On voit soigner le gingembre^ la mélisse^ le povlioty la menthe^ le safran^ la petite cigûe^ les oignons et les échaloltes, et le « cù-riêng », tubercule dont le goût est très âpre, très aromatique et très gommeux... On voit aussi des moutardiers doni on fait de bonnes salades, quelques laitues très rares, une espèce de pois vert et deux espèces de pois ronds (noir et vert). Dans deux ou trois localités du Tong-King, il y a de beaux choux pommés qu'il est impossible de se procurer ailleurs. Il y a
(1) Ces renseignements ont déjà trente années de date; on verra plus loin que des essais de culture maraîchère tentes depuis 1885 ont an contraire donné d'excellents résultats.
partout une grande quantité de melons, citrouilles, colo^ quintes et mélongènes.
Fruits . — Les Annamites ne sont pas jardiniers ; cepen* dant on trouve dans les provinces des fruits excellents et en abondance;... le fruit du bananier dont on voit bien huit ou dix espèces;... des oranges, des limons.
Les oranges du Tong-King sont réputées les meilleures du monde..., c'est le fruit d'honneur pour les présents du premier de Tan. Ensuite vient le fruit du jaquier, espèce de laurier et d'arbre à pain... Il n'y a rien à dire, je crois, des. ananas, papayes, mangues, yeux de dragon, goyaves, caramboles, grenades, litchis et autres fruits du pays... Pour tout fruit européen , les Annamites ont la pêche en plein vent, quelques fraises et framboises, quelques mauvaises châtaignes et des macres.
Thé, — Les Annamites se servent, comme leurs voisins de Cliine, de plusieurs espèces de feuilles pour pallier Teau qu'ils boivent, et ils ont, comme eux, leur thé de luxe et leur thé ordinaire. On ne peut recevoir quelqu'un chez soi sans lui offrir une tasse de thé ; aussi la théière est toujours en permanence sur l'âtre de rhabitalion.La grande quantité de thé de luxe qui se consomme dans le pays vient du Fo- Kien et de Canton, et coûte de 2 à 3 et 5 francs la livre; il nV a que les riches particuliers qui boivent en certaines circonstances de la qualité de 20 à 30 francs. Les Annamites ne savent pas préparer ce produit. On ne voit chez eux, en fait de conserves de thé : 1° que le thé en pain, appelé « man-hao », qui vient des parages avoisinant le Vun-nam,... 2° le thé simplement séché au soleil,.,. 3** le Ihé en graine... Il ne faut pas oublier le bon thé vert que Ton voit cultivé avec soin dans un grand nombre de localités^ surtout en Ninh-Binh, et chez les Muongs...
Huiles, — Les Tongkinois ne se doutent même pas, je crois, qu'on fasse de Thuile avec le coco... L*huile dont on se sert dans la grande majorité de la population pour l'éclai-
rage est Vhuile de ricin; comme partout on en dislingne deux espèces : le blanc et le violet (ce dernier ne sert qu*à la médecine). Le ricin donne une très facile, très prompteet très abondante récolte ; il vient dans les marécages comme sur les montagnes, et on en voit partout pour l'exploitation ou pour les simples besoins domestiques. La livre de son huile se vend deux sous environ, et la lumière qu'il donne est suffisante, quoique souvent jaune et fumante, comme notre résine de Bretagne. Pour Tapprêt de leurs mets, les Annamites ont VhuiU de pistache et de sésame ; Thuile de sésame, un peu gommeuse, n'est pas agréable pour un usage continuel ; mais l'huile de pistache vieillie est aussi bonne, à mon avis, que Thuile d'olive.
{Aperçu sur la géographie, les productions, l'industrie, etc., du royaume d^Annam; notes réunies en 1839 et publiées en 1875) (i).
La principale culture est celle du riz ; vient ensuite la soie. On cultive le mûrier dans les terres élevées,., de préférence dans le haut Delta. La culture du mûrier coïncide presque partout avec celle du coton. Partout où croît le mûrier, on élève des vers à soie, mais la vallée de Thaï-Nguyen est surtout le centre de cette industrie...
{Voyage au Yunnan, par J. Dupuis, 1873.)
Outre le riz, on cultive beaucoup de légumes, des patates surtout... Ijbl canne à sucre, le mûrier viennent ensuite. Les Tong-Kinois cultivent à la houe et à la herse traînée par un ou deux bœufs. Les buffles sont moins nombreux et moins indispensables qu'en Cochinchine, où le sol est formé d'une boue noire liquide, que le buffle seul peut travailler. Au Tong-
(1) Rééditées par-M. Silvestre dans son livre dèjîi cité :VEm pire (TAnnam et le Peuple annamite. 1889.
King Id sol reste relativement solide, même recoaycrt par Teau...
(Souvenirs du Tong-King^ par le D' Harmànd, 1873.)
La province de Thanh-Hoa est une des plus favorisées et des plus riches de tout le royaume annamite ... Tbanh-Hoa ne manque pas de terres cultivables : le riz, le coton, le mûrier, la canne à sucre, le maïs, le thé, le bétel, etc., y réussissent fort bien ; mais celte province vit moins de Fagriculture que de Texploitation de ses bois de construclion qui couvrent tout le haut pays. Une dizaine d'espèces de ces bois sont incorruptibles et très recherchés; dans ce nombre figure, mais non au premier rang, le bois de fer.
Dans la plaine et les vallées, on rencontre tous les arbres fruitiers du Tong-Ring : le bananier, lé jaquier, le goyatier, le papayer, le néflier du Japon, de nombreuses espèces d'oranger, le citronnier, etc., et surtout, en abondance, l'aréquier et le cocotier. Un'^. des productions les plus renommées de Thanh-Hoa est la cannelle, d'une qualité bien supérieure à celle que Ton récolte dans les autres provinces du royaume... Son prix n'est guère inférieur à celui de l'or, et s'élève jusqu'à 100 francs l'once.
Les forêts qui couvrent les montagnes sont peuplées de toutes les espèces d'animaux et d'oiseaux que Ton rencontre en Indo-Chine. Les principaux sont l'éléphant, le rhinocéros, le tigre, le singe, le porc-épic, etc. Les Chinois établis à la ville de Thanh-Hoa font le commerce de l'ivoire. »
{"Notice sur Thanh-Hoa, province du Tong-King, par un missionnaire français de la Société des missions étrangères, 1875.)
Les plaines d'alluvion du Tong-King sont d'une extrême fertilité; leur principale culture est le riz; il s'en fait deux récoltes par an ; mais presque toutes les cultures des tropi-
ques réussissenl au Tong-King, et n'attendent pour recevoir une grande extension que Timpulsion du commerce européen. Toutes les montagnes sont couvertes de forêts immenses, où se rencontrent les plus beaux bois^ tant de construction que d'ébénisterie.
{Notice sur le Tong-King, par RomanbtduCaillaud, 1880.)
Faites d'argile, les terres du Delta contiennent à peine quelques débris d'humus, si peu qu'elles peuvent presque partout remplacer la terre à briques. Elles donnent cependant deux moissons de riz par année : étrange feralité qu'on ne peut guère attribuer qu'aux matières amenées par les eaux d'irrigation. Elles sont en perpétuelle mutation.
(Etude d'ensemble sur le Tow/cin, par le D»- Maget, 1880.)
..• Le riz avec deux récoltes par an, le maïs, rigname,les patates douces; la canne à sucre cultivée partout au Tongkin; il n'est pas de maison un peu à Taise qui n'en ait dans son jardin quelques pieds... Le tabac vient admirablement,... la cannelle se vend à peu près au poids de Tor,... Findigo abonde,... le ricm, l'arbre à vernis, l'essence de badiane, la muscade, le poivre, les espèces diverses de boiS} etc.
[Le Tongkin et la voie commerciale du fleuve Rouge, par M. Ernest MiLLOT, second de Texpédition Dupuis, 1882.)
Charrues et herses sont traînées par un seul buffle ou un seul bœuf attelé au moyen d'un jong en bois recourbé, relié à l'instrument par des cordes en fibres de cocotier ou plus souvent en fibres de ramie. Tcusces inslruments permettent à peine de gratter le sol, et il faut que la culture du terrain soit d^une fertilité extrême pour que, dans de semblables
conditions, il donne d^aussi belles récoltes que nous en avons vu partout.
{Rapport officiel sur le voyage (Tétudes, fait au Tonkin par MM. H. Viënot, oooseiiler colonial, et Â. Schrgeoer, entrepreneur à Saigon, 1882-83.)
Les villages ne laissent d*inculte que Taire sur laquelle on bat le grain, remplacement de la maison, Tétable de la vache ou du cochon, le pigeonnier et le poulailler. Dans les champs comme dans Tenceinle du village, pas un coin de terre sans culture, une récolte succédant à Taulre; le buRle à la charrue dans la rizière, le bœuf, attelé dans les terres plus sèches.
{Communicaiian de M. Jacquet, négociant au Tonkin, à la Société de géographie de Paris, 1884.)
Les rizières dominent, étendant d*immenses nappes que les vents remuent comme une mer verte. Le coton, cultivé en grand, les arachides, le maïs, auquel sont mêlés des haricots, commencent à naître... Certaines cultures sont fumées avec grand soin et disparaissent sous une couche de paille de riz pourrie.
{De Paris au Tonkifi^ par M. Paul Bourde, correspondant du journal le Temps au Tonkin en 1883-84, 1883.)
Le riz est la principale production du Tonkin, où il se fait deux récoltes par an. Sa production annuelle se chiffre de 30' à 40 millions de piculs(le picul égale 60 k.).
{Le Tonkin indmtriel et comme rcial^ ipar C^liute Imbert, négociant à Haïphong, 1885.)
La culture française trouvera dans le Nord, un champ qui se
PRODUITS DIVERS iSi
prêtera merveilleusement à la production des fruits du Midi.
(Richesses agricoles et forestières du ronÂ:m,par M.Ala- VAiL, voyer architecte de la province d*Hanoï, 1886.)
Dans le haut Delta, nous pourrions, à noire gré, faire toutes les cultures. On y pourra introduire les produits précieux des tropiques et les produits européens. On y trouvera surtout, — car c'est un pays très peu peuplé, — beaucoup de terres à défricher, et par conséquent de grands espaces libres pour la colonisation européenne.
{Le Tonkin et son commerce y par Josbph Ch aille y, ancien chef du cabinet de Paul Bert au Tonkin ; conférence à la Société de géographie commerciale, 1887.)
L^ Annamite est essentiellement agriculteur, et sa culture par excellence est celle du riz... Il faut bien le dire, bien que la production du riz soit prédominante dans le pays, elle ne suflit pas aux besoins de tous les habitants... Pour combler le déficit du produit par excellence de cette contrée, celle du riz, les habitants de TAnnam et du Tonkin surtout se livrent à des cultures secondaires... Le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine s'ouvrent à nous comme un pays dans lequel la culture secondaire pourrait être développée de façon à donner des résultats excellents. Mais il faut bien le dire, ce n'est pas là une œuvre d'un jour.
{V Indo-Chine française, conférence par M. de Lanessan, 1887.)
Le Delta est admirablement cultivé; pas un pouce de terrain n'est perdu. Le fleuve, dans l'intervalle des crues, laisse, en se retirant, de vastes espaces libres : ils sont aussitôt ensemencés, et la récolte ne précède que de quelques Jours l'envahissement des ^aux. Dans la culture do ces
champs si jalousement conquis, les indigènes montrent une ardeur et une vigilance infatigables. On les voit par tous les' temps labourer, semer, repiquer, irriguer, et, en somme, grâce à une habilité et une expérience traditionnelles, récolter le plus beau et le meilleur riz de l'Indo-Chine.
{Paul Bert au Tonkin, par J. CiiAiLLEV, 1887.)
Bois et forêts. — La richesse forestière du Tonkin et de rAnnam est considérable ; les essences sont extrêmement variées.
On trouve dans tout le royaume annamite, du nord au sud, une ligne de forêts immenses qui, en certains endroits, ne sont pas éloignées de la mer et qui partout, dans chaque province, sont desservies ps^r de nombreux cours d^eau et des fleuves. Ces forêts peuvent fournir les plus beaux bois de la grande et de la petite construction à vingt royaumes pomme le royaume annamite. Mais le plus estimé et le plus recherché... est, sans contredit, le bambou,.. On en voit à profusion partout, et Ton dirait qu'il ne suffit pas encore à la consommation ; c'est le meilleur rapport en fait de plantations, et son usage est le plus universel que Ton puisse voir. Aussi quand on interroge un Européen et qu'il répond que sa patrie n'a pas cet arbre ou ce roseau, on s'étonne que l'Europe soit un pays où l'on puisse vivre. . Le bambou est très diversifié dans ses espèces. Il y en a qui vient très gros, d'un pied de diamètre et qui, quoique creux, peut dis-^ puter de force, comme soutien, avec les meilleurs bois du pays. Aussi beaucoup de maisons l'ont pour colonnes : c'est le buong. Il y en a qui est très épineux et très noué; il y en a de très élancé et de très lisse ; il y en a qui a la peau bigarrée ; il y en a enfin qui ressemble au roseau ordinaii'e et qui en a toutes les qualités...
PRODUITS DIVERS iSa
yiean. nt maiotenaot les bois de fer; le xoan ou espèce de frône ; le trac, bois d'un beau rouge ; le jacquier et le ihi; yébènef le sapin et tous les bois que les naturels du pays désignent in globo sous le nom de tap ou mêlés. Les bois de fer ont quatre espèces... ils sont réservés au roi pour la construction de ses navires, de ses magasins, des temples et des mandarinats... Il est à remarquer que les lieux où il y a beaucoup de racines de bois de fer sont les plus malsains et qu'on ne peut s'y garantir de la fièvre et de la dysenterie, à moins d'y être né. C'est du moins ce que Ton dit dans le pays.
Le xoan est un bois très recherché pour les faites des habitations, parce qu*on le dit incorruptible...; il donne facilement une gomme qui sert à l'imprimerie et aux teintures...
Le trac est un très beau bois qui est en général préféré à rébèse pour les incrustations de nacre.
Le sapin n'existe, je crois, qu*au Xu-ngbé : il fournit à la mâture
Je dois encore parler du rotin du Tong-King. Les Chinois le préfèrent à tous les autres.
Les joncs se ratiachent au bambou par la petite espèce hop,,. Il me suffit de parler du genre qu'on appelle coi^ qui sert à faire les belles nattes que nous admirons et les toitures d'un grand nombre de maisons du pays. Il se plante dans les terrains qui a voisinent la mer, et son produit est lucratif, d'autant qu'il sert à épuiser des terrains trop imprégnés de matières salines pour les rendre cultivables ; Tar* gent de cette plantation peut rapporter 40 à 60 francs par an après les deux premières coupes.
{Aperçu sur la géographie, etc., du royaume d*Annam; notes réunies en 1859 et publiées en 1875.)
Les Notices coloniales publiées en 1885, à Tocca-
sion de TExposition universelle d'Anvers, disent :
La zone des forêts parait avoir, au Toakin, une superficie considérable. Elle couvre la plus grande partie du pays qui sVlend au delà du Delta et semble ne cesser qu*en Chine.
Tous les échantillons exposés (à Anvers) appartiennent à des essences dont les Annamites font un usage constant pour leurs constructions. Les moyens d'exploitation employés par les indigènes sont des plus primitifs. L*absence de roules, en dehors des digues du Delta, les empêche de mettre en coupe réglée la plus grande partie de leurs forêts. Des routes forestières de pénétration doubleraient immédiatement la production et permettraient d*atteindre les endroits secs où semblent se cantonner les essences les plus utiles et les meilleures pour la construction.
{Notices coloniales pour l'Exposition d^Anvers, U385.)
Les richesses forestières sont, du côté de la rivière Claire, inépuisables. La région forestière et montagneuse est environ cinq fois plus étendue que celle du Delta.
{Aperça général de Vhistoire naturelle du Tonkin, par M. Brousmighe, pharmacien de la marine, 1886.)
Wja eannelle. — Ceux qui connaissent TExtrème- Orient savent combien est répandu Tusage de la cannelle et les profits que son commerce peut donner.
Celte écorce odorante, que nous employons relativement si peu en France et toujours d'une façon si discrète, entre pour une part des plus importantes dans la thérapeutique
et même dans la consommation journalière des Chinois. Les pharmaciens et les médecins l'emploient à haute dose dans leurs drogues, et les gens un peu aisés s'en servent pour leur toilette et pour parfumer la doublure de leurs vêtements. Le cannelier croît surtout dans les régions montagneuses des provinces du Quang-Nai. On en trouve aussi pas mal, même à Téiat sauvage, dans les provinces du Thanh-Hoa et du Nghé-An ; mais les amateurs considèrent cette dernière comme étant de qualité inférieure.
{Lettre de VÀnnamf adressée au Temps par son correspondant de Tourane, décembre 1889.)
C'est la Chine qui est le grand débouché ; aussi des Chinois sont-ils venus s'installer dans les centres de production : chez les Mois, peuplades à demi sauvages, soumises à TAnnam. Ils l'achètent à un prix excessivement bas, en Téchangeant contre des marchandises sans valeur.
On a la preuve que, dans certaines de ces transactions, le bénéfice des Chinois s'élevait à 1,500 ou 1,800 0/0. Achetée dans ces conditions, Técorce était expédiée sur les marchés de Hong-Kong et de Canton, où elle retrouvait alors son énorme valeur marchande. Le mouvement d'exportation allait gi^andissant d'année en année, et les statistiques de douane sont là pour le prouver. On aura une idée de son importance lorsqu'on saura que, dans la seule année 1888, l'exportation de ce produit a atteint un chiffre de près de oCOjOOO kilogrammes. L'année précédente, il avait atteint déjà bien près de 300,000 kilogrammes. De semblables chiffres étonneront sans doute quelque peu le lecteur, et surtout le consommateur français, mais ils n'en sont pas
moins exacts, et ils deyaient un jour ou Tautre s'imposer à Taltention.
(Lettre de VAnnam, adressée au Temps par son correspondant de Tourane, décembre 1889.)
Il est utile d'ajouter que la cannelle de tout le royaume appartient exclusivement au roi, en vertu d*un usage très ancien en Annam.
La cannelle est un monopole royal, et personne ne peut la cultiver chez soi ni même s*en servir sans s'exposer à perdre sa fortune et à se faire mettre en prison ; cependant on en vend à peu près partout en cachette, et Crawfurd estime de 250 à 300,000 livres anglaises le débit qui s'en fait annuellement.
(Aperçu sur la géographie ^ etc,^ du royaume d'Annatrij rédigé en 1858, publié en 1875.)
Le gouvernement a donc songé à obtenir du roi d'Ânnam qu'il cède à Tadministration des douanes de rindo-Chine le monopole de Tachât de la cannelle aux propriétaires des arbres producteurs, ainsi que celui de la vente de ce produit dans les provinces de jQuang-Nam et de Quang-Naï. Une convention en ce sens a été signée en novembre 1889; elle est, croyons-nous, soumise à Tapprobation du sous-secrétaire d'État des colonies.
D'après cette convention, l'administration des douanes s'engage à verser chaque année au roi une
redevance de 50,000 piastres. D'ici peu, des agents de la régie française seront installés à Tra- My» près des plus grands centres de production ; c'est à eux seuls que les producteurs devront vendre la cannelle ; ils y auront intérêt ; car^ au Heu de livrer leurs produits aux négociants chinois dans des échanges frustratoires, la Régie les leur achètera à un prix raisonnable. D*après les calculs faits par Tadministration, on compte que le Protectorat aura là une recette annuelle de 800,000 piastres environ, soit près de 2 millions de francs, si Ton prend pour base du prix de vente de la cannelle 1 piastre 95 le kilogramme, ce qui est loin d'être excessif.
lia canne à snere. — On vient de voir déjà que la culture de la canne à sucre est très répandue au Tonkin, et qu'elle pourrait aisément alimenter l'industrie sucrière. Voici d'autres indications plus précises encore :
La canne à sucre est cultivée partout en. Cochinchine et au Tonkin. Je ne sais pas s*il existe une maison tant soit peu à Taise où il n'y en ait un petit bouquet dans le petit jardinet, pour servir de dessert après le repas et d'occupation aux enfants. Cette espèce devient très haute et très effilée. Dans quelques endroits elle est belle et forte ; mais dans la grande culture, je ne la crois pas d'un bon rapport parce qu'elle est trop sèche... Tout le sucre de la consom-
mation est indigène ; on ne s^en sert point pour édalcorer le thé et les autres boissons... Il se fait une plus grande consommation de mélasse que de sucre, parce qu'elle donne moins de travail à faire et parce qu'il est plus facile de s*en servir pour confire les mélongènes, oranges, etc. La livre de sucre coûte de 3 à 4 sous de notre monnaie, et la livre de mélasse 1 à 2. Les moyens employés pour la fabrication du sucre sont très pauvres et 1res misérables; cependant, le sucre qui en provient est beau et bien cristallisé... On trouve sur tous les gi'ands marchés du sucre candi qui est très estimé...
Cette culture de la canne à sucre devrait être surveillée et encouragée par le gouvernement, puisqu'elle est connue partout ; elle donnerait un des plus grands produits du royaume, et autant elle en pourrait donner, autant la Chine pourrait en absorber; mais le roi annamite n'a rien moins à cœur que d'avoir une population riche et à Taise.
(Aperçu sur la géographie, etCy du royaume cT Annam ; notes réunies en 1859 et publiées en 1875.)
Une preuve incontestable que le sol du Tonkin se prête à la culture de la canne' à sucre, c'est que celle-ci y croit dans de bonnes conditions, à Télat sauvage. Chaque mandarin en possède quelques pieds dans son jardin.
(Le Tonkin industriel et commercial, par M. Calixte Imbert, négociant à Haïphong, 1885.)
La canne à sucre, dit M. le docteur Rey, cultivée partout, présente deux variétés : Tune, à tiges élevées, violacées, plantées dans tous les jardins ; l'autre, à tiges jaunâtres, qui, dans le Delta, couvre de grandes surfaces sur le bord des fleuves et aroyos, et fournit le sucre consommé par la population. Les procédés de fabrication sont rudimenlaires ;
le rendement minime et la qualité inférieure. En raison du bas prix de la main-d'œuvre, cette culture pourrait être facilement améliorée et devenir plus productive.
{Le Tonkin^ par le D' Rey, ancien chef du service de santé du corps expéditionnaire au Tonkin, 1888.)
L'industrie du sucre est assez développée, et bien que les procédés de fabrication indigènes soient des plus primitifs, elle donnne encore pour plus de 300,000 francs de produits à l'exportation. Certainement, des industriels européens, apportant un bon outillage, pourraient encore beaucoup faire dans la production de cette industrie.
(Les Colonies françaises, notices publiées par ordre du sous-secrétaire d'Ëtat des colonies, sous la direction de M. L. Henrique, 1889.)
I^e eoloo et le eliaovre. — Le COton, s'il est cultivé avec méthode, peut donner naissance à une industrie rémunératrice.
Le coton du pays provient d'un arbuste de la force du chardon, que nos naturalistes connaissent sans doute. On le cultive dans toutes les provinces sur les terrains hauts et sablonneux, et il demande très peu de soin. Son rendement est très abondant et presque toujours sûr. On le sème au mois de février, et la récolte se fait aux mois de juin et juillet. Les gens du pays se servent, pour Pégrainer, d'un
tourniquet à cylindre et en bois assez ingénieux Pour le
filer ils ont le rouet simple et à un seul fuseau, de notre vieux style celtique ou gaulois
La pièce de coton fabriquée dans le pays, avec une laize d'un pied et demi au plus sur 10 mètres de long, coûte de 2 à 3 francs. Le fil pour la tisser ne s'achète pas moins de
iAlu.
1 fr. 50, et il faut une bonne journée de travail avec les métiers que Ton a
Ainsi donc, au résumé, le coton est abondant et de bonne qualité. Sa culture est facile et sûre, mais la filature et le tissage sont de peu d^imporlance. Les Chinois et les Européens feront bien d'enlever aux Annamites tout leur coton brut, qui peut occuper à Tannée de nombreuses filatures, ou de leur donner des moyens de travailler mieux qu'il ne le font.
Pour le chanvre, ils n'en ont que comme objet de luxe, comme les filets dont on se sert pour porter les voyageurs et qu'on trouve à acheter au Xu-nghê. Les marins n'en connaissent pas l'usage pour leurs cordages, et c'est à peine si les pécheurs en font quelques ficelles pour leur art.
(Aperçu sur la géographie, etCj du royaume (TAnnam; nqtes réunies en 1859 et publiées en 1875.)
Le coton réussit merveilleusement dans ces fertiles alluvions exposées aux brises de mer, et dont la nature et la situation sont analogues à celles de la Louisiane et de la Caroline.
(Le Tongkin et la voie commerciale du fleuve Rouge, par M. Ernest Millot, second de l'expédition Dupuis, 1882.)
Le Tonkin produit du coton en assez grande quantité; son sol, meuble et composé de fertiles alluvions exposées aux brises de la mer, s'y prête d'une façon admirable.
(Le Tonkinindusiriel et commercial, par Calixte Imbert, négociant à Haïphong, 1885.)
Peu cultivé actuellement, le coton est certainement appelé à tenir une grande place sur les marchés du Tonkin. Sa culture doit attirer tout particulièrement l'attention de
PRODUITS DIVERS 14i
nos compatriotes. II peut être planté dans la plupart des terrains du Délia ; c'est surtout vers la rivièfe Noire, vers Tuyen-Quan, Thaï-Nguyen, dans la •province de Bac-Ninh et une partie du Bay-Saî que les plantations seraient le mieux placées.
£n un an, le port d'Haïphong a exporté 526,000 kilogrammes de coton, vendu sur place au prix moyen do 60 à 65 francs le picul (63 kil.)... II est à souhaiter que la filature et le tissage mécaniques viennent s'implanter au Tonkin. La production actuelle pourrait alimenter 6 à 7,000 broches. C'est là une des industries sur lesquelles on doit fonder le plus d*espcrances.
{Les Colonies françaises^ notices publiées par ordre du sous-secrétaire d'État des colonies, sous la direction de M. L. Henrique, 1889.)
On trouvera plus loin les intéressants calculs établis par M. Perret, en vue de la création d'une filature au Tonkin. Il a poursuivi ses études sur place et les a fait porter sur la production du coton, la main-d'œuvre, le matériel, l'exploitation et les débouchés.
Eéa ramie. — M. Crozat de Fleury a été chargé, il y a déjà plusieurs années par le ministre de la marine et des colonies, d'aller en Extrême-Orient étudier les plantations et le décortiquage de la ramie II vient d'y arriver encore avec une nouvelle mission touchant le même objet. « C'est, dit M. Napoléon Ney, l'homme qui connaît le mieux la ramie. » Dans ses
écrits, il conclut à l'application d'un système particulier.
Ma proposition consisterait à diviser et à généraliser celte culture dans tout le pays, en demandant aux occupants de chaque case d'avoir, ne fût^e que quelques mètres carrés plantés en ramie, de façon à pouvoir chaque jour, aux moments perdus, aller couper quelques tiges et les décortiquer sans pour cela s'imposer le moindre surcroît de travail.
Au Tonkin, grâce au climat spécial dont jouit cette partie de rindo-Chine française, la ramie pousse d'un bout de Tannée à Tautre, sans aucune interruption... D'ici trois ou quatre ans au plus, en procédant comme je le propose, le Tonkin pourrait très facilement et à son grand avantage produire un minimum de 50,000 tonnes d'une matière première n'ayant jamais valu moins de fr. 90 le kil. sur nos marchés européens, et qui a été vendue 1 fr. 80 et même 2 francs... Dans le cas de la mise à exécution de mon deuxième projet, encaissement annuel de 60 raillions de francs, représentant une production de 200,000 tonnes de ramie, production annuelle dont je me fais fort de pouvoir démontrer la possibilité.
{La Ramie au Tonkin^ par M. Ch. Crozàt de Fleury,
Cette question de la ramie préoccupe vivement le monde industriel et agricole; aussi croyons-nous devoir ajouter sur ce point quelques indications. La ramie s'emploie avec avantage à la place du chanvre, du lin et du coton.
On estime à 1,200 millions la valeur des importations
annuelles que reçoit la France en divers produits et matières textiles. 11 est donc pei*rais d^assurer qu'au moins un quart de ces matières pourra être remplacé par la fibre de la ramie. C'est donc un chiffre de 300 millions de francs que la France peut annuellement consommer, ce qui représente 1 million de tonnes de lanières de ramie pour Tindustrie française seulement. On le voit, le marché de la métropole seul peut, sans encombrement, consommer plus de ramie que de ion^rtemps nos colonies toutes ensemble n'en peuvent produire.
{Rapport adressé à V administration des colonies, par M. Fawtier, chargé de mission, juin 1887.)
Quant aux avantages pécuniaires qu'elle peut procurer :
.., En Extrême-Orient, au Cambodge, au Tonkin, la ramie est en pleine valeur au bout d'une année, et rapporte un minimum de cinq à six coupes par an, toujours dépassé.. En déduisant les frais de location, de plantation, de eulture, de récolte, de décortication et tous les frais généraux, il reste un bénéfice par hectare de 2,000 francs.
(La Ramie, communication faite à la Société de géographie commerciale, par M. Napoléon Nev, 1887.)
On voit par là Tintérèt qu*il peut y avoir à introduire dans notre colonie du Tonkin cette nouvelle plante, objet encore de quelques recherches, il estvrai, mais capable de fournir à nos industries les fibres textiles dans d'excellentes conditions.
lia «oie. — La séricicultare est très ancienne au -Tonkin ; elle n'a cessé d'y être prospère.
Il se fait quantité de soie au royaume du Tonkin, et tous ceux du pays, tant riches que pauvres, s'en font des habits.
Les Hollandais, qui pour leur négoce se fourrent partout où il y a des gains à espérer, en enléveul tous les ans une telle quantité qu'à présent elle fait la plus grande partie de celles qu'ils négocient au Japon, au lieu qu'auparavant ils allaient prendre les soies de Perse, de Bengale ou de la Chine. Ils en prennent bien aujourd'hui dans tous ces lieuxlà, mais ils les transportent en Hollande.
( Voyage de Tavernier^ 1650; publié dans le Cosmos j 1883.)
La soie, écrivait le Tonkinois Baron dès 1685, est une des richesses de la contrée ; Télève des vers à soie ne s'y fait pas avec moins d'habilelé qu*en Chine. Une partie des soies écrues est envoyée au Japon. Cette industrie y est si développée que les pauvres comme les riches sont vêtus d'habits de soie. La soie est le seul produit d'exportation; les Portugais et les Castillans avaient d'abord accaparé ce commerce, mais aujourd'hui ce sont les Hollandais et les Chinois q^ii portent au Japon la soie écrue.
{Relation de Baron ^ écrite en 1685, parue en 1732.)
De son côté V Aperçu rédigé en 1859, avec un si grand souci de Texactitude et des détails, donne les indications que voici :
La soie, '^Le Père de Rhodes s'étonnait, dès l'année }624y dé l'abondance de la soie au Tong-King et à la Cochinchine, abondance telle que la soie servait à faire des filets pour la pèche et les cordages de galères. Depuis lors, je ne crois
pas que cette abondance ait diminué en rien ; je serais même porté à croire qu^elle a augmenté en raison de la population, qui est certainement devenue plus considérable. Non seulement la soie sert à faire beaucoup de filets pour la pèche, mais encore elle sort à faire les tentures de luxe, à confectionner les moustiquaires, à produire à peu près tout le fil de la consommation pour les besoins ordinaires, et à donner au moins la moitié des habillements du pays, sans compter que son exportation est encore considérable, soit à Canton, soit au Tun-Nan, soit à Singapore.
Toutes les maisons un peu à Taise nourrissent des vers à soie, surtout en Cochinchine et sur les plateaux élevés du Ton-King. J^ai vu des maisons de particuliers ayant des chambres fort grandes, consacrées à la magnanerie et où le jour et l'air étaient ménagés avec soin, par le moyen d'ouvertures et de tapisserie en papier clair et transparent ; ces maisons faisaient quinze et vingt livres de soie par an... Il parait qu'à certaines époques le ver à soie est très impressionnable et qu'il faut le garantir d^un certain courant d'air qui lui est mortel ; c'est une préoccupation, et l'on n'y réussit pas toujours . Pour le nourrir on a dans le pays une grande quantité de mûriers.
La pièce de soie (avec une laize d'un pied et demi au plus sur dix mètres de long) coûte dans le pays 3 à 5 francs, et je parle du tissu le plus simple et le plus clair. .11 y en a un peu plus serré, qu'on appelle u dàu-tu-là » (tôte de soie), qui coûte de 6 à 8 francs ; il n'est pas inférieur à nos gros tissus de soie et il fait un très bon profit.
Il y a aussi des tissus à ramages et à fleurs, des satins, des brochures de u soi », des tissus môles d*or et d'ai*gent, du crêpe, quelques velours. La quantité n'en est pas trop considérable, mais la façon en est remarquable et pourrait faire, pour quelques-uns, la fortune de nos tisseurs de Roubaix.
C'est ce que nous appelons foulard et doublure qui fait la
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grande eonsommalion, et il y a peu de maisons où il n*y ait plosienrs femmes qoi n*en fiaibriqaent.
(Aperçu tur la géographie, etc., du royaume cTAnnam, notes réunies en 1859, et publiées en 1875.)
La yégétation y est constante, et les cultures industrielles peuvent en général se poursuirre toute Tannée ; c*est ainsi qu'on y fait des éducations de vers à soie, tonte Tannée, et généralement deux récoltes de riz, Tune en hiver, Tautre en été. Dans certains terrains élevés, la culture du coton en été, et le riz en hiver... La soie actuellement produite au Tonkin est de mauvaise qualité; j'estime qu'on pourra en tirer meilleur parti en perfectionnant la filature des cocons, mais ces cocons eux-mêmes sont de mauvaise qualité, et susceptibles de perfectionnement par une culture mieux entendue du mûrier et une éducation plus raisonnée des vers.
{Rapport de M. Paul Burnat, chargé d'une mission commerciale au Tonkin en 1884, par les Chambres de commerce françaises, 1885.)
. ...Je vous parlais tout à Theure des belles soies qu^ils tissent. Ces soies proviennent de milliers de vers à soie qu'ils élèvent, et non seulement ils en récoltent suffisamment pour leur usage, mais ils en exportent encore passablement en Chine.
{Ulndo-Ckine française, conférence par M. de Lanessan; 1887.)
La quantité de soie que Ton peut tirer du Tonkin est immense; les montagnes, les mamelons plantés en mûriers, produiraient des milliers de kilog. de soie ; ce serait la richesse la plus certaine du Tonkin.
(La soie au Tonkin, étude de M. E. Arnal, dans V Avenir du Tonkin, 12 mai 1888.)'
Il est difficile d* apprécier la quantité de soie employée dans le pays, mais on peut admettre aisément que plus d'un tiers de la population s*habille avec ces étofifes. L'exportation en prend encore cependant pour une valeur considérable ; plus de 500,000 francs en étoffes, plus, de deux millions de soie grège, 230,000 francs de soie filée, 600,000 francs de soie redévidée, et 85,000 francs de déchets.
(Les Colonies françaises, notices publiées par ordre tlu Sous-secrétaire d'Etat des Colonies, sous la direction de M. Louis Henrique, 1889.)
Nous verrons tout à l'heure le parti que Tindustrie et le commerce d'exportation peuvent tirer de ce produit si abondant.
Autres cultures. — Les végétaux au Tonkin sont d'une extrême variété, et le sol se prête à merveille à tous les essais d'acclimatement ; c'est dans le but de poursuivre des expériences de ce genre, que Paul Bert a créé une sorte de jardin spécial où diverses cultures sont essayées sous la haute direction de M. le professeur Balansa.
Chaque course me ménage de nouvelles surprises, écrit ce dernier, quoique j'aie déjà recueilli sur ce point 2,000 phanérogames. Je ne crois pas que dans le monde entier, à conditions égales, on trouve une localité offrant dans sa
flore une semblable variété Je suis seul à Fu-Phap. Le
protectorat m'a chargé de faire les essais de culture dans la région du Bavi. Trois fermes, ou plutôt trois champs d'expérimentation ont été créés. Je suis satisfait de^ résultats acquis. Les quinquinas surtout semblent vouloir bien s'ac-
climater sur les pentes de la montagne. J'en ai cultivé deux espèces... Ils poussent à souhait. J'ai environ 200 pieds de la première espèce, la plus riche en quinine qui existe. Si Tannée prochaine, comme tout le fait supposer, les espérances ne sont pas déçues, on pourra facilement, près de ma closerie de quinquina, par 600 mètres d'altitude, dans des terrains d'une grande fertilité, faire une plantation de 400,000 pieds. Je m'occupe beaucoup actuellement des divers Bœhmeria pouvant donner des fibres textiles. Le Tonkin est riche en espèces de ce genre.
(Les Végétaux au Tonkin, par M. Balansa. ; Fu-Phap, décembre 1887.)
Ma mission au Tonkin, écrit -t-il encore, est loin d'être terminée ; plus j'avance , plus le champ d'exploration semble s'étendre. Outre l'étude de la flore du pays, je dirige encore à Fu-Phap les cultures que le regretté Paul Bert a introduites dans le pays. Je suis satisfait des résultats obtenus. Les quinquinas, les caféiers, les thés (ces derniers cultivés , au reste, depuis un temps immémorial dans le pays) ne tarderont pas à fournir des produits à l'exportation. Je m'occupe maintenant de la ramie. Il y a ici plusieurs espèces croissant spontanément, et c'est plutôt orties du Tonkin qu'orties de Chine, que l'on devrait nommer cette plante textile.
(Lettre de M, Balànsà à la Société de Géog. commor • ciale, datée de Fu-Phap, avril 1888.)
L'indigo est abondant en Xu-Nghé, et ce que j'en sais, c'est que le commerce en est lucratif, qu'il est vendu en boules de la grosseur d'une bille de billard, c'est-à-dire à son état le plus brut ; qu'il est regardé comme inférieur à celui de l'importation chinoise, et qu'il sert pour presque toutes les teintures du pays.
...Les productions en rapport avec Thygiène sont toutes les plantes médicinales, et pour s'en rendre très bien compte, il faudrait prendre en main la flore annamite que Ton trouve à la fin du dictionnaire que Mr Taberd a fait imprimer à Calcutta. Le pays est riche pour la médecine, et les Chinois l'exploitent largement... Le gingembre sert à tontes les potions du pays comme assaisonnement nécessaire.
Comme luxe de la vie, nous avons partout le bétel et Varec ; quelques farines ; quelques essences^ comme : laques, aloès, camphre, cire, encens, opium ; quelques produits de fabrique ; du tabac, des fleurs, etc.
On appelle « manger du bétel », se servir d'une feuille de ce nom, qui ressemble au lierre, qu*on racle avec un peu de chaux, et qu'on mâche avec un quartier de noix d'arec... Il n'y a pas un Annamite qui n'en ait dans une petite bourse à cet usage, ou dans le nœud de son mouchoir, de sa cein* ture... Aussi on plante beaucoup de bétel, beaucoup d'aréquiers... On peut comparer la culture de cette liane à celle de la vigne, ou mieux encore à celle de la vanille, qui est de son genre et de son espèce. Les jardins à bétel sont faits au moyen d'échalas et d'une toiture que l'on met ou que l'on Ole suivant les saisons.
...Le produit de dix à quinze pieds carrés d'un terrain planté de bétel donnerait bien, dans de bonnes conditions, de 80 à 100 francs de rente par an. La feuille se cueille au fur et à mesure du besoin que l'on a, pour se faire un peu de monnaie... elle ne peut se conserver fraîche plus de sept à huit jours ; après elle ne vaut plus rien.
Pour Varéquier, c'est un arbre qui s'élève à une belle hauteur, et qui est du genre du dattier et du cocotier... c'est sa grappe qui donne la noix qu'on mange avec le bétel... Un aréquier met cinq à six ans à venir avant de donner un rapport ; mais alors on peut compter, en moyenne, sur un franc de revenu annuel par aréquier.
...Les Annamites le plantent autour de leurs maisons.
Un arbuste très abondant dans les hauteurs de DoaiV, le rhus verni, donne la laque, dont les Chinois exportent la plus grande partie, quoiqu'on en fasse une immense consom- *
mation dans le pays. La laque du Tong-Kingest excellente et préférée à toutes les autres. Mélangée avec Thuile, le so'n ou vermillon et Tor, elle donne ces beaux vases, ces belles bottes rouges et à illustrations du Tong-King, qui font Tadmiration des voyageurs.
...C'est un des beaux revenus du pays, et l'un des plus nécessaires dans Tétat actuel des choses.
Valoès n'est guère récolté qu^en Cochinchine...
Le camphre du pays est mal soigné et on ne sait pas le porphyriser pour en obtenir un beau cristal...
Ladre ne sert pas aux Annamites pour l'éclairage..., elle vient du Laos et de quelques provinces du nord- ouest et du midi... elle coûte du reste plus cher qu*en Europe...
Vencens se vend dans tous les grands marchés du Tong- King...
Vopium est acheté des Chinois qui l'apportent en grosses boules du Yun-Nan ; cette boule, pesant à peu près dix à douze livres,, se vend environ 300 francs... Les Chinois, au lieu de prendre seulement la substance laiteuse, huileuse et gommeuse du pavot comme les Anglais, font tout cuire ensemble : pieds, racines, graines et feuilles...
Le tabac est en général mal séché, mal récolté et mal fermenté pour Tusage du fumeur. . . Le meilleur que l'on puisse se procurer dans le pays est celui qui vient des frontières du Yun-Nam, et qu'on appelle le tabac « sông-ngau » ; il est excellent. Les femmes du pays ne le fument qu'en cigarettes, en petites boulettes d'une ou deux bouffées seulement, que l'on met sur la petite ouverture d'un vase plein d'eau qui a un trou à sa paroi pour aspirer la fumée. Je
veux parler de la pipe-écuelle (diôu-bat), la plus en usage, et objet de luxe pour les citoyens ou citoyennes riches...
(Aperçu sur la géographie, etc, du royaume (VAnnam^ notes réunies en 1859 et publiées en 1875.)
Un pharmacien aide-major a fait, en 1881, à Lang-Son, des essais de culture de pavot.
Les pieds ont donné en moyenne 3 centigrammes d'opium sec par capsule ; ce qui, pour l'hectare, donne : 10,000 multipliés par ôO soit 600,000 pieds, qui multipliés par 3, donnent 18 kil. d'opium. Le prix de l'opium étant en France de 80 à 85 francs, on a 18 X 80, soit 1,440 francs à l'hectare en deux mois.
(Avenir du Tonkin^ 9 juin 1888.)
Les cultures secondaires ont du reste préoccupé beaucoup d'explorateurs et de fonctionnaires. Voici par exemple M. Halais, administrateur d'Hanoï, qui appelle l'attention sur la culture maraîchère :
Les produits de la culture maraîchère, dit-il, sont assurés d'un écoulement rémunérateur et immédiat. La colonie européenne manque véritablement de légumes; aucun Européen ne s'occupe de cette culture. Cependant les légumes se vendraient à merveille, ainsi que les fleurs... N'y a-t-il pas là de quoi tenter quelques-uns de nos cultivateurs ? Ils trouveront aux portes d'Hanoï, dans une région très saine, du terrain à 0,20 centimes le mètre carré,
{Communication de M. Halais, résident de France, au BuU-eiin des renseignements coloniaux, 1889.)
Dans la vice-résidence du Haï-Ninh, près de la province chinoise de Canton :
Toute celte région est admirablement fertile et bien cultivée Le riz, le maïs, le mûrier pour les vers à soie, les
patates, les cannes a sucre y viennent parfaitement. On trouve de très belles essences de bois; beaucoup de montagnes situées sur les bords des cours d^eau en sont couvertes, ce qui rend Texploitation facile. Enfin l'arachide, dont on se sert pour faire de Thuile, est cultivée sur une vaste échelle.
(Les Annales économiques, étude de M. de Goy, vicerésident de France au Tonkin, 4889.)
Dans la province de Lang-Son :
Comme fruits, on trouve tous ceux du Delta : la banane, le letchi, l'ananas, la mandarine, le citron; nous avions en outre à Lang-Son, des poiriers, des pêchers et surtout des pruniers dont les fruits crus étaient peu agréables, mais cuits avec du sucre donnaient une compote excellente.
(Onze mois de séjour à Lang-Son^ par le docteur F. Diacre, 1888.)
En s'en référant aux divers travaux des savants et des botanistes, on peut citer encore parmi les produits végétaux ou agricoles du Tonkin :
Les légumes, les plantes maraîchères qui, pendant la saison fraîche, poussent presque toutes avec vigueur et produisent un rendement considérable (Rey et Brousmiche) ; les ressources alimentaires suffisantes et variées : bœufs du Than-Hoa, petits mais de bonne qualité ; porcs très com-
muns et dont la chair se digère plus facilement que celle du porc d'Europe; volailles dont les villages regorgent; œufs à bas prix ; gibier d'eau et poissons abondants.
M. le gouverneur général Richaud dit, lui aussi :
Depuis que la période de guerre est terminée, le Tonkin demande de moins en moins à la Gochinchine le riz nécessaire à la nourriture de ses habitants. Les renseignements que je reçois de la récolte de cette année nous donnent l'assurance que, dès Tannée prochaine, il pourra presque se suffire...
... Dans ces régions (montagneuses) et dans celles du côté de Lang-Son, toutes les cultures peuvent réussir. Le coton y pousse à l'état sauvage. Les rares habitants qui y sont, font des haies avec les caféiers; le pavot à opium y a été tenté et il y réussit admirablement;
{Discours de M, le Gouverneur général Richaud au Conseil colonial, 1888.)
Au commencement d'août 1889, le journal VEstafette a publié une intéressante conversation d'un de ses rédacteurs avec un « fonctionnaire fraîchement débarqué du Tonkin ». Bien que ce récit renferme des renseignements très curieux, nous ne le citerions pas ici, si nous n'étions autorisé à dire qu'il est véridique et que le fonctionnaire dont il s'agit est l'honorable M. Dumontier, l'actif organisateur de l'enseignement public au Tonkin,
Nous avons un sol qui ne demande qu'à produire. Je vous citerai par exemple un de nos compatriotes qui est en train
do faire fortune par la seule culture des haricots et des pommes de terre. On pourrait multiplier ces sortes de cultures. L'approvisionnement de Tarmée constituerait déjà un sérieux débouché.
On cultive aussi, avec succès, la canne à sucre. La fabrication des rhums a été tentée avec plein succès. Vous en pouvez goûter à Texposition de M. Denoc, au palais du Tonkin.
Nous récoltons beaucoup de thé. Il suffit, pour tirer parti du produit, d'apprendre aux Annamites à le mieux préparer.
(U Estafette y n® du 3 août 1889, conversation avec un fonctionnaire venant du Tonkin.)
L'opinion de M. A. Perret, un industriel du Tonkin, est identique :
Il est à remarquer qu'au Tonkin, presque tous les légumes de France se cultivent avec succès, alors qu'en Co -
chinchine, il n'a pas été possible de les acclimater Le
sol est d'une fertilité' extraordinaire et produit, sans qu'il soit nécessaire de lui donner autant de travail et surtout autant d*engrais, que nous en donnons en France •
{Le Globe^ étude de M. A. Perret, 1889.)