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ACTE I, SCENE III II

VERSANNES

J'aî en ce moment une centaîne de bœufs ; je vous montrerai ça demain, si ça peut vous intéresser... vous verrez de grandes bêtes blondes avec des yeux très doux,

MORINS

Et ça vous amuse ce que vous faîtes?

VERSANXES

Ça me passionne.

C est extraordinaire !

VERSANNES

N'est-ce pas ? Vous vous rappelez, dans votre petit appartement, au cinquième, derrière les Invalides, quand nous essayions de distinguer à travers nos^goûts et les probabilités ce que nous deviendrions, jamais vous ne m'avez prédit, malgré votre clairvoyance et votre sens critique, que je serais un jour le nourricier des bestiaux.

MORINS

Et pourtant, nous préférions déjà un laboureur à un référendaire au sceau de France. Mais comment l'idée vous est-elle venue de votre nouvelle profession ?

VERSANNES

Ce sont les circonstances... Six mois après notre mariage, nous avons été appelés ici par une lettre pressante et comme oppressée de mon oncle qui se sentait très fatigué et désirait me voir. Nous sommes arrivés pour lui fermer les yeux ; mais avant de mourir il m'avait dit : « Je te laisse la maison, les terres et les métairies; garde ça le plus longtemps possible, tâche de ne pas vendre... prometsmoi de venir ici tous les ans passer deux ou trois mois dans la belle saison. Jure-le-moi. » Et il y avait dans ses yeux une telle angoisse que sa vieille maison fût abandonnée , ou louée, ou vendue que, pour qu'il mourût tranquille, j'ai juré.

C'est très bien ce que vous avez fait là.

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