ACTE III, SCÈNE VIII l8l
VALENTINE
Tu sais bien pourquoi je ne te réponds pas, et ce qui me fait liésiter aflfreusement. Ah ! ce n'est pas la considération du moi}de ni les exhortations de l'abbé Bloquin qui me retiennent; d'ailleurs, Tamour est aussi une religion...
VERSANNES
La seule !
VALENTINE
Et même condamnée par le monde et par l'Église, déshonorée et réprouvée, je ne serais pas moins heureuse d'être à toi... Tu n'en doutes pas?
VERSANNES
Alors ?
VALENTINE
Mais si je pars avec toi, il faudra que j'abandonne mes enfants, et à cette pensée, vois-tu, mon cœur se déchire... Je sens bien que je n'en aurai jamais le courage. Et puis, ils sont tendres, caressants... tu les connais, et puis ce sont mes enfants... et tu le comprends si bien que tu as évité de m'en parler.
l82 LE TORRENT
VERSANNES
Tu ne peux pourtant pas leur sacrifier toute ta vie.
VALENTIXK
Je le dois.
VERSANXES .
Mais non, la nature elle-même n'exige pas ça. Ils ne sont pas tout petits.
VALENTINE
Justement, ils sont déjà assez grands pour souffrir de mon absence.
VERSANXES
Tu ne les abandonnes pas, tu ne les laisses pas seuls, manquant de tout...
VALEXTINE
Ma tendresse leur manquera.
VERSAXXES
Leur père s'occupera d'eux.
VALEXÏIXE
Sans doute, pour les élever dans la haine et le mépris de leur mère.