ACTE HT, SCENE VIII
VERSANNES
Mais tu ne penses qu'à ses enfants à lui !... Et le mien, le nôtre, il ne compte donc pas?... N'est-il pas entre nous un lien définitif... C'est l'enfant de notre amour, avant tout, et tu devcais le préférer.
VALENTINE
Et pourtant, je ne le sens pas, je ne le sens pas plus mon enfant que les deux autres...
VERSANNES
Alors, l'enfant que tu as eu avec l'homme que tu aimes, l'enfant que tu as conçu dans l'abandon voluptueux de tout ton être, dans l'ivresse de ta chair et de ton âme, ne t'est pas plus précieux que ceux que tu as conçus dans le plus triste devoir, dans la plus servile résignation ? La maternité n'est-clle donc chez les meilleures qu'une fonction inconsciente et vulgaire !
VALENTIXE
Que veux-tu, ça ne se raisonne pas... Et puis, ce n'est pas leur faute aux deux autres...
l84 LE TORRENT
Ils ne sont pas responsables de ce qui arrive. Ah ! ce que tu viens de me dire, je me le suis répété cent fois pour me convaincre moimême, sans parvenir à étouffer le cri de ma consciencematernelle... et mes pressentiments, car j'ai peur, j'ai peur d'être punie précisément dans 'ceux que j'abandonnerais ainsi... S'ils tombent malades, je ne serai pas auprès d'eux...
VERSANNES
On te permettra alors de les voir autant que tu voudras.
VALENTINE
Tant que je voudrai ? Mais non, tu le sais bien. On me mesurera le temps, on me fera l'aumône de quelques heures... La loi faite par les hommes est dure pour les mères. Et s'il leur arrive un malheur, je penserai que si j'avais été toujours là, je laurais conjuré et ce sera le remords affreux de toute ma vie. D'ailleurs, j'en mourrai.
VERSANNES
Que veux-tu que je te dise. .. Tu me donnes