ACTE IV, SCENE IV 20I
LAMBERT, la regardant.
Tiens, au fait, c^est vrai... tu n'es pas en retard. (Un silence.) Pourquoi n'as-tu pas voulu consulter Aubierge? C'est très ennuyeux de l'avoir fait venir pour rien. De quoi avonsnous l'air ? Une autre fois, dans un cas pressé, il ne se dérangera pas.
VALENTINE
Pourquoi l'as-tu fait venir ? Je ne te l'avais pas demandé.
LAMBERT
Je l'ai fait venir, je l'ai fait venir, parce que tu es malade, quoi que tu en dises... Il n'y a qu'à te regarder : tu as une mine de papier mâché ; tù es malade... tu ne veux pas en convenir, c'est absurde, il n'y a pas de honte à ça. Si, comme le croit le docteur, c'est une maladie nerveuse, il faut te soigner, suivre un traitement, prendre du bromure, des douches, enfin te soigner. Moi, quand j'ai eu ma maladie d'estomac, je me suis soigné. Mais à quoi bon lutter contre l'évidence et s'entêter à dire :
« Je n'ai rien, je n'ai rien », lorsque ce sont perpétuellement des larmes et des figures d'enterrement... sans compter que ça n'est pas amusant non plus pour moi. Je commence à en avoir assez. C'est très joli d'avoir des nerfs, mais il ne faut pas que les autres en souffrent. Enfin, ce qui s'est passé encore cette nuit, ça n'est pas naturel... ça ne peut pas durer.
VALENTINE
Oui, je comprends que tu sois las de mes tristesses. Tu as raison, ça ne peut pas durer et c'est pour ça qu'il faut que je te parle.
LAMBERT
Ah! enfin, ça n'est pas dommage... je ne serai pas fâché de savoir ce que tu penses.
VALENTINE
C'est vrai, voilà neuf ans que nous vivons ensemble et tu ne me connais pas... tu n'as jamais cherché à me connaître : nous vivons à côté l'un de l'autre, sous le même toit, comme deux étrangers.